Les taux longs réveillent le marché obligataire information fournie par Zonebourse 19/05/2026 à 20:36
Les taux obligataires de long terme refont parler d'eux depuis quelques jours, avec un mouvement qui dépasse désormais largement le seul marché américain.
Le rendement du Treasury à 10 ans évolue autour de 4,67%, son plus haut niveau depuis janvier 2025, tandis que le Bund allemand à 10 ans a atteint 3,20% ce mardi, un niveau inédit depuis 2011. Au Japon, le rendement à 10 ans a dépassé 2,8%, au plus haut depuis près de 29 ans, ce qui confirme que la tension sur les taux longs est devenue un phénomène global et ne peut plus être réduite aux seules inquiétudes autour du déficit américain.
Le premier moteur vient de l'énergie, puisque plus le pétrole reste élevé longtemps, moins le choc inflationniste peut être traité comme "transitoire" par les banquiers centraux. Aux Etats-Unis, les contrats sur les Fed funds, qui intégraient encore deux baisses de taux pour 2026 après la réunion de décembre, assignent désormais environ 50% de probabilité à une hausse d'ici décembre. En zone euro, le basculement est également marqué, car la BCE était encore perçue en début d'année comme installée dans une phase de pause, alors que le marché anticipe désormais une hausse en juin et une autre hausse plus tard dans l'année. Au Japon, le changement porte moins sur la direction que sur le calendrier, puisque la Banque du Japon était déjà engagée dans une normalisation graduelle en janvier, mais près des deux tiers des économistes interrogés par Reuters anticipent désormais un relèvement à 1,0% dès juin, suivi d'une autre hausse au quatrième trimestre.
Mais la hausse des taux obligataires semble aussi s'expliquer par l'amélioration des perspectives économiques, puisque le taux à 10 ans des obligations américaines indexées sur l'inflation, les Treasury Inflation-Protected Securities, est remonté à 2,10% le 15 mai. Cette évolution est cohérente avec des publications macroéconomiques meilleures que prévu (le Citi Economic Surprise Index américain étant en hausse depuis fin avril), ainsi qu'une saison de résultats des entreprises particulièrement solide. Selon FactSet, 84% des sociétés du S&P 500 ayant publié leurs comptes ont dépassé les attentes de bénéfices, tandis que la croissance bénéficiaire du premier trimestre atteint son meilleur niveau depuis le quatrième trimestre 2021.
Cette hausse des rendements longs renforce la concurrence des obligations vis-à-vis des autres classes d'actifs, ce qui contribue à expliquer la pression récente sur les marchés actions et l'or. A moins d'une détente rapide des cours de pétrole, la hausse des taux longs pourrait perdurer jusqu'à ce qu'elles créent des inquiétudes sur la croissance économique.