Medincell au tournant de son histoire industrielle
information fournie par Zonebourse 06/10/2026 à 07:41

Lors d'un entretien accordé à Zonebourse, Christophe Douat, le directeur général de Medincell, rapporte que son partenaire Teva Pharmaceutical attend d'ici la première moitié du mois d'octobre une réponse des autorités sanitaires américaines (FDA) concernant l'approbation réglementaire pour son second produit injectable à libération prolongée, basé sur la molécule Olanzapine (destinée au traitement de la schizophrénie). Un feu vert de la FDA libèrerait "un énorme potentiel" pour Medincell.

La société biopharmaceutique française a breveté une technologie baptisée BEPO qui permet de contrôler et de garantir la délivrance régulière à dose thérapeutique optimale d'un médicament pendant plusieurs jours, semaines ou mois. Dans le détail, elle permet, lors de l'injection, de former un dépôt de polymères de quelques millimètres sous la peau. Ce dépôt diffuse le principe actif en se résorbant pendant la durée souhaitée à l'image d'une mini-pompe qui serait injectable et biorésorbable.

Avant de se pencher sur cette échéance particulièrement importante, retour sur Medincell et son premier partenariat avec Teva Pharmaceutical.

Christophe Douat, directeur général de Medincell, explique que selon l'Organisation mondiale de la santé, un des enjeux majeurs de la médecine, c'est l'observance : s'assurer que les patients prennent leur traitement. Un patient sur deux ne prend pas son traitement, et en schizophrénie, 80% des patients ne prennent plus leur traitement à deux ans. Avec un traitement oral, il faut penser à son médicament chaque jour, soit plus de 360 rappels par an. Avec un traitement injectable à longue durée d'action, cela se résume à quelques minutes une fois par mois ou tous les deux mois, ce qui change profondément la vie des patients et facilite leur prise en charge.

Le dirigeant rappelle que le premier tournant pour la société a eu lieu en avril 2023 avec l'approbation par les autorités sanitaires américaines d'un premier produit de Teva qui utilise la technologie de Medincell. Baptisé Uzedy ce traitement injectable sous-cutané à libération prolongée combine la Rispéridone, une autre molécule largement utilisée en schizophrénie, à la technologie Medincell.

Pour Christophe Douat, "ce produit est un succès. Il devrait atteindre aux alentours de 300 millions de dollars de ventes pour Teva cette année, ce qui donnerait à Medincell au moins 15 millions de dollars de royalties, et le taux de royalties va augmenter au fil des ventes". Le DG ajoute que "depuis trois ans, les ventes, et donc les royalties touchées par Medincell augmentent de 40% chaque année".

Les analystes de Medincell pensent que ce premier produit pourrait atteindre en moyenne 1,2 milliard de dollars au pic en 2030.

Variation du cours de bourse de Medincell sur 5 ans

De grosses attentes pour le deuxième produit

L'Olanzapine, le deuxième produit issu de la collaboration avec Teva est également une solution injectable à libération prolongée pour le traitement de la schizophrénie chez l'adulte, administrée une fois par mois.

Les autorités sanitaires américaines devraient rendre leur verdict sur sa commercialisation d'ici la mi-octobre.

Un produit similaire avait été créé par Eli Lilly, mais n'a pas rencontré le succès escompté en raison d'un problème technique que "l'équipe de Medincell a réussi à résoudre, grâce à notre technologie" explique Christophe Douat.

Le géant américain a été confronté à de rares cas de surdosage qui ont entraîné des contraintes d'utilisation particulièrement lourdes aux Etats-Unis. Chaque injection doit ensuite rester sous surveillance médicale pendant au moins trois heures.

Les injections d'Eli Lilly se faisaient en intra-musculaires, et le fait qu'elles soient sous-cutanées pour Teva/Medincell a permis de lever cette contrainte. Lors des essais, le produit de Teva utilisant la technologie du Français a été injecté 3 600 fois, sans aucun problème.

Ce produit dispose d'un énorme potentiel pour trois raisons explique Christophe Douat : "c'est la molécule la plus utilisée, c'est la molécule qui s'adresse aux patients les plus sévères, donc ceux qui ont le plus besoin d'un injectable longue action et troisièmement, il n'y a pas de concurrent".

Pour les analystes de Medincell, ce traitement "dispose d'un potentiel deux fois plus important que le premier".

Un troisième produit dans le pipeline

Afin de préparer la suite, Medincell travaille actuellement sur un troisième produit, en collaboration avec l'Américain Abbvie, dont le nom de la molécule n'a pas été encore divulgué, mais qui devrait entrer en phase clinique en 2027.

Ce que l'on sait à son sujet c'est qu'il s'agit d'un produit commercial d'Abbvie, dont les brevets vont tomber et le laboratoire souhaite prolonger sa franchise.

Au niveau commercial, Christophe Douat explique que pour ce produit "s'il atteint le marché, on touchera des royalties, avec un taux supérieur à celui de Teva. En plus, nous pourrons recevoir jusqu'à 315 millions en milestones, une partie pendant les phases de développement, l'autre en fonction du succès commercial si le produit est commercialisé et atteint certains seuils de ventes".

Et après ?

La société dispose d'un portefeuille d'une quinzaine d'autres programmes en formulation, soit déjà en partenariat, notamment avec des gros laboratoires pharmaceutiques, soit des programmes internes.

Le directeur général explique travailler "beaucoup en psychiatrie, bipolarité, schizophrénie et dans d'autres maladies du système nerveux central. En gros, nous pouvons travailler dans toutes les indications où le manque d'observance a des conséquences graves qui coûtent cher".

Medincell travaille également sur un contraceptif d'une durée de six mois avec la Bill Gates Foundation. Cette molécule de nouvelle génération a moins d'effets secondaires que les contraceptifs actuels et dispose d'un énorme potentiel. En revanche, son développement prend beaucoup plus de temps.

L'entreprise garde également un oeil sur les traitements contre l'obésité et le diabète de type 2. "Le GLP-1 est dans nos cibles" explique Christophe Douat. Si les technologies précédentes n'étaient pas suffisantes, car il s'agit de molécules hydrophiles assez grosses (qui se dissolvent facilement), les nouvelles technologies développées par Medincell devraient permettre de passer cet obstacle.