* Les achats touristiques chinois décrochent de 23% en mars
* Au total, les achats détaxés ont baissé de 14%
* Chute de 29% en France et de 21% en Italie
par Pascale Denis
PARIS, 15 avril (Reuters) - Les achats de produits de luxe
effectués par les touristes chinois ont pour la toute première
fois accusé une baisse en mars, décrochant de 23% par rapport à
la même période de l'an dernier, selon les chiffres publiés
vendredi par Global Blue, spécialiste de la détaxe.
Les attentats de Paris et Bruxelles ont fait fuir les
touristes étrangers d'Europe et la clientèle chinoise, qui
compte pour un tiers du marché mondial du luxe, commence à
davantage acheter en Chine à la faveur d'un resserrement des
écarts de prix avec l'Europe.
La baisse a également été amplifiée en Europe, selon les
analystes de Barclays, par la mise en place de visas
biométriques et elle a cette fois touché tous les pays d'Europe.
Les dépenses des touristes ont ainsi décroché de 29% en
France et de 21% en Italie, alors que cette dernière avait
profité en début d'année d'un report des voyageurs préférant
éviter la France. La baisse a atteint 18% au Royaume-Uni.
Au total, les ventes détaxées ont reculé de 14% en mars,
avec une baisse toujours prononcée de la clientèle russe (-22%)
pour cause de dévaluation du rouble.
En revanche, les achats réalisés au Japon ont encore
progressé (+14%), profitant toujours - bien qu'à un rythme moins
élevé - d'achats massifs des touristes chinois attirés par la
baisse du yen et d'une "expérience" d'achat très sophistiquée.
Le Japon a d'ailleurs été le mois dernier le seul pays dans
lequel les achats des touristes chinois ont augmenté.
Ailleurs en Asie, les chiffres ont été négatifs à Singapour
(-15%) et en légère hausse en Corée du Sud (+2%), où les
tendances se révèlent très volatiles d'un mois sur l'autre.
L'environnement est devenu difficile pour le secteur avec
les attentats en Europe, le ralentissement chinois, la chute des
flux touristiques à Hong Kong, les récessions russe et
brésilienne ou la faiblesse du marché américain pour cause de
dollar fort.
Dans ce contexte, les groupes de luxe se préparent à une
année difficile.
LVMH LVMH.PA a vu la croissance organique de Louis Vuitton
ralentir aux alentours de 1% à 2% au premier trimestre, après
une baisse de plus de 10% à Paris et une stagnation de ses
ventes auprès de la clientèle chinoise.
La chute du tourisme étranger à Paris a également touché de
plein fouet la maison Dior DIOR.PA , dont les ventes ont marqué
le pas.
Les chiffres trimestriels de Kering PRTP.PA sont attendus
le 21 avril, ceux d'Hermès HRMS.PA le 28 et le sellier a déjà
dit s'attendre à une année 2016 "compliquée".
Les chiffres de Global Blue ne prennent pas en compte les
dépenses effectuées aux Etats-Unis, à Hong Kong et à Dubaï, où
les opérations de détaxe n'existent pas.
En Chine même, les ventes du luxe pourraient se redresser en
2016, selon les estimations de Bain & Co, grâce à la réduction
des écarts de prix avec l'Europe. Cet écart a été ramené
aujourd'hui à 35%-40%, après un sommet à 70%, et il pourrait
tomber à 20% ou 25% cette année.
Le marché intérieur chinois devrait aussi profiter des
nouvelles taxes et des procédures de contrôle visant à limiter
le marché parallèle des "daigous", revendeurs d'authentiques
produits achetés à l'étranger.
(Edité par Dominique Rodriguez)