Lula rend visite à Trump pour échapper à de nouveaux droits de douane information fournie par Reuters 07/05/2026 à 12:07
par Lisandra Paraguassu et David Lawder
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva se rend à la Maison Blanche jeudi afin de raviver ce que Donald Trump avait qualifié l'an dernier d'"excellente alchimie" entre les deux hommes eux et d'éviter de nouveaux droits de douane du président américain, ont déclaré à Reuters trois sources proches de Lula.
Le dirigeant brésilien compte également démontrer sa volonté de négocier des accords sur les minerais stratégiques et le crime organisé, ont ajouté ces sources.
"Nous ne savons pas si cette visite sera utile", a déclaré à Reuters un responsable brésilien impliqué dans l'organisation de la rencontre. "Mais elle a plus de chances d'aider que de n'aboutir à rien."
Donald Trump a imposé en 2025 des droits de douane de 50% sur les produits brésiliens, parmi les plus élevés qu'il ait instaurés, accusant Brasilia de mener une chasse aux sorcières contre l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro, par la suite condamné pour avoir fomenté un coup d'Etat.
Le président américain a depuis retiré partiellement la plupart de ces droits de douane, notamment sur le bœuf et le café brésiliens, pour contribuer à apaiser la hausse des prix des produits alimentaires aux États-Unis.
La Cour suprême des États-Unis a en outre invalidé en février les droits de douane mondiaux qu'il avait imposés en vertu d'une loi sur l'urgence nationale, supprimant ainsi bon nombre de prélèvements résiduels.
Les produits brésiliens sont cependant toujours soumis à des droits de douane supplémentaires de 10% qui doivent expirer en juillet.
Ces dernières semaines, le Brésil a en outre fait état de signes indiquant que ses exportations pourraient être frappées de nouveaux prélèvements de même nature, liés à une enquête sur des pratiques commerciales déloyales.
MINERAIS CRITIQUES ET GANGS AU MENU
Un dégel s'est amorcé en septembre dernier à l'Assemblée générale des Nations unies, lorsque Donald Trump a évoqué son "alchimie" avec Lula et reconnu en partie les vastes réserves de minerais critiques du Brésil, selon Monica de Bolle, économiste brésilienne et chercheuse au Peterson Institute of International Economics.
La volonté de l'administration Trump de mettre en place une chaîne d'approvisionnement en terres rares nécessaires à la fabrication de produits de haute technologie devrait favoriser une rencontre de bonne facture entre les deux dirigeants, a-t-elle ajouté.
"Du côté américain, on cherche à conclure une sorte d'accord - quel qu'il soit - avec le Brésil sur les minerais critiques et les terres rares", a déclaré Monica de Bolle. "Les États-Unis ont en fait besoin de quelque chose de la part de Lula."
L'administration Lula ne s'attend pas toutefois à ce qu'un pacte sur ce sujet se concrétise, ont déclaré à Reuters des proches du président, invoquant des difficultés à s'entendre sur un simple protocole d'accord.
Des tensions existent également autour des efforts de la Maison blanche visant à désigner les gangs latino-américains comme des groupes terroristes.
Le gouvernement Lula tente ainsi d'éviter une telle mesure concernant les gangs brésiliens PCC et Comando Vermelho, qui pourrait ouvrir la voie à une intervention militaire des États-Unis ou à des sanctions contre les banques qui, à leur insu, font affaire avec des membres de ces gangs.
Lula devrait ainsi proposer à la place une coopération renforcée en matière de crime organisé, de blanchiment d'argent et de trafic d'armes.
(Reportage Lisandra Paraguassu et David Lawder à Washington ; avec Ricardo Brito à Brasilia, version française Benjamin Mallet, édité par Benoit Van Overstraeten)