Les maires de 40 villes cherchent à limiter l'impact des centres de données information fournie par Reuters 23/06/2026 à 16:20
par Simon Jessop
Les maires de 40 villes, dont Londres, Milan, Seattle et Melbourne, ont annoncé mardi leur intention de coopérer pour limiter la pression croissante exercée par les centres de données sur les réseaux électriques, l'approvisionnement en eau et les communautés locales.
L'explosion mondiale de la demande en puissance de calcul, liée en grande partie à l'intelligence artificielle, entraîne, à coup de milliers de milliards de dollars d'investissements, la multiplication de ces centres de données, suscitant des protestations dans nombre de pays.
Le Pacte mondial sur les centres de données urbains, lancé ce mardi lors de la "Semaine de l'action pour le climat" organisé par la ville de Londres, vise à établir des normes garantissant que les centres de données utilisent des énergies propres, ont dit à Reuters les maires de Phoenix et de Melbourne.
Il s'agit également de mieux intégrer ces centres dans le tissu urbain, ont ajouté Kate Gallego et Nicholas Reece.
Les règles retenues seront adaptées aux conditions locales - les besoins en refroidissement en Islande diffèrent évidemment de ceux de Manille - mais, pour les maires, le cadre fixé doit permettre d'orienter les décisions en matière d'autorisations et d'aménagement du territoire et servir d'appui aux négociations avec les entreprises et les gouvernements.
Nicholas Reece a souligné qu'une cinquantaine de grands centres de données étaient déjà en activité à Melbourne, notant qu'ils devraient représenter environ 10% de la demande locale en électricité d'ici 2030 - voire jusqu'à 20% d'ici 2040 - et ce dans une ville de 5,5 millions d'habitants.
"Les centres de données constituent le plus grand défi pour le réseau électrique depuis l'arrivée de la climatisation dans les années 1950 (...). Alors que le déploiement de la climatisation a pris des décennies, ce phénomène se produit en l'espace de quelques années seulement", a poursuivi le maire de Melbourne.
Ces centres peuvent en outre consommer environ 20 milliards de litres d'eau par an, soit l'équivalent de 4% de l'approvisionnement en eau potable de la ville, autre exemple de la pression exercée sur les ressources locales, a-t-il précisé.
"COURSE VERS LE BAS"
Nicholas Reece a ajouté que les investissements dans les centres de données intervenaient à une "vitesse vertigineuse", devançant la réglementation, tendance qui expose les villes au risque d'une "course vers le bas", les Etats se faisant concurrence pour attirer les investissements, parfois au mépris de l'examen de l'impact environnemental.
Kate Gallego a pour sa part dit que Seattle et sa région comptent 225 centres de données existants ou en projet, une situation susceptible de multiplier par deux la demande en électricité.
La maire de Seattle a ajouté que la vive hausse de la demande pour les services publics tels que l'eau et l'électricité, après des décennies de stabilité, était depuis quelques années comparable à celle du siècle dernier et ce principalement dû aux besoins informatiques liés à l'intelligence artificielle.
"La demande en électricité (...) est sans précédent", a-t-elle dit.
La multiplication des centres de données génère également des conflits portant sur le bruit, sur l'occupation des sols et sur les risques liés à la sécurité des systèmes de stockage par batterie.
De manière générale, les citadins sont vivement préoccupés de voir de grosses infrastructures s'implanter dans des quartiers résidentiels, a ajouté Kate Gallego.
De son côté, le maire de Londres Sadiq Khan a estimé que si l'IA et les infrastructures numériques allaient jouer "un rôle majeur dans la prospérité future des villes du monde entier (...) les habitants sont en droit d'attendre que cette croissance soit gérée de manière responsable".
Les centres de données représentent entre 2,5% et 3,7% des émissions mondiales de gaz à effet de serre - soit plus que le secteur aérien - et leurs besoins en électricité augmentent plus rapidement que la consommation électrique globale.
"Dans la course aux villes intelligentes, nous ne voulons pas détruire la planète", a déclaré Nicholas Reece.
(Version française Benoit Van Overstraeten, édité par Sophie Louet)