Macron plaide pour un nouvel emprunt européen pour dynamiser l'investissement-Le Monde
information fournie par Reuters 10/02/2026 à 07:50

Emmanuel Macron appelle à un recours rapide à un nouvel emprunt commun européen afin de financer des investissements stratégiques, jugeant que l'Union européenne doit " s'attaquer à l'hégémonie du dollar" et rattraper son retard dans la défense, les technologies vertes et l'intelligence artificielle.

Dans un entretien publié mardi par plusieurs journaux européens, dont Le Monde, le président français juge que "la mue conceptuelle" s'est faite mais que l'Europe " n'est pas au bon rythme et n'est pas à la bonne échelle ".

Face à un " monde en désordre ", Emmanuel Macron décrit une Europe fragilisée par le dérèglement climatique, l'incertitude stratégique américaine, la rupture énergétique avec la Russie et une Chine devenue " un concurrent de plus en plus féroce ".

Il estime que la situation de l'UE s'est " profondément aggravée" depuis le rapport de Mario Draghi en 2024, rappelant que Pékin affichait " 1 .000  milliards de dollars d'excédents commerciaux" avec le reste du monde.

Pour renforcer la compétitivité européenne, Emmanuel Macron plaide pour la simplification et l'approfondissement du marché intérieur, regrettant que " le marché natif de nos entreprises" demeure morcelé.

Il vante la diversification commerciale et défend la conclusion d'accords comme celui signé avec l'Inde, tout en assumant l'opposition française au traité avec le Mercosur, " un mauvais accord ".

Sur le volet commercial, le président rejette l'étiquette de protectionniste, affirmant qu'il s'agissait de " protéger notre industrie" face à des acteurs " déloyaux ".

Il défend les taxes imposées aux véhicules électriques chinois et les clauses de sauvegarde sur l'acier et plaide pour une préférence européenne ciblée dans les secteurs stratégiques comme " les cleantechs, la chimie, l'acier, l'automobile ou la défense ".

L'investissement restera, selon lui, le nerf de la guerre. Emmanuel Macron estime que l'Europe devait combler son retard dans trois domaines clés : " la sécurité et la défense, les technologies de transition écologique et l'intelligence artificielle et le quantique ".

LE PROJET SCAF "N'EST PAS MORT"

Il rappelle que Mario Draghi évaluait à 800  milliards d'euros par an les besoins dans le numérique et la transition écologique, un montant qui grimperait à " 1. 200  milliards d'euros par an" en incluant la défense selon le président français.

Pour financer cet effort, le chef de l'État appelle à remobiliser l'épargne européenne, soulignant que " 30 .000  milliards d'euros" restent sous-utilisés et que " 300  milliards d'euros" financent chaque année les entreprises américaines.

Il juge aussi nécessaire de lancer " une capacité commune d'endettement ", estimant que " c'est le moment" de créer des " eurobonds d'avenir ".

Anticipant les réticences allemandes, Emmanuel Macron assure qu'il ne s'agit " en aucun cas de mutualiser de la dette passée " mais de répondre à une demande mondiale d'actifs sûrs et de réduire la dépendance au dollar.

" Offrons (au monde) de la dette européenne ", dit-il, estimant que l'UE, " sous-endettée" par rapport aux Etats-Unis et à la Chine, commettrait " une faute profonde" en n'utilisant pas cette capacité.

Revenant sur les tensions commerciales avec Washington, le président français met en garde les Européens contre un " lâche soulagement" après le reflux des menaces américaines, rappelant que "courber l'échine ou essayer de trouver un arrangement"  n'est pas une stratégie "payante" et accroît la dépendance du continent.

Il dénonce le fait que l'Europe ait remplacé sa dépendance énergétique à la Russie par une dépendance aux Etats-Unis, qui fournissent " 60 % de notre gaz naturel liquéfié ".

Interrogé sur les projets industriels franco-allemands, Emmanuel Macron assure que le Système de combat aérien du futur (SCAF) " n'est pas mort" et qu'il reste " un bon projet ", dont il lie l'avenir à celui du char commun: "(...) si d'aventure, le partenaire allemand remettait en cause l'avion commun, on serait obligé de remettre en cause le char commun".

(Rédigé par Nicolas Delame)