Les offres de paix des USA sont "irréalistes" dit l'Iran, le pétrole en hausse
information fournie par Reuters 30/03/2026 à 15:09

par Alexander Cornwell, Trevor Hunnicutt et Asif Shahzad

Alors que le conflit au Moyen-Orient est entré dans son deuxième mois, l'Iran a qualifié lundi les propositions de paix américaines de "irréalistes, illogiques et excessives" et a lancé de nouveaux missiles sur Israël, tandis que les prix du pétrole continuaient de grimper après l'entrée en guerre des Houthis du Yémen aux côtés de Téhéran.

L'armée israélienne a déclaré que deux drones en provenance du Yémen avaient été interceptés lundi, deux jours après que les Houthis, alliés de Téhéran, ont tiré des missiles sur Israël pour la première fois depuis le 28 février et le début de la guerre israélo-américaine contre l'Iran, désormais étendue à toute la région.

L'armée israélienne a déclaré que ses forces visaient ce qu'elle a décrit comme des infrastructures militaires à Téhéran et avaient lancé une attaque contre des infrastructures de la capitale libanaise, Beyrouth, utilisées par le Hezbollah. Le groupe chiite libanais soutenu par l'Iran a également tiré davantage de missiles sur Israël lundi, ont indiqué les autorités israéliennes.

Le président américain Donald Trump a adressé lundi un nouvel avertissement à l'Iran, l'exhortant à ouvrir le détroit d'Ormuz, une voie maritime par laquelle transite un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié, sous peine de voir les États-Unis lancer des attaques contre ses infrastructures énergétiques.

L'IRAN SE MONTRE DÉFIANT

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a déclaré que Téhéran avait reçu, par l'intermédiaire de médiateurs, des messages indiquant la volonté de Washington de négocier. Cette déclaration fait suite à une réunion des ministres des Affaires étrangères du Pakistan, de l'Égypte, de l'Arabie saoudite et de la Turquie, qui s'est tenue dimanche à Islamabad pour discuter des efforts de médiation.

Esmaeil Baghaei, critiquant les propositions américaines, a déclaré lors d’une conférence de presse lundi : "Notre position est claire. Nous sommes victimes d’une agression militaire. Par conséquent, tous nos efforts et toutes nos forces sont concentrés sur notre défense."

Par ailleurs, un responsable pakistanais de la sécurité a déclaré qu’à ce stade, il semblait peu probable que des pourparlers directs entre les États-Unis et l’Iran aient lieu cette semaine. "Nous faisons de notre mieux pour que cela se concrétise dès que possible", a ajouté ce responsable.

Esmaeil Baghaei a également indiqué que le Parlement iranien examinait la possibilité de se retirer du Traité de non-prolifération nucléaire, qui reconnaît le droit de développer, de mener des recherches, de produire et d’utiliser l’énergie nucléaire tant que l’on ne cherche pas à se doter d’armes nucléaires.

Le ministre iranien de la Défense par intérim, Majid Ebn-e Reza, a été cité lundi par l’agence de presse iranienne Irna, déclarant à son homologue turc que Téhéran continuerait à "punir les agresseurs, créer une dissuasion et veiller à ce que la guerre ne se répète pas".

Tandis que le conflit cause la plus grave perturbation jamais enregistrée dans l'approvisionnement énergétique, les attaques des Houthis contre Israël laissent craindre qu'ils puissent cibler et bloquer une deuxième voie maritime importante, le détroit de Bab el-Mandeb.

Dans un message publié lundi sur ses réseaux sociaux, Donald Trump a écrit : "De grands progrès ont été accomplis, mais si, pour une raison quelconque, un accord n'était pas conclu sous peu – ce qui ne devrait pas être le cas –, et si le détroit d'Ormuz n'était pas immédiatement 'Open for Business', nous mettrions fin à notre charmant 'séjour' en Iran en faisant sauter et en détruisant complètement toutes leurs centrales électriques, leurs puits de pétrole et l'île de Kharg."

FRAPPES ISRAÉLIENNES

L’Iran a confirmé lundi la mort du commandant de la marine des Gardiens de la révolution, Alireza Tangsiri, plusieurs jours après qu’Israël eut annoncé qu’il avait été tué.

Le Koweït a déclaré lundi avoir intercepté cinq drones dans des zones sous sa protection. Le ministère irakien de la Défense a indiqué que la base aérienne de Mohamad Alaa, située près de l'aéroport international de Bagdad, avait été touchée par des roquettes tôt lundi matin, détruisant un avion mais ne faisant aucune victime.

Les compagnies aériennes mondiales ont commencé à augmenter leurs tarifs et à réduire leurs capacités pour faire face à la flambée des prix du pétrole. Les analystes économiques estiment toutefois que la capacité du secteur à rester rentable pourrait dépendre de la décision des usagers de réduire leurs déplacements en avion, les coûts énergétiques menaçant le budget des ménages.

Une majorité d'Américains s'oppose à la guerre et une escalade militaire, qui risquerait d'entraîner une crise prolongée, pèserait probablement davantage sur la cote de popularité déjà faible de Trump à l'approche des élections de mi-mandat du Congrès en novembre.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré dimanche qu'il avait ordonné à l'armée d'étendre davantage ses opérations dans le sud du Liban, invoquant les tirs de roquettes incessants du Hezbollah.

Israël a déclaré qu'il s'emparerait d'une partie du sud du Liban pour créer une "zone tampon" contre le Hezbollah, attisant les craintes des Libanais face à une occupation militaire israélienne qui pourrait aggraver l'instabilité et provoquer de nouveaux déplacements de populations.

L'organisation de défense des droits humains HRANA, basée aux États-Unis, affirme que près de 3.500 personnes ont été tuées en Iran, dont 1.550 civils, tandis que les autorités libanaises font état de près de 1.240 morts dans le pays.

Plus de 400 combattants du Hezbollah ont été tués depuis que le groupe a tiré sur Israël le 2 mars, ont indiqué des sources à Reuters, mais on ignore si le bilan officiel inclut ces combattants.

Au moins 100 personnes ont été tuées en Irak et 13 militaires américains ont perdu la vie.

La Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a déclaré qu'un casque bleu a été tué dimanche dans l'explosion d'un projectile sur l'une des positions de la Finul à Adchit-Qousseir au Sud-Liban. Un autre casque bleu a été grièvement blessé, a ajouté la Finul dans un communiqué.

(Bureaux de Reuters, rédigé par Michael Perry, Stephen Coates et Timothy Heritage ; version française Coralie Lamarque)