Les investisseurs suspendus aux chiffres de l'emploi américain
information fournie par Zonebourse 02/10/2026 à 08:37

Les Bourses européennes sont attendues sur un léger rebond technique vendredi à l'ouverture, dans un contexte de nervosité et d'incertitude accrue sur les taux suite à un nouveau coup de tabac sur le marché obligataire, en attendant la publication du très attendu rapport sur l'emploi américain.

L'orientation des contrats à terme signale pour l'instant des gains d'environ 0,2% pour le CAC 40 à Paris comme pour le DAX de Francfort et l'Euro STOXX 50 au lendemain d'une séance particulièrement douloureuse, marquée par un nouvel épisode de remontée des taux longs sur fond de doutes sur la capacité de la France à redresser ses comptes publics.

Le CAC a d'ailleurs nettement sous-performé les autres grandes places européennes cette semaine : l'indice phare de la Bourse de Paris accuse pour l'instant un repli hebdomadaire de 3%, là où le DAX et l'Euro STOXX 50 affichent des reculs plus limités de respectivement 1,8% et 2%.

Peut-être plus inquiétant, l'indice parisien a enfoncé tour à tour le seuil psychologique des 8 000 points puis son support immédiat des 7 850 points ces derniers jours, ce qui le place en bonne voie pour aller tester ses plus bas annuels, situés aux alentours de 7 600 points, d'après les analystes techniques.

Après une semaine aussi éprouvante, les investisseurs attendent avec fébrilité les chiffres de l'emploi américain, qui pourraient annoncer une accalmie sur les marchés ou au contraire provoquer un nouvel avis de tempête.

L'emploi restant l'un des facteurs dont dépendront les prochaines décisions de la Fed, à commencer par le calendrier de ses prochaines hausses de taux, la statistique est susceptible de dicter la tendance non seulement pour les actions mais aussi pour les emprunts d'Etat.

L'exercice s'annonce périlleux : alors que le rapport du Département du Travail avait laissé une impression négative en juillet, il avait, au contraire, largement dépassé les attentes au mois d'août.

D'après le consensus, l'économie américaine devrait avoir créé quelque 90 000 postes en septembre, contre 162 000 le mois précédent, avec un taux de chômage qui devrait rester inchangé à 4,1%.

Ces données risquent de susciter de nouvelles turbulences si elles ressortent au-dessus des attentes en ajoutant une incertitude supplémentaire sur l'évolution de la politique monétaire aux Etats-Unis, mais un chiffre tranquille, inférieur aux attentes, pourrait bien faire retomber les rendements et profiter aux actions.

S'habituer à des taux durablement élevés

La fébrilité des investisseurs laisse cependant prévoir la poursuite d'une volatilité élevée après une semaine qui a vu le VSTOXX, l'indice de volatilité de l'Euro STOXX 50, remonter à des sommets depuis le mois de juin.

Il faut dire que l'envolée des rendements obligataires de part et d'autre de l'Atlantique n'est pas de bon augure pour la Bourse car elle est synonyme d'une hausse des coûts d'emprunt pour les entreprises, et donc d'une révision à la baisse de leurs multiples de valorisation.

"Le vrai problème, ce n'est pas tant que les rendements actuels soient revenus à des niveaux historiquement élevés", explique Andreas Lipkow, le responsable de la stratégie chez CMC Markets.

"Le véritable souci, c'est plutôt que les Etats, les entreprises et les investisseurs s'étaient habitués pendant beaucoup trop longtemps à des taux ultra-bas", souligne l'analyste.

"Du coup, la hausse des rendements ne fait plus seulement office de plafond pour les marchés d'actions, mais elle commence à tirer directement les cours vers le bas", poursuit-il.

"Et plus les rendements obligataires grimpent, plus les actions vont devoir prouver qu'elles méritent leur prime de risque en affichant une vraie croissance de leurs bénéfices", conclut le stratégiste.

Pas encore de crise de la dette dans l'immédiat

Reste que la brutalité du mouvement de hausse des rendements obligataires a pris de court bon nombre d'investisseurs.

Dans la zone euro, le rendement des Bunds allemands à 10 ans s'affiche à 3,51% et celui des OAT françaises à 4,92%, donnant un "spread" de 141 points, son niveau le plus élevé depuis 2012, ce qui montre que la présentation hier du budget 2027 de l'Hexagone n'a pas rassuré les intervenants.

"Le seuil d'alerte de 4% que nous avions identifié il y a quelques mois est donc désormais largement dépassé", relève Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM.

"Plus préoccupant encore, le seuil symbolique de 5% est maintenant à portée immédiate du marché", fait-il remarquer.

Le professionnel juge toutefois qu'une partie importante du risque français est déjà en train de se matérialiser.

"La situation actuelle ne signifie pas nécessairement que la France se dirige vers une crise de la dette comparable à celle qu'ont connue certains pays européens entre 2010 et 2012", assure le professionnel.

"La France conserve un accès profond aux marchés financiers", rappelle-t-il.

En attendant, la nervosité retombe un peu sur le compartiment obligataire américain puisque le rendement de l'emprunt de référence à 10 ans reflue vers 5,24% après avoir atteint hier un nouveau pic depuis 2002 à 5,34%. Il en va de même pour le papier à 30 ans, avec un rendement qui revient à 5,60% après avoir flirté avec le seuil des 5,70% la veille.

Les spécialistes avertissent cependant que si le 10 ans devait se rapprocher du cap des 5,50% dans les jours ou semaines qui viennent, les marchés pourraient de nouveau prendre peur.

Les cours pétroliers continuent également de refluer, s'acheminant vers une deuxième semaine de baisse d'affilée, dans l'espoir d'un prochain apaisement des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Le Brent lâche actuellement 0,5% à 101,8 dollars le baril tandis que le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) cède 0,3% à 92,3 dollars.