Les marais historiques d'Irak renaissent avec le retour de l'eau information fournie par Reuters 07/05/2026 à 15:47
Après des années de sécheresse qui ont transformé de vastes étendues des marais historiques d'Irak en zones craquelées et asséchées, la remontée du niveau de l'eau commence à redonner vie à la région, attirant de nouveau les éleveurs de buffles et les pêcheurs dans des régions autrefois abandonnées.
Dans les marais de Chibayish, dans le sud de l'Irak, les pirogues ont fait leur retour sur des cours d'eau qui avaient disparu ces dernières années, tandis que les buffles d'eau pataugent dans les marais en pleine renaissance et que des parcelles de pâturages verts ont refait leur apparition.
"Il y a quelque temps, tout notre bétail était mort et il n'y avait plus d'eau du tout", a dit Haidar Qassem, un agriculteur qui élève des buffles d'eau.
"Beaucoup de nos concitoyens ont émigré à cause de la sécheresse", a-t-il poursuivi, notant que l'eau était revenue cette année, que le cheptel se reconstituait et que certaines familles étaient revenues.
Ce retournement de situation dans la région fait suite à de fortes précipitations hivernales qui ont fait remonter le niveau des réservoirs, permettant de fait au ministère irakien des Ressources en eau de déverser des volumes croissants dans les marais.
Les marais irakiens, qui sont pour certains le lieu géographique du jardin d'Eden mentionné dans la Bible, ont été déclarés patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco en 2016.
Jassim al-Assadi, expert irakien des marais, a déclaré que la région d'Ishan Hallab s'était complètement asséchée entre 2021 et 2025, forçant les éleveurs à l'abandonner.
RESTAURATION PROGRESSIVE DE LA BIODIVERSITÉ
Ces derniers mois, des conditions plus humides ont contribué à la restauration de la région d'Ishan Hallab, redonnant vie aux pâturages et permettant à certains habitants de revenir s'y installer.
La proportion de marais submergés est passée à entre 32% et 36% actuellement contre à peine 8% au cours des cinq dernières années, a poursuivi Jassim al-Assadi, un constat confirmé par les responsables irakiens des ressources en eau.
La hausse du niveau des eaux a également favorisé une restauration progressive de la biodiversité, notamment des stocks de poissons, de la végétation et des roseaux utilisés par les habitants pour construire leurs maisons traditionnelles.
Les marais sont habités depuis des milliers d'années par les Arabes des marais, dont les moyens de subsistance et les traditions sont étroitement liés à l'eau.
Mazin Wadai, un responsable des ressources en eau, a déclaré que l'augmentation des apports d'eau, l'amélioration de la gestion de l'eau et l'intensification des précipitations saisonnières avaient permis d'augmenter les réserves dans les barrages et d'accroître le débit du Tigre et de l'Euphrate, permettant ainsi à davantage d'eau d'atteindre les marais.
Le ministère des Ressources en eau a noté que les réserves stratégiques de l'Irak avaient augmenté d'environ six milliards de mètres cubes cette année, ce qui donne aux autorités une plus grande flexibilité pour gérer l'approvisionnement pendant les mois d'été.
Les marais irakiens, qui s'étendaient autrefois sur plus 9.500 kilomètres carrés, ont été en grande partie asséchés dans les années 1990 par Saddam Hussein, une mesure de représailles du dirigeant irakien de l'époque, qui avait accusé les Arabes des marais de trahison lors de la guerre de 1980-1988 contre l'Iran.
De nombreux habitants avaient alors fui la région, mais depuis la chute de Saddam Hussein en 2003, et le retour de l'eau organisée par le gouvernement dans une partie des zones humides, environ 250.000 Arabes des marais sont progressivement revenus.
Pour des habitants comme Raheem Abdul Zahra, éleveur de buffles, les récentes améliorations ont transformé la vie quotidienne: "La terre était sèche, mais aujourd'hui, elle a retrouvé la vie."
(Mohammed Aty à Bassorah; rédigé par Ahmed Rasheed; version française Benoit Van Overstraeten; édité par Jean-Stéphane Brosse)