Les usines de dessalement du Golfe, desservant des millions de personnes, sous la menace iranienne information fournie par Reuters 07/04/2026 à 16:50
L'Iran a averti qu'elle lancerait des attaques contre les usines de dessalement et d'autres infrastructures de la région du Golfe si les États-Unis mettaient à exécution leur menace de frapper ses infrastructures énergétiques et pétrolières en représailles à la fermeture du détroit d'Ormuz.
Le président américain a déclaré mardi qu'il ordonnerait la "destruction complète" de l'Iran si Téhéran ne scellait pas un accord d'ici mercredi 00h00 GMT portant sur une proposition cessez-le-feu de 45 jours.
Au cours de la journée de mardi, de nombreuses infrastructures, notamment ferroviaires et énergétiques, ont été visées par des bombardements israélo-américains à travers l'Iran.
Voici des données sur la dépendance des États du Golfe à l'égard du dessalement pour leurs besoins fondamentaux en eau.
DEGRÉ DE DÉPENDANCE
* Aux Émirats arabes unis, l'eau dessalée représente plus de 80% de l'eau potable.
* Bahreïn est devenu entièrement dépendant de l'eau dessalée en 2016, étant donne que 100% des nappes phréatiques sont réservées aux plans d'urgence, ont déclaré les autorités.
* Le Qatar dépend également à 100% de l'eau dessalée.
* Le dessalement couvre 90% des besoins en eau des ménages au Koweït.
* Oman dépend à 86% du dessalement pour subvenir aux besoins de sa population.
* En Arabie saoudite, un pays beaucoup plus vaste que ceux cités ci-dessus, disposant de réserves d'eau souterraine naturelle plus importantes, environ 50% de l'approvisionnement en eau distribuée provenait de l'eau dessalée en 2023, selon l'Autorité générale des statistiques.
* Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis produisent ensemble environ un tiers de l'eau dessalée mondiale et abritent bon nombre des plus grandes usines de dessalement. Ces six pays, qui forment le Conseil de coopération du Golfe, ont une population totale estimée par l'ONU à plus de 61 millions d'habitants en 2025.
VULNÉRABILITÉ DES USINES DE DESSALEMENT
* Le dessalement dans le Golfe est une activité très concentrée, un petit nombre d'usines générant la majeure partie de la production. Beaucoup d'entre elles sont des usines de cogénération, à savoir qu'elles produisent également une quantité importante d'électricité pour le réseau national.
* Ces usines se trouvent à portée de missiles et de frappes de drones, et des attaques pourraient provoquer des chocs humanitaires et économiques, selon l'Atlantic Council, un "think tank" américain spécialisé dans les relations internationales.
* Si elles étaient attaquées, les conséquences pourraient être dévastatrices, perturbant l'approvisionnement en eau des équipements publics, des entreprises, des habitations et des hôtels, ou entraîner des coupures d'électricité à grande échelle et nécessiter des évacuations totales, selon l'Atlantic Council.
QUE FONT LES PAYS POUR SE PRÉPARER ?
* Pour atténuer le risque de rupture d'approvisionnement de la capitale, le gouvernement saoudien a commandé la construction du réservoir stratégique d'eau de Riyad, qui a été certifié en 2023 par le Guinness World Records comme la plus grande installation de stockage d'eau potable au monde.
* Le Qatar risque de manquer d'eau potable en trois jours si l'approvisionnement était interrompu, a dit le Premier ministre l'année dernière, citant une évaluation faite en la matière remontant à plusieurs années.
* Cette petite nation insulaire — où les températures estivales peuvent atteindre 50°C — a achevé en 2018 la construction de 15 des plus grands réservoirs d'eau potable en béton au monde, chacun d'une capacité d'environ 100 millions de gallons impériaux, soit suffisamment pour remplir environ 180 piscines olympiques. Ce projet a valu au Qatar un record mondial Guinness pour les plus grands réservoirs individuels et le plus grand réseau de ce type, selon la société publique de services publics Kahramaa.
QUI DISPOSE DE MÉGA-USINES ?
* L'Arabie saoudite est en tête du secteur du dessalement en termes de capacités, suivie respectivement par les Émirats arabes unis et Israël, selon le cabinet de conseil Blackridge.
* La plus grande usine est celle de Ras Al Khair, en Arabie saoudite, d'une valeur de 7,2 milliards de dollars, capable de traiter trois millions de mètres cubes d'eau par jour, suivie de l'usine de Jubail, d'une valeur d'un milliard de dollars. Ras Al Khair alimente en eau potable Riyad, qui comptait sept millions d'habitants en 2022, ainsi que la ville de Hafr Al-Batin.
* Les Émirats arabes unis abritent quatre grandes usines d'un coût total de 5,3 milliards de dollars, situées dans le port industriel de Jebel Ali à Dubaï, à Taweelah entre Abou Dhabi et Dubaï, ainsi que dans les émirats de Fujaïrah et d'Umm Al-Qawain.
* L'usine de Sorek, en Israël, d'une valeur de 500 millions de dollars, peut traiter 640.000 mètres cubes d'eau par jour et couvre 20% des besoins en eau d'Israël. Elle est située près de Tel-Aviv et a été construite avec l'aide de la société singapourienne Hutchison Water, filiale du conglomérat hongkongais CK Hutchison Holdings.
* La plupart des usines saoudiennes et émiraties n'ont pas fait appel à des investisseurs américains. Les usines saoudiennes ont été construites avec l'aide de l'allemand Siemens et du français Engie, tandis que celles des Émirats arabes unis ont sollicité l'espagnol Acciona Energia et le belge BESIX Group.
(Bureaux de Reuters, Version française Benoit Van Overstraeten)