Les investissements climat ralentissent depuis 2022 en Europe information fournie par Agefi Asset Management 12/06/2026 à 08:00
Les montants engagés restent insuffisants. En 2025, les investissements climat(énergies et technologies propres) en Europe atteignent environ 534 milliards d’euros, alors que les besoins annuels sont estimés à près de 878 milliards d’euros. Le déficit atteint ainsi environ 344 milliards d’euros par an, ce qui constitue un écart structurel important et fragilise la trajectoire européenne vers 2030. Après une forte hausse en 2022 liée à la crise énergétique, la dynamique s’est affaiblie, avec une tendance à la stagnation et même des reculs dans certains secteurs clés.
Selon l’étude de l’I4CE, les investissements couvrent environ 60?% des besoins, mais leur répartition reste déséquilibrée. Certains segments comme le solaire, les batteries ou les infrastructures de recharge progressent à un rythme relativement satisfaisant. À l’inverse, des secteurs structurants comme l’éolien, les réseaux électriques ou la rénovation énergétique des bâtiments accusent un retard marqué. Le secteur du bâtiment constitue un point de blocage majeur, en raison de sa dépendance aux décisions des ménages et à des incitations publiques encore incomplètes.
La transition comme levier de souveraineté
Au-delà de ce diagnostic, le rapport estime que la décarbonation de l’économie européenne est indissociable d’enjeux européens de souveraineté énergétique et industrielle. Réduire la dépendance aux énergies fossiles importées, sécuriser les approvisionnements, stabiliser les coûts de l’énergie et renforcer les capacités industrielles sont désormais des priorités conjointes. Dans un environnement géopolitique incertain , la transition bas carbone apparaît comme un levier central de résilience et de compétitivité.
Le principal défi pour l’Europe n’est pas de trouver de nouvelles sources de financement, mais d’orienter plus efficacement les capitaux déjà disponibles vers les secteurs prioritaires. Sans cette évolution, il sera difficile d’atteindre les objectifs climatiques et de renforcer la souveraineté énergétique et industrielle du continent.
Le temps de la réallocation
De nombreux projets liés à la transition présentent encore des profils jugés insuffisamment attractifs, en raison d’incertitudes réglementaires, de coûts initiaux élevés ou d’horizons de rentabilité à long terme. Il existe ainsi une inadéquation structurelle entre les préférences du système financier, souvent orientées vers le court et moyen terme, et la nature des investissements climatiques, qui nécessitent des engagements sur plusieurs décennies.
Pour corriger ce déséquilibre, l’action publique européenne vise à modifier l’environnement qui encadre les décisions d’investissement. Cela passe par des cadres réglementaires, par le développement du marché carbone, mais aussi par des interventions publiques sous forme de subventions, de garanties ou de financements directs.
Parallèlement, le développement d’instruments de marché comme les obligations vertes contribue à intégrer les enjeux climatiques au sein des marchés de capitaux. L’objectif n’est pas de faire de la finance une fin en soi, mais un outil au service de la transformation de l’économie réelle. Agir comme un facilitateur, en assurant une circulation efficace du capital vers les secteurs clés de la transition.
Simon Nessmann