Les rendements s'envolent dans la perspective d'un resserrement de la politique monétaire
information fournie par Reuters 23/03/2026 à 11:34

bourse dollar us (Crédits: Adobe Stock)

Les rendements des obligations d'État des deux côtés de l'Atlantique continuent de grimper lundi, sous l'effet des anticipations d'une hausse des taux d'intérêt par les principales banques centrales mondiales, la guerre au Moyen-Orient ravivant les craintes d'une poussée inflationniste liée aux prix de l'énergie.

Le rendement des Treasuries à dix ans US10YT=RR prend plus de quatre points de base à 4,4354% et évolue à son plus haut niveau depuis huit mois, après avoir grimpé de 47 points de base depuis le début de la guerre. Celui de l'obligation à deux ans US2YT=RR , le plus sensible aux anticipations sur les taux, avance de neuf points de base à 3,986%.

Dans la zone euro, le rendement du Bund allemand à dix ans DE10YT=RR prend près de quatre points de base à 3,074%, tandis que son homologue à échéance courte DE10YT=RR avance de sept points de base à 2,742%.

Au Royaume-Uni, le Gilt à 10 ans GB10YT=RR a atteint lundi son plus haut niveau depuis juillet 2008, à 5,088%, en hausse de plus de neuf points de base.

Le lancement de l'opération américano-israélienne contre l'Iran le 28 février dernier, suivi de la riposte iranienne contre les pays du Golfe, a provoqué d'importantes perturbations dans le transport et la production de pétrole, entraînant une flambée des prix et ravivant les craintes d'inflation.

Les prix sont volatils depuis lors, au gré des événements de la guerre, mais restent, pour le Brent, à des niveaux comparables à ceux d'il y a quatre ans.

La crainte d'un retour en force de l'inflation, après avoir réussi à la maîtriser depuis la dernière flambée des prix de 2022, a contraint les opérateurs à revoir leurs prévisions en matière de politique monétaire pour l'année en cours, tandis que les principales banques centrales ont adopté un ton nettement plus restrictif lors de leurs réunions de la semaine dernière.

Dans la zone euro, Goldman Sachs s'attend désormais à ce que la Banque centrale européenne (BCE) procède à deux hausses de 25 points de ses taux directeurs en avril et en juin, s'alignant ainsi sur les prévisions de J.P. Morgan et Barclays.

La présidente de l'institut de Francfort Christine Lagarde a signalé la semaine dernière que les risques pesant sur les perspectives d'inflation du bloc sont orientés à la hausse, en particulier à court terme.

"VULNÉRABILITÉS SPÉCIFIQUES"

Au Royaume-Uni, la Banque d'Angleterre (BoE) a surpris jeudi en adoptant un ton plus ferme que prévu, décidant à l'unanimité de maintenir ses taux d'intérêt inchangés face aux craintes inflationnistes.

Les opérateurs s'attendent désormais à jusqu'à quatre hausses des taux d'intérêt de la banque centrale britannique cette année.

"Pour l'instant, les principales victimes, en termes de comportement du marché obligataire, sont les États qui présentaient déjà des vulnérabilités spécifiques avant que le choc pétrolier ne se concrétise. Le Royaume-Uni en est l'un des exemples les plus évidents", écrit Gilles Moec, chef économiste chez Axa, dans une note adressée à ses clients.

L'analyste souligne que la Grande-Bretagne devra s'attaquer à une inflation tenace que le choc pétrolier ne fera qu'exacerber et que Londres dépend davantage des investisseurs étrangers pour acheter sa dette que par le passé.

Le resserrement de la politique monétaire des banques centrales devrait par ailleurs entraîner une hausse des coûts de financement pour de nombreux gouvernements déjà confrontés à des déficits et à une dette importants.

En France, le rendement de l'OAT à dix ans FR10YT=RR s'envole lundi de près de dix points de base, à 3,8417%, tandis que celui de l'obligation à deux ans FR2YT=RR avance de près de huit points de base à 2,9086%.

"Comme attendu, le taux obligataire à dix ans accélère nettement après avoir franchi le seuil des 3,60%, traduisant une remontée des anticipations d'inflation et une pression accrue sur les marchés obligataires", note Antoine Andreani, responsable de la recherche chez XTB France.

"Le mouvement sur les taux longs est particulièrement surveillé : au-delà de 3,60%, on entre dans une zone qui exerce une pression directe sur les valorisations actions", dit-il.

Le CAC 40 accuse lundi un recul de 1,7%, portant à 12% son repli depuis le début du conflit au Moyen-Orient.

(Rédigé par Diana Mandia, avec David Milliken, Wayne Cole et Rae Wee, édité par Blandine Hénault)