Macron en première ligne avec les lycéens et les forces de l'ordre, Lecornu à Limoges
information fournie par AFP 23/10/2026 à 11:55

Emmanuel Macron lors d'un conseil de sécurité à Paris, le 22 octobre 2026 ( POOL / Teresa Suarez )

Après plus d'un mois de crise, Emmanuel Macron monte en première ligne vendredi : il reçoit les organisations lycéennes pour la première fois depuis le début de la contestation et va à la rencontre des forces de l'ordre, à la veille d'une nouvelle journée de mobilisations strictement encadrées.

Sébastien Lecornu se rend à Limoges, particulièrement touchée par les violences du 17 octobre avec son Hôtel de ville incendié.

Le chef de l'État a présidé en début de matinée un conseil de défense où des "décisions supplémentaires" en matière de sécurité étaient attendues, après les couvre-feux et interdictions de manifester prononcés cette semaine.

A 15H00, il rencontre les organisations lycéennes à l'Élysée, devançant son Premier ministre qui doit les voir lundi.

"On attend d'être enfin écoutés", a déclaré à l'AFP Marius Mesnil, un porte-parole de l'Union syndicale lycéenne (USL).

Sceptique, Pierre Sourzat, à la tête de l'organisation Les Lycéens, a dit s'attendre à ce que le président de la République fasse "semblant de nous avoir compris" et qu'il n'y ait "pas de suite".

Le gouvernement a promis de prendre en compte leurs doléances déposées sur une plateforme en ligne lancée début octobre.

En parallèle, le chef de l'État continue à mettre l'accent sur la fermeté. Il effectuera un déplacement auprès des forces de l'ordre, selon l'Élysée.

La réponse pénale aux violences "ne connaît pas d'équivalent", a martelé le ministre de la Justice Gérald Darmanin, annonçant 217 incarcérations après les violences et pillages qui ont touché de 2.000 à 3.000 commerces.

Samedi sous haute surveillance

Samedi, un "acte II" de manifestations est attendu dans toute la France.

Mais seules celles organisées par les syndicats seront autorisées, a prévenu M. Macron.

A Lyon et Marseille notamment, les manifestations prévues samedi ont été interdites. Certaines de ces interdictions pourraient cependant être suspendues par les tribunaux administratifs en cas de recours. Dans la cité phocéenne, ceux-ci seront examinés à 14H00.

Les restrictions à répétition sont jugées liberticides dans l'opposition, au point que La France insoumise a dénoncé une "fuite en avant autoritaire".

"Je ne reconnais plus mon pays", a déploré la candidate écologiste Marine Tondelier sur RTL.

Dans la capitale, où un seul cortège a été autorisé entre Bastille et Nation, la Ville a appelé la population "à la plus grande vigilance". Le préfet de police de Paris a demandé aux commerçants de recourir "s'ils le peuvent à la sécurité privée".

Le président du réseau des chambres de commerce et d'industrie en France (CCI France), Alain Di Crescenzo, leur a conseillé de "laisser faire la police".

Pour cette nouvelle journée, les forces de l'ordre, dépassées le 17 octobre, seront 20 % plus nombreuses que la semaine dernière, a assuré le gouvernement.

Elles seront épaulées par les militaires de la force Sentinelle, des unités d'élite de la police et de la gendarmerie, comme le Raid, le GIGN ou la BRI, ainsi que des hélicoptères et des blindés.

Autre point de tension du week-end, le congrès du Rassemblement national à Orléans samedi et dimanche : 20.000 à 30.000 militants anti-RN sont attendus samedi, dont le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, et la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet. Près de 3.000 membres des forces de l'ordre seront déployés.

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, ira inspecter le dispositif de sécurité vendredi après-midi.

Le spectre de la dette

Jeudi, à l'issue d'une réunion organisée à Matignon avec les principaux partis politiques, la gauche a de nouveau critiqué l'absence de réponse politique de l'exécutif aux revendications.

Mais les marges de manœuvres financières du gouvernement restent limitées, en pleine préparation d'un budget 2027 très serré et avec des finances publiques dans le rouge.

L'image dégradée d'une France en proie aux violences continue d'avoir des conséquences directes sur les marchés financiers : le taux d'emprunt à 10 ans poursuit sa course au-delà des 5 %, une première depuis 2002, illustrant la crainte des investisseurs sur la capacité de l'État français à rembourser.

L'agence de notation Moody's pourrait abaisser la note de la France ce vendredi, selon une majorité d'économistes, ce qui pourrait encore renchérir le coût de la dette.