Les rendements obligataires se tendent, l'OAT touche un sommet depuis 2002 avant de refluer information fournie par Reuters 01/10/2026 à 13:27
(Actualisé avec retournement de l'OAT)
Le rendement des obligations souveraines françaises à dix ans a atteint jeudi en séance un sommet depuis 2002 avant de refluer légèrement à la suite de la présentation par le gouvernement d'un projet de budget pour 2027 prévoyant 43 milliards d'euros de nouvelles économies dans l'espoir réaffirmé de ramener le déficit à 3% du PIB en 2029.
L'envolée des taux d'emprunt de la France avant la présentation de ce budget a illustré l'inquiétude des investisseurs face au gonflement inexorable de la dette du pays, dans un contexte de tensions généralisées sur les marchés des taux dans le monde.
A l'entame du quatrième trimestre, cette flambée des coûts d'emprunt, particulièrement visible en zone euro, intervient au lendemain de la plus forte hausse trimestrielle des rendements obligataires depuis 2022 dans le bloc monétaire.
Les tensions dans l'obligataire en Europe sont liées au niveau élevé de la dette des Etats et à l'aggravation de la crise énergétique, poussant les marchés a anticiper au moins trois hausses de taux de la Banque centrale européenne (BCE) d'ici fin 2027.
En France, les obligations ont en outre subi des pressions à la vente ces dernières semaines en raison d'un risque politique croissant à l'approche de l'élection présidentielle de 2027.
Le rendement de l'OAT à dix ans a frôlé en séance le seuil psychologique des 5%, à 4,9629%, avant de se retourner et effacer l'intégralité de ses gains à la suite de la présentation du projet du budget.
Vers 11h05 GMT, le taux de l'OAT à dix ans s'affichait à 4,8309%, en repli de 1,2 point de base, après avoir clos le troisième trimestre par sa hausse la plus marquée en près de 40 ans.
"Les préoccupations se sont étendues au-delà des chiffres budgétaires pour inclure la composition du plan de consolidation de 54 milliards d'euros, l'incertitude entourant l'élection présidentielle et le Parlement qui suivra, ainsi que le retour des rendements à des niveaux jamais vus depuis les années 2000" a noté Reinout De Bock, stratégiste taux chez UBS, avant la présentation du budget.
L'écart entre les rendements des obligations d'État françaises et allemandes - un indicateur de marché de la prime de risque exigée par les investisseurs pour détenir de la dette française - a grimpé jusqu'à 133,18 points de base, au plus depuis mai 2012, avant de revenir à 127,52.
Pour couvrir un déficit budgétaire très élevé, l'Agence France Trésor a annoncé mardi que la France allait émettre l'an prochain 340 milliards d'euros d'obligations à moyen et long terme, un montant record.
"Les médias français rapportent que le gouvernement prévoit environ 10 milliards d'euros de plus de charges d'intérêts pour 2027 qu'il y a un an", notait pour sa part Erik Liem, stratégiste en taux chez Commerzbank.
"Toutefois, il est peu probable que ces prévisions reflètent les niveaux actuels de la courbe des taux, et la révision à la baisse des prévisions de croissance rendra l'objectif de déficit de 5% encore plus difficile à atteindre", avait-il également noté.
FLAMBÉE OBLIGATAIRE DANS LE MONDE
La flambée des rendements obligataires s'observe aussi en Allemagne, première économie du bloc, avec un taux du Bund à dix ans qui s'affichait à 3,582%, après avoir grimpé en séance à 3,6432%, très proche du pic touché lundi à 3,6526%, qui était alors son niveau le plus élevé depuis juin 2009. Le rendement du Bund à dix ans a pris 71 points de base au troisième trimestre.
En Italie, le rendement souverain à dix ans a grimpé en séance à 4,7271% et affichait une hausse de plus de six points de base.
Le spread avec le Bund, considéré comme l'actif souverain obligataire le plus sûr en zone euro, est monté à 107,49, soit l'écartement le plus important depuis mai 2025.
En Grande-Bretagne, les coûts d'emprunt à 30 ans, en hausse de six points de base, ont franchi jeudi la barre des 6%, au plus haut depuis 1998, alors que la vente des obligations d'État s'intensifie, montrent les données LSEG.
Le rendement des obligations britanniques à dix ans a atteint son niveau le plus élevé depuis juillet 2007, en hausse de 8 points de base, à 5,510%.
Cette hausse intervient à l'approche de la présentation par le ministre britannique des Finances, John Healey, de son premier budget depuis l'arrivée au pouvoir du Premier ministre Andy Burnham en juillet.
Aux Etats-Unis, les rendements des obligations à dix ans et à 30 ans ont touché jeudi en séance leur plus haut niveau depuis 2002, à respectivement 5,32% et 5,66%, au lendemain du pire trimestre depuis 1994 pour les bons de référence du Trésor américain.
Alors même que les cours du pétrole reculent jeudi sur fond de reprise des exportations de brut en provenance du Golfe et d'une hausse inattendue des stocks américains la semaine dernière, cela ne suffit pas à faire retomber la pression sur le marché obligataire.
Les marchés monétaires tablent désormais sur un taux de dépôt de la BCE à 2,81% d'ici décembre, ce qui implique une hausse de taux d'un quart de point et une probabilité de 24% d'un second renchérissement du coût du crédit. A plus long terme, ils prévoient que ce taux grimpera à 3,42% d'ici fin 2027, contre 2,50% actuellement.
(Reportage Stefano Rebaudo; avec la contribution de Suban Abdulla, version française Claude Chendjou; édité par Augustin Turpin)