Médicaments: Euroapi plie sous la concurrence asiatique information fournie par Boursorama avec AFP 04/03/2026 à 14:28
Après une nouvelle année difficile en 2025, le spécialiste français des principes actifs pharmaceutiques Euroapi, ex-filiale de Sanofi, revoit à la baisse ses objectifs de croissance pour cette année, confronté à "la force de frappe" de la concurrence asiatique.
Le chiffre d’affaires pour 2026 et 2027 est désormais attendu "en dessous des prévisions initiales", a prévenu mercredi le fabricant, dans le rouge depuis 2020, annonçant dans son communiqué une lourde dépréciation d'actifs de 77,8 millions d'euros.
Le chiffre d'affaires devrait reculer "d'environ 10%" cette année en base comparable, tandis que l'objectif de performance opérationnelle du groupe "ne sera pas atteint en 2027".
A la Bourse de Paris, l'action Euroapi dévissait de plus de 26% à 1,44 euros à 13h00.
- "Monstre industriel" -
"La pression va continuer à s'accentuer tout simplement parce que l'Asie a créé sur les 20 dernières années un monstre industriel", avec "une façon de se développer produit par produit, marché par marché dans les API (principes actifs) avec des capacités qui sont existantes et importantes", notamment sur les produits qui sont assez simples à fabriquer, a prévenu le directeur général, David Seignolle dans une conférence téléphonique.
Un soutien à la préférence européenne, incarné dans le "Made in Europe" en discussion à Bruxelles pour favoriser la commande publique de médicaments fabriqués sur le Vieux Continent ne pourrait, selon lui, "évidemment que nous aider".
Présenté comme un acteur stratégique pour réduire la dépendance européenne aux fournisseurs asiatiques de principes actifs, Euroapi espère aussi tirer "peut-être un avantage" des répercussions de la guerre au Moyen-Orient sur le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, avec son "offre souveraine de fabrication de médicaments en Europe", selon la direction.
Il y a deux ans, Euroapi a lancé un plan de redressement visant à arrêter la fabrication de principes actifs aux marges faibles au profit de produits rentables tels que les peptides, les oligonucléotides, les prostaglandines, les corticostéroïdes, les hormones, la vitamine B12 et les opiacés.
Mais le groupe a annoncé renoncer à augmenter les capacités de production et de réduire les coûts pour la vitamine B12 "en raison de la détérioration de l’environnement concurrentiel, notamment du fait de la pression croissante d’importations asiatiques produites à bas coûts".
Une décision qui représente un tiers des dépréciations du compte de résultats 2025 et le groupe "a consommé tout ce qu'on avait prévu d'investir" dans son usine normande de St-Aubin-lès-Elbeuf pour la vitamine B12, a détaillé la direction dans une conférence téléphonique mercredi.
- La vitamine B12 face au défi chinois -
"Nous faisons face sur la vitamine B12 à une pression concurrentielle (...) Tous nos concurrents sont en Chine, 100% subventionnés par l'État", qui pratiquent un "dumping de prix", c'est-à-dire des prix inférieurs à ceux du marché, a exposé le directeur général, David Seignolle.
"On va continuer à fabriquer de la vitamine B12" avec l'outil industriel actuel, a-t-il souligné, espérant qu'" à l'avenir, il y aura une demande plus importante pour la vitamine B12 fabriquée hors de Chine".
En juillet 2025, Euroapi et le gouvernement ont signé un accord portant sur le versement d’une aide publique pouvant aller jusqu'à 140 millions d'euros pour soutenir une partie des dépenses de R&D et d'investissements liées au PIIEC, projet européen pour renforcer la production et l'innovation pharmaceutique en Europe.
Le contexte actuel conduit Euroapi à prendre "des initiatives supplémentaires", comme étendre sa base de clients dans des régions à potentiel comme l'Amérique du Nord, "qui représentait seulement 8 % de nos ventes l'an dernier, ou encore l'Amérique latine".
Sur le marché du CDMO, qui consiste à développer pour un client une formule de laboratoire et la transformer en un produit fini, "les résultats ne sont pas au niveau qu'on avait espéré il y a 4 ou 5 ans" quand l'entreprise est entrée en Bourse après être sortie du giron de Sanofi, a admis le dirigeant.
Cette activité sera ainsi "recentrée sur des clients stratégiques et des projets portant sur des molécules complexes, notamment les peptides et oligonucléotides à forte valeur ajoutée".