Décisif pour 2027, le procès en appel de Marine Le Pen s'est ouvert
information fournie par AFP 13/01/2026 à 15:05

Marine Le Pen, présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national (RN), arrive au tribunal de Paris pour une audience dans le cadre de son procès en appel, où elle est accusée de détournement de fonds publics européens, le 13 janvier 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )

Sous les yeux du monde entier, le procès en appel de Marine Le Pen et du Rassemblement national dans l'affaire des assistants d'eurodéputés FN a débuté mardi à Paris, ouvrant un mois d'une audience décisive pour la présidentielle de 2027.

Présidée par Michèle Agi, la cour d'appel a d'abord installé les onze personnes jugées dans ce dossier sensible dans l'espace étroit situé au pied de l'estrade des magistrats, tassées les unes contre les autres au premier rang de la grandiose première chambre du palais de justice de Paris, sur l'île de la Cité.

Commençant par la cheffe de file de l'extrême droite de 57 ans, venue en veste bleu nuit et chemisier rose, la présidente a ensuite appelé un à un les prévenus à la barre. Elle a vérifié leur identité, rappelé leur condamnation de première instance puis débuté vers 14H15 son rapport de l'affaire.

Au moment où l'extrême droite a le vent en poupe, avec le nombre sans précédent de 120 députés Rassemblement national (ex-FN) à l'Assemblée, Marine Le Pen, rattrapée par les pratiques des années de vaches maigres du parti, pourrait voir sa quatrième candidature à l'élection présidentielle empêchée par la justice et devoir céder la place à son poulain Jordan Bardella.

La triple candidate malheureuse à l'Elysée a été condamnée pour détournement de fonds publics le 31 mars 2025 par le tribunal correctionnel de Paris à quatre ans d'emprisonnement dont deux ferme sous bracelet électronique, 100.000 euros d'amende et, surtout, cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire, c'est-à-dire immédiate, qui l'empêche à date de concourir à la présidentielle.

Pour cette audience à hauts enjeux politiques où les onze prévenus, ainsi que le parti en tant que personne morale, seront jugés jusqu'au 11 février par une formation de trois juges, des centaines de journalistes français et internationaux ont fait le pied de grue, depuis le petit matin pour certains, dans les galeries de la cour d'appel.

- "Espérance"

"J'espère pouvoir être entendue par la cour d'appel", a glissé Marine Le Pen dans la matinée avant une réunion de son groupe parlementaire à l'Assemblée nationale, se disant "dans un état esprit d'espérance, en quelque sorte...".

Le palais de justice de Paris, le 13 janvier 2026, avant le procès en appel de Marine Le Pen, présidente du groupe parlementaire du Rassemblement National (RN), soupçonnée de détournement de fonds publics européens ( AFP / Martin LELIEVRE )

Les juges de première instance l'ont reconnue coupable d'avoir mis en place entre 2004 et 2016 un "système" de captation des enveloppes versées par le Parlement européen aux eurodéputés et destinées à rémunérer leurs assistants dans le cadre de leurs fonctions à Bruxelles et Strasbourg.

Pour l'accusation, lesdits assistants travaillaient en réalité pour le seul parti Front national (FN, devenu RN) ou leurs dirigeants.

"Il y a une règle intangible qui a toujours été là, c'est que les fonds qui sont versés à l'assistant parlementaire, c'est pour le député, c'est pas pour le parti. Cette règle-là a toujours existé", a rappelé mardi matin sur RTL Me Patrick Maisonneuve, avocat du Parlement européen, partie civile.

Le tribunal correctionnel a établi le préjudice à 3,2 millions d'euros, une fois déduit 1,1 million d'euros déjà remboursés par une partie des prévenus - ils étaient 25 condamnés en première instance, treize ont renoncé à faire appel malgré leur condamnation, dont la propre sœur de Marine Le Pen, Yann Le Pen.

Le maire de Perpignan Louis Aliot, le député RN Julien Odoul, l'eurodéputé Nicolas Bay ou Bruno Gollnisch sont en revanche à nouveau sur le banc des prévenus. "On va refaire un procès, on va essayer de se faire entendre mieux", a glissé Louis Aliot à plusieurs journalistes en entrant dans la salle d'audience.

- Candidature de Bardella -

Assistée de son conseil historique, Me Rodolphe Bosselut, et d'une nouvelle avocate, Me Sandra Chirac-Kollarik, Marine Le Pen pourrait lors de ce nouveau procès davantage insister sur sa "non-intentionnalité" de commettre les faits qui lui sont reprochés plutôt qu'une dénégation en bloc, parfois perçue comme une "défense de rupture", telle que plaidée en première instance, selon plusieurs de ses proches.

Marine Le Pen, présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national (RN), arrive au tribunal de Paris pour une audience dans le cadre de son procès en appel, où elle est accusée de détournement de fonds publics européens, le 13 janvier 2026 ( AFP / Alain JOCARD )

Si elle n'a pas abandonné l'espoir d'être relaxée, une déclaration de culpabilité n'obérerait pas sa possibilité de concourir à la présidentielle de 2027 à une double condition: qu'une éventuelle peine d'inéligibilité soit inférieure à deux ans et que les magistrats renoncent à la condamner au port d'un bracelet électronique, perçu comme incompatible avec la possibilité de mener une campagne.

Elle a quoi qu'il en soit indiqué que la seule décision de la cour d'appel déterminera son avenir, sans attendre une éventuelle décision de la Cour de cassation - bien que cette dernière entende se prononcer, si elle devait être saisie, avant l'échéance présidentielle.

Neuf mois après sa condamnation, Marine Le Pen a déjà vu son image se dégrader dans l'opinion, l'idée d'une candidature de substitution de Jordan Bardella à l'Elysée s'étant peu à peu imposée comme la plus probable.