Macroéconomie, pétrole et IA : les clés de la résilience selon ABN Amro information fournie par Zonebourse 11/06/2026 à 15:56
Malgré l'instabilité géopolitique et la fragilité des économies occidentales, l'exercice 2026 sembler déjouer les pronostics pessimistes. "Plus personne ne parle encore de récession", explique sourire aux lèvres Christophe Boucher, directeur des investissements chez ABN Amro Investment Solutions. Selon lui, le maître mot des six derniers mois serait plutôt "résilience". De quoi laisser la porte grande ouverte à un scénario de "soft landing", surtout avec le renfort de la thématique IA.
Galvanisé par le succès de son intervention au Venezuela, Donald Trump espérait-il rééditer l'opération avec le même succès en Iran ? Après 100 jours de conflit et un détroit d'Ormuz congestionné, le choc géopolitique est d'une ampleur inédite au XXIe siècle. Et Trump a beau assurer que les Etats-Unis contrôlent le détroit, la flambée des cours du pétrole montre que la réalité est tout autre et que les cartes énergétiques ont été entièrement rebattues.
Chez ABN Amro, on considère néanmoins que l'économie mondiale et les marchés financiers font montre d'une résilience étonnante, malgré les chocs géopolitiques et énergétiques. Concrètement, le scénario dominant chez les analystes n'est pas celui d'une récession, mais plutôt d'un ralentissement économique ("soft landing"), ce qui explique en partie la bonne tenue des marchés actions.
Selon Christophe Boucher, le risque de récession mondiale ne se matérialiserait véritablement que si les prix accéléraient vers 120 USD le baril. Pour l'instant, le scénario central se veut relativement optimiste : le spécialiste estime que le choc énergétique devrait rester temporaire et pense que le prix du pétrole devrait revenir progressivement vers les niveaux anticipés par les marchés, soit "pas très loin de 75 à 80 USD fin décembre".
En effet, à la suite de la fermeture du détroit, les opérateurs ont déployé de nombreux mécanismes afin d'amortir les perturbations, s'appuyant sur les réserves stratégiques, sur des routes alternatives et sur l'adaptation des flux énergétiques mondiaux.
Par ailleurs, le marché s'appuie aussi sur ce que Christophe Boucher nomme le "put Trump" : soit la sensibilité de l'administration américaine à la santé des marchés actions et au niveau des taux longs. Aussi, Washington n'hésite pas à user de "rétropédalages" politiques pour relâcher la pression dès que le pétrole s'envole dangereusement. Ce que les marchés ont aussi appelé "TACO" pour 'Trump se dégonfle toujours" dans la langue de Shakespeare.
Sortir du brouillard géopolitique grâce à l'IA ?
Si ABN Amro considère que le principal risque macroéconomique à court terme reste l'évolution du pétrole et son impact sur la croissance mondiale, la banque identifie également un puissant moteur de soutien pour les marchés : la vague d'investissements liés à l'intelligence artificielle.
Selon Benoît Begoc, quantitative strategist chez ABN Amro, l'intelligence artificielle n'est plus simplement une thématique technologique ou boursière, mais un véritable phénomène macroéconomique. Le professionnel rappelle d'ailleurs que les hyperscalers devraient investir près de 750 milliards de dollars en 2026, soit environ 2% du PIB américain, des montants qui équivalent au PIB de certains pays.
Pour ABN, ces dépenses sont désormais suffisamment importantes pour soutenir à la fois la croissance économique et les marchés financiers.
Benoît Begoc insiste également sur le fait que ce cycle d'investissement dépasse largement le seul secteur technologique. Selon lui, les dépenses liées à l'IA "ne sont pas limitées au hardware technologique ou à l'intelligence artificielle", mais se diffusent vers la construction, les utilities, les infrastructures énergétiques ou encore les acteurs du refroidissement des data centers. Il rappelle notamment que les investissements dans les data centers représentent désormais environ 2,3% de l'ensemble des constructions aux Etats-Unis, ce qui témoigne de l'ampleur du phénomène.
Face aux comparaisons avec la bulle Internet des années 2000, Benoît Begoc adopte un ton rassurant. Il reconnaît que les montants investis sont comparables à ceux observés lors de la période de la bulle Internet, mais souligne que les entreprises qui portent aujourd'hui ces investissements sont beaucoup plus rentables et financièrement solides. Selon lui, le risque principal n'est pas un manque de demande, mais plutôt des contraintes d'offre : "le risque à court terme, c'est de voir les hyperscalers ne pas délivrer parce qu'il y a des goulots d'étranglement sur la chaîne d'approvisionnement".
Tant que ces investissements restent limités par la capacité de production et non par la demande finale, ABN considère que la dynamique demeure favorable pour l'ensemble de la chaîne de valeur de l'IA.
Enfin, cette vague d'investissement est perçue comme un nouveau relais du "super cycle des profits". L'intelligence artificielle est appelée à soutenir durablement les gains de productivité et les bénéfices des entreprises américaines. Comme le résume Benoît Begoc, ce cycle d'investissement constitue aujourd'hui "un levier à la fois pour le marché et pour le cycle macroéconomique", ce qui explique le positionnement toujours positif de la banque sur cette thématique.