Mid-terms : quels scénarios pour les marchés ?
information fournie par Zonebourse 30/10/2026 à 08:30

Une victoire du camp démocrate pourrait rebattre les cartes à Washington, sans nécessairement déplaire à Wall Street. Entre blocage politique, relance budgétaire et tensions sur la dette, les investisseurs tentent d'anticiper les conséquences du scrutin. Si les analystes esquissent plusieurs scénarios, il n'y aura vraisemblablement qu'un juge de paix : les taux d'intérêt.

On y est. Mardi 3 novembre, près de 200 millions d'électeurs états-uniens prendront le chemin des urnes pour renouveler les 435 membres de la Chambre des représentants et 35 des 100 sénateurs. Alors que la cote de popularité de Donald Trump a fortement dégringolé depuis son retour à la Maison Blanche (61% de ses compatriotes désapprouvent désormais son action), une question agite les marchés : les démocrates vont-ils parvenir à s'emparer des deux chambres ? Et avec quelles conséquences boursières ?

Sur les marchés prédictifs (notamment Polymarket), on évalue à 91% la probabilité d'une victoire démocrate à la Chambre des représentants et à 64% celle d'une victoire au Sénat.

Toutefois, "bien anticiper le résultat des élections de mi-mandat ne garantit pas de prendre la bonne décision d'investissement", prévient avec sagesse Peter Doralt, Senior Research Analyst chez DWS. Autrement dit, la réaction des marchés dépendra autant du résultat que de ce qu'ils ont déjà intégré dans les cours.

Premier scénario : les démocrates raflent tout

La probabilité d'un basculement des deux chambres dans le camp démocrate est estimée à 45% par Maxime Darmet, économiste senior chez Allianz Trade. Ce scénario entraverait considérablement les marges de manoeuvre budgétaires de Donald Trump puisque les nouveaux élus pourraient bloquer de nouveaux financements militaires, compliquant une éventuelle prolongation du conflit avec l'Iran.

Chez Ofi Invest AM, on souligne qu'une victoire démocrate mettrait aussi un coup d'arrêt aux nouvelles initiatives législatives du président, sans remettre en cause les réformes déjà adoptées. La perte de la Chambre des représentants priverait par exemple les républicains de la procédure de "réconciliation budgétaire", utilisée pour faire adopter leurs principales mesures fiscales à la majorité simple au Sénat.

Avec la prise du Sénat, les démocrates pourraient aussi peser sur les nominations à la Réserve fédérale, offrant potentiellement davantage de garanties sur son indépendance. En revanche, les marchés pourraient aussi commencer à "pricer" une victoire démocrate à la présidentielle de 2028, synonyme de fiscalité plus lourde pour les entreprises et de réglementation accrue.

Chez Sycomore, on rappelle que 45% des gérants interrogés par Bank of America estiment qu'un "Democratic Sweep" (soit un basculement des deux chambres dans le camp démocrate) serait susceptible d'entraîner une hausse des rendements obligataires et une baisse des actions.

Tous les économistes ne partagent pas ce pessimisme. Chez Carmignac, Raphaël Gallardo considère qu'une victoire démocrate pourrait aussi favoriser un compromis budgétaire entre les deux partis. "Un changement de majorité pourrait ouvrir la voie à un compromis bipartisan, les républicains plaidant pour une hausse des dépenses de défense et les démocrates pour davantage de dépenses sociales". L'impulsion budgétaire pourrait alors passer de négative à positive, avec un retournement potentiel de l'ordre de 1% du PIB.

2e scénario : démocrates à la Chambre, républicains au Sénat

Cette configuration, privilégiée par 44% des gérants interrogés dans l'enquête de septembre de Bank of America, conduirait à un Congrès divisé. Traditionnellement, Wall Street apprécie ce type de cohabitation, qui limite les grandes réformes et les bouleversements réglementaires ou fiscaux. Mais "une moindre production législative ne signifie pas nécessairement une moindre incertitude politique", prévient DWS, qui rappelle que les négociations budgétaires peuvent aussi devenir des sources de volatilité.

Une Chambre démocrate permettrait de bloquer certaines initiatives de Donald Trump, sans l'empêcher de poursuivre l'essentiel de sa politique étrangère. Les républicains conserveraient, eux, le contrôle des nominations au Sénat, notamment à la Réserve fédérale. Pour les marchés, ce statu quo politique ne serait donc pas nécessairement synonyme de tranquillité boursière.

3e scénario : les républicains conservent les deux chambres

Moins exploré par les analystes, ce scénario offrirait à Donald Trump une plus grande liberté pour poursuivre son programme économique. La prolongation des baisses d'impôts et la déréglementation pourraient soutenir certains secteurs boursiers, notamment la finance et l'énergie.

Mais cette continuité politique ne serait pas sans contrepartie : une politique budgétaire toujours expansionniste pourrait accentuer les déficits et alimenter les tensions sur les rendements obligataires. Autrement dit, une victoire républicaine ne garantirait pas davantage une réaction positive de Wall Street.

La dette en juge de paix

Derrière les enjeux électoraux se profile une question autrement plus préoccupante pour les investisseurs : comment financer les dépenses de la première économie mondiale ? Selon Allianz Trade, le déficit public américain devrait atteindre 6,2% du PIB en 2026, puis 6,6% en 2027.

Maxime Darmet redoute qu'une victoire démocrate ne complique les négociations budgétaires, au point de faire ressurgir le spectre d'un défaut de paiement des Etats-Unis.

Selon lui, le plafond de la dette fédérale pourrait être atteint dès l'été 2027, obligeant le Trésor à puiser dans ses réserves. Faute d'accord, et en cas de shutdown, le plafond pourrait être atteint fin 2027 ou début 2028. "On risque de se rapprocher de ce risque de défaut qui n'est jamais arrivé dans l'histoire américaine, en tout cas l'histoire contemporaine", prévient l'économiste qui précise toutefois qu'un tel scénario ne constitue pas son hypothèse centrale.

Des émissions de dette supplémentaires, associées à des anticipations d'inflation plus élevées, risqueraient aussi de pousser les taux longs à la hausse, au détriment des valorisations boursières. Chez UBS, Jonathan Pingle, économiste en chef pour les Etats-Unis, souligne qu'une hausse durable des rendements obligataires pourrait alourdir de plus de 2 500 milliards de dollars la charge d'intérêts fédérale sur dix ans, par rapport aux précédentes projections budgétaires.

L'intelligence artificielle s'invite dans les urnes

Les conséquences du scrutin ne se limiteront toutefois pas aux équilibres budgétaires. Le secteur de l'IA, puissant moteur de la hausse des marchés américains ces dernières années, pourrait également être impacté. En effet, alors que les data centers poussent comme des champignons outre-Atlantique, les résistances locales se multiplient, notamment en raison de la consommation électrique de ces installations. Selon Maxime Darmet, quelque 200 MdsUSD d'investissements ont même été retardés au premier trimestre 2026 en raison d'oppositions locales.

UBS juge néanmoins peu probable un moratoire généralisé sur les centres de données, même si les incitations fiscales pourraient être réduites en cas de victoire démocrate. Chez DWS, on estime finalement que les élections locales pourraient avoir davantage de conséquences pour le secteur que le scrutin national, les élus locaux jouant un rôle clé dans les autorisations de construction et les infrastructures énergétiques.

Après le scrutin, retour aux fondamentaux ?

Reste à savoir si les élections provoqueront réellement une rupture sur les marchés. "De notre point de vue, le scrutin devrait surtout redistribuer les risques entre secteurs, sans changer la trajectoire d'ensemble du marché", note-t-on chez Ofi Invest Asset Management.

Selon les statistiques de CFRA Research reprises par Sycomore AM, le S&P 500 progresse en moyenne de 5,5% au quatrième trimestre des années de midterms, terminant cette période dans le vert dans près de trois cas sur quatre. Il est ici venu le moment de rappeler le mantra des marchés : les performances passées ne présagent pas des performances futures. DWS rappelle d'ailleurs que les trajectoires boursières observées après les élections ont fortement varié selon les conditions économiques de la période.

Au fond, les midterms pourraient surtout modifier les anticipations des investisseurs plutôt que bouleverser immédiatement l'économie américaine. L'évolution de l'inflation, la politique monétaire de la Fed, les investissements dans l'IA et les tensions géopolitiques devraient ainsi rester les principales boussoles des marchés.