Lisi : la vieille industrie prend bien le virage de la high tech
information fournie par Le Cercle des analystes indépendants 18/05/2026 à 08:42

Le siège de Lisi Automative. (crédit : Lisi)

Ces derniers temps, on peut lire assez souvent çà et là que l'industrie chinoise a tout bon, et qu'après avoir fabriqué du bas et du moyen de gamme (souvent pour des sociétés européennes ou américaines trop contentes de faire fabriquer leurs produits pour moins cher, il faut le dire), son offre s'est hissée au meilleur niveau. C'est de fait ce que l'on constate avec effroi en ce moment en Europe avec le débarquement en force des constructeurs automobiles chinois, BYD en tête.  Et une thèse à la mode largement répandues dans les médias ne manque pas de conclure que ladite industrie chinoise va finir par balayer purement et simplement l'industrie européenne avec ses produits hauts de gammes de toutes sortes, et totalement imbattables, comme il se doit.

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Ce qui est peut-être aller vite en besogne, même si la logique est comme toujours imparable, d'autant que l'on peut entendre par ailleurs des commentaires parfois nettement moins alarmistes de la part de gens des métiers en question. Comme dans l'automobile, où il se dit que l'invasion chinoise arrive après les invasions japonaise et coréenne, auxquelles les OEMs européens ont finalement assez bien survécus. Sans parler du fait que l'on investit nettement plus en Europe dans la Défense, ce qui n'est peut-être pas du luxe, en parlant beaucoup de souveraineté, et qu'on s'aperçoit à l'occasion que nos précieux équipements souverains contiennent parfois nombre de pièces (élémentaires, bien entendu) fabriquées en Chine, ce qui peut poser éventuellement un problème, mais c'est une autre histoire.

Tout ça pour dire qu'il y a aura vraisemblablement toujours de la place pour les industriels européens, même si on aimerait qu'il y en ait encore plus dans notre beau pays notamment, où il y a semble-t-il moins d'industrie qu'ailleurs. Ce qui n'aide pas, puisque la création de richesse commence par l'industrie, c'est bien connu.
C'est d'ailleurs bien ce que l'on a l'air de penser chez LISI, où on fabrique depuis très longtemps des pièces de toutes sortes pour l'automobile et l'aéronautique, avec indéniablement un bon résultat économique, que la Bourse, dans son infinie sagesse, ne peut que saluer.

Link Solutions for Industry

Basée à Belfort, Lisi fabrique des pièces élémentaires (mais pas toujours) qui entrent dans la composition des avions, des voitures, des poids lourds, etc… : des solutions d'assemblages, et autrement dit des vis, rivets, fixations et clips en tous genres, et aussi bien d'autres composants en dehors de l'assemblage, le tout pour un chiffre d'affaires 2025 de 1,75 milliards d'euros avec 9 630 salariés dans 38 sites production dans 14 pays.

Dont 28 en Europe (dont 15 en France et 3 en Allemagne), et dont 5 aux USA et 2 en Chine. Lisi réalise 57% de ses ventes en Europe et 29% en Amérique du Nord,  la plupart de ses grands clients avionneurs, constructeurs automobiles et équipementiers fournisseurs des précédents étant implantés de ces deux côtés de l'Atlantique.

Société familiale avec forte capacité d'adaptation

Avant de rentrer dans les détails, il est important de noter que Lisi est une vieille société industrielle familiale qui a grandi et s'est adaptée aux changements de ses marchés en partie grâce aux acquisitions. Lisi descend de fait de la Société Industrielle de Delle qui produisait des vis et des boulons déjà à la fin du 19e siècle et qui est devenue GFD en 1968 en fusionnant avec un autre acteur familial de ce métier pour devenir le premier fabricant français de visserie-boulonnerie standard (ou "de catalogue"). Et aussi le premier pour les fixations  pour l'automobile, les constructeurs  externalisant de plus en plus  de productions de composants auprès d'équipementiers en tous genres.

Un des grands clients de GFD étant Peugeot, avec ses usines implantées tout aussi historiquement dans l'Est de la France. GFD est devenu GFI Industries en 1977, coté en Bourse, en parallèle à un développement dans les fixations aéronautiques avec le rachat d'un spécialiste de ce secteur : Blanc Aero. Et à la sortie progressive de la visserie-boulonnerie de catalogue, un marché devenu très, voire trop combattu (les Chinois, déjà).

Puis GFI Industries est devenu Lisi en 2002 (Lisi est l'acronyme de Link Solutions for Industry), et a continué depuis à enrichir son offre avec des opération de M&A assez grandes parfois comme l'allemand Knipping en 2005 dans les fixations, plus des fabricants d'implants dentaires et de broches chirurgicales, et de prothèses de hanche avec  Stryker Corporation en 2010 pour former un nouvelle division : Lisi Medical. Et, pour se renforcer dans l'Aéronautique : Creuzet Aero et Indraero en 2011 et Manoir Aerospace en 2014, un spécialiste des pièces forgées

Puis encore Remmele Medical en 2016 dans les instruments de chirurgie mini-invasive, Termax et Hi-Vol Products dans les pièces pour l'automobile aux USA en 2017-2018, ainsi que B&E Manufacturing  dans les raccords hydrauliques aéro en 2020, etc… Bref, une gestion assez active du portefeuille laquelle est loin d'exclure les cessions, puisque la branche Lisi Medical a été vendue en bloc en octobre 2025.

Tout ce qu'il faut a priori pour servir les grands clients

Lisi maîtrise dans ses usines beaucoup des procédés de transformation du métal : presses de frappe à chaud,, ou à froid, chaudronnerie, usinage de précision, découpage, formage par extrusion, fabrication additive métallique, traitements de surface, et aussi d'autres procédés comme l'injection plastique, et en innovant en permanence pour améliorer ses produits, soit in fine une offre très large dans les deux divisions.

Chez Lisi Aerospace (68% des ventes, production dans 19 sites), on fabrique avant tout des fixations mais aussi des raccords hydrauliques, des verrous, des écrous, des composants de structure formés et forgés pour les aéronefs, et notamment des aubes de réacteurs et des bords d'attaque, voire des guides d'ondes pour satellites, avec comme clients Airbus, Airbus Helicopters, Boeing, Dassault Aviation, Embraer, et aussi des motoristes comme Safran et MTU.

Chez Lisi Automotive (32% des ventes dans 19 sites aussi), on travaille non seulement pour Stellantis, Renault, VW, BMW et Mercedes, mais aussi pour Forvia ou Hitachi, et on les fournit en solutions d'assemblage filetées ou clippées (clipsées ?) en tous genres, en habillages de câblages, en fixations mécaniques pour chaînes de traction électrique, en composants mécaniques de sécurité comme des freins de parking électriques, etc…etc….

Un beau compte de résultat 2025, sans aucun doute…

Lisi a publié un chiffre d'affaires 2025 en baisse de -3%, mais avec la cession de Lisi Medical, qui a retiré du périmètre en gros 10% de ventes. A périmètre constant (et à change constant aussi), Lisi a fait +11,5% de croissance organique, une croissance tirée par Lisi Aerospace, qui a progressé de +15,6%, dont +18,4% en Amérique du Nord; après +22,8% en 2024 et +17% en 2023. Parce que Airbus va plutôt bien, même si ça pourrait être encore mieux si Pratt & Whitney livrait plus de moteurs pour les A320, et alors que c'est bien reparti chez Boeing (où Lisi fournit le B737MAX, qui se vend aussi bien que l'A320 ), où l'organisation industrielle a été enfin remise au carré semble-t-il. Le tout compensant largement l'activité toujours un peu déprimée dans l'automobile, notablement chez les clients du groupe, où les volumes produits ont encore reculé globalement de -0,9%, soit un chiffre d'affaires auto en baisse organique de -0,6% chez Lisi.

On notera aussi que la marge opérationnelle dégagée par Lisi (soit ce qui reste de l'Ebitda, concept fondateur de la finance de marché moderne, une fois soustraits les amortissements qui constatent de façon grossièrement archaïque l'usure de l'outil de travail, le tout rapporté au chiffre d'affaires) est en forte progression avec un gain de +2,8 points en tout à 9,2%. Dont +3,4 points dans Aerospace (à 11,8%) avec le levier opérationnel des volumes en hausse agrémenté de gains de productivité, et +2 points dans Automotive (à 5%) malgré l'activité stagnante avec un effet mix positif lié à la montée en gamme de l'offre, aidée en cela par la cession d'activités moins rentables : celles de Nomel, spécialiste de la fabrication d'écrous par frappe à froid.

… un bilan pas mal non plus.

Et ce n'est pas tout : Lisi affiche un très bon bilan, ce qui n'est pas toujours le cas chez les équipementiers, qu'ils soient aéro ou auto, entre autres raisons parce qu'ils n'ont pas l'argent des avances clients pour gonfler leurs caisses. Soit à fin décembre un ratio Dette Nette/Fonds Propres de seulement 24%, ce qui n'est pas beaucoup, une situation de trésorerie nette largement positive à +131 millions d'euros et un levier Dette Nette/Ebitda tout à fait bénin à 1x, contre respectivement 49%, +58 millions d'euros et 2,3x un an auparavant. Bien sûr, ce bilan bien amélioré encore doit beaucoup à l'encaissement de la vente de Lisi Medical (sur la base d'une valorisation totale de 270 millions d'euros, dette y compris éventuellement) mais il se serait amélioré de toutes façons puisque Lisi génère structurellement du free cash-flow. Autrement dit fabrique année après année toujours plus de capacité d'autofinancement (alias cash-flow en bon franglais financier) que ses besoins d'investissement (capex, toujours en franglais) dans son outil de travail.

C'est aussi simple que cela, et tient beaucoup au fait que Lisi dégage une bonne rentabilité d'exploitation, et ce dans ses deux métiers, puisque des concurrents comme Figeac Aero dans l'aéronautique sont plutôt à 5% de marge opérationnelle en espérant faire mieux l'année prochaine, et que nombre d'équipementiers automobiles sont en-dessous des 5% de marge (cf OPMobility : 4,8%, Valeo : 4,7%, Akwel : 4,7%).

La suite se présente bien aussi, apparemment

Les bons résultats de Lisi ces deux dernières années et sa bonne exposition à l'aéronautique expliquent une partie de la surperformance du titre, dont le cours a plus que doublé en 2025, et qui est encore en progression de plus de +20% depuis le 1er janvier. Mais, comme chacun sait, on investit pour le futur (comme aurait dit Monsieur de la Palisse) et la valorisation d'un titre est censée refléter la création de richesse à venir de la société, que d'aucuns modélisent élégamment dans des modèles de DCF.

Mais point n'est besoin pour Lisi : le consensus des analystes tel qu'on peut le trouver dans Boursorama attend une croissance des ventes en gros de +10% en 2026 et 2027, et encore des gains de marge opérationnels sur ces deux années pour aller au-delà des 10%, ce qui n'est pas rien.

Et pourquoi pas, après tout ? puisque le premier secteur client du groupe, l'Aéronautique, va toujours très bien, avec un volet Défense déjà consistant (120 millions d'euros en tout en 2025) qui plus est, et que les constructeurs automobiles pourraient possiblement aller mieux, concurrence chinois ou pas, et sortir éventuellement du bas de cycle de ces dernières années. Et, surtout, Lisi sort en permanence de nouveaux produits, notamment pour l'aéronautique comme les fixations Optiblind, ou les pièces de structure (poutre, longerons etc...) fabriquée avec le procédé TYX, plus légères et dont la fabrication consomme beaucoup moins d'énergie. Dans l'automobile aussi, pour les  châssis et pack batterie des véhicules électriques notamment, poids lourds y compris : busbars, vis avec étanchéité sous-tête pour les batteries, etc… Mieux encore, Lisi met aussi au point de nouveaux procédés de fabrication comme les assemblages multi-matériaux, et déploie de plus en plus l'IA dans ses sites, comme avec ses centres d'usinage Watch Out à autonomie totale, et ailleurs avec plus de 40 agents intégrés dans toutes sortes de processus, tout en  robotisant tout ce qui est robotisable, comme les lignes de conditionnement des pièces dans les sites logistiques.

Et ainsi de suite : chez Lisi, on ne laisse rien au hasard, et la Bourse aime bien ça, apparemment.