Machado veut regagner le Venezuela, Trump exclut des élections à court terme information fournie par Reuters 06/01/2026 à 12:03
par Jasper Ward
L'opposante Maria Corina Machado a promis mardi de regagner rapidement le Venezuela pour y accélérer la transition grâce à la tenue d'élections libres, une hypothèse pourtant exclue à court terme par Donald Trump après la capture par les forces spéciales américaines du président Nicolas Maduro.
"Je prévois de revenir au Venezuela dès que possible", a déclaré l'avocate et ancienne députée âgée de 58 ans, lauréate du prix Nobel de la paix 2025 qu'elle a dédié au président américain, dans une interview à la chaîne Fox News.
"Nous sommes convaincus que cette transition doit se poursuivre", a encore estimé l'opposante. "Nous avons gagné une élection (en 2024) par un raz-de-marée malgré des conditions frauduleuses. Lors d'élections libres et équitables, nous gagnerions plus de 90% des voix."
Maria Corina Machado a toutefois reconnu qu'elle n'avait plus parlé à Donald Trump depuis le 10 octobre dernier, jour de l'attribution de son Nobel.
Le président américain a quant à lui mis en doute, dès samedi, jour de l'enlèvement à Caracas de Nicolas Maduro et de l'annonce de la prise de contrôle temporaire du pays par les Etats-Unis, sa capacité à diriger le Venezuela. Et il a exclu lundi, dans une interview à la chaîne NBC, la tenue d'élections libres dans le pays dans les trente prochains jours.
"Il faut d'abord redresser le pays. On ne peut pas organiser d'élections. Les gens ne pourraient même pas voter", a déclaré Donald Trump.
UNE "VISION COURAGEUSE"
S'exprimant pour la première fois depuis l'opération américaine, Maria Machado n'a rien révélé de son emplacement ou de ses projets pour retourner au Venezuela, où elle est visée par un mandat d'arrêt et où les fidèles de Nicolas Maduro tiennent toujours les rênes du pouvoir.
Donald Trump a pour l'heure douché les espoirs des opposants qui espéraient que la capture de Nicolas Maduro, transféré à New York où il a comparu lundi sous des accusations de complot narcoterroriste, ouvrirait la voie à une transition démocratique, estimant que Maria Machado ne bénéficiait "ni de soutien ni de respect" au sein de son pays.
Washington semble s'accommoder du maintien au pouvoir des "chavistes", à commencer par la vice-présidente Delcy Rodriguez qui a prêté serment comme présidente par intérim du pays latino-américain pour une période de 90 jours renouvelables.
Dans un rapport confidentiel de la CIA présenté à Donald Trump et révélé par le Wall Street Journal, les services secrets américains ont estimé que le proche entourage de Nicolas Maduro était le mieux placé pour maintenir la stabilité du pays.
Après avoir dans un premier temps fustigé l'"enlèvement" de Nicolas Maduro et un comportement colonial des Etats-Unis, Delcy Rodriguez a adopté dimanche un ton nettement plus conciliant en appelant à des relations équilibrées et respectueuses entre Caracas et Washington.
Maria Machado l'a qualifiée mardi de "l'une des principales architectes de la torture, de la persécution, de la corruption et du narcotrafic".
L'opposante a également chanté les louanges de Donald Trump et applaudi "sa vision courageuse". "Il a prouvé au monde entier ce qu'il pensait. Le 3 janvier restera dans l'histoire comme le jour où la justice a vaincu la tyrannie."
Fort de l'appui des Etats-Unis, l'opposition vénézuélienne pourrait transformer le Venezuela, qui héberge les plus vastes réserves pétrolières au monde, en plateforme énergétique centrale du continent américain, tout en rétablissant l'Etat de droit, en ouvrant les marchés et en créant un environnement sûr pour les investisseurs étrangers, a affirmé Maria Machado.
VOEUX PIEUX ?
L'accès au pétrole vénézuélien était l'un des principaux objectifs de l'opération menée dans la nuit de vendredi à samedi par les forces spéciales américaines, a reconnu Donald Trump, dont l'administration prévoit de rencontrer dans le courant de la semaine des dirigeants de compagnies pétrolières américaines.
Les trois plus grandes, Exxon Mobil XOM.N , ConocoPhillips
COP.N et Chevron CVX.N , n'ont pas encore eu la moindre conversation avec le gouvernement au sujet de la capture de Nicolas Maduro, a-t-on appris de quatre dirigeants du secteur, dont les propos contredisent ainsi ceux du président américain.
Pour les analystes du secteur, relancer la production vénézuélienne nécessitera des années de travail et des milliards de dollars d'investissements, sans compter les grandes incertitudes quant à l'avenir institutionnel du pays, au cadre juridique de l'activité et à la stabilité à long terme de la politique des Etats-Unis à l'égard du Venezuela.
D'autres questions sur l'après-Maduro et le contrôle "à distance" du pays par Washington restent sans réponse.
Alors que Donald Trump n'a pas exclu de frapper à nouveau le Venezuela s'il ne se pliait pas à ses exigences, le président républicain de la Chambre des représentants, Mike Johnson, a écarté l'hypothèse de l'envoi de troupes américaines ou d'une occupation du pays par les Etats-Unis, lundi soir à l'issue d'un "briefing" entre des élus du Congrès, le secrétaire d'Etat Marco Rubio et le chef du Pentagone Pete Hegseth.
Le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, qui participait à cette longue réunion à huis clos, n'est pas sorti convaincu. "Leur plan pour diriger le Venezuela est vague, et repose sur des voeux pieux", a-t-il dit.
(Jean-Stéphane Brosse pour la version française, édité par Blandine Hénault)