Les incendies font rage en France et en Espagne : près de 270.000 "réfugiés du feu" évacués information fournie par AFP 25/07/2026 à 17:16
Les incendies font rage samedi en France et en Espagne et ont forcé l'évacuation de près de 270.000 personnes au total, essentiellement près de la grande ville française de Bordeaux mais aussi dans la région de Madrid, confrontée au "pire" feu de son histoire.
En France, avec près de 200.000 personnes contraintes de quitter leur domicile ou lieu de vacances, il est "très probable" qu'il s'agisse de l'opération d'évacuation de civils la plus importante jamais menée en France, hors conflit, selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
L'armée a été appelée en renfort avec un total de 1.500 militaires qui seront mobilisés à partir de samedi soir. Pour la première fois, un avion de transport militaire A400M va être utilisé pour lutter contre le feu, grâce à un dispositif développé par son fabricant, Airbus, et pouvant larguer 20.000 litres d'eau ou de produit retardant le feu.
Les "réfugiés du feu" affluent en masse dans des centres d'accueil bondés de la région bordelaise (sud-ouest), laissant derrière eux un paysage de désolation.
"On nous a dit: +il faut évacuer+. On a vu des colonnes de fumée, comme un volcan qui allait exploser", explique Frédéric Tavitian, 70 ans, qui a trouvé refuge au parc des Expositions de Bordeaux, transformé en centre d'accueil.
Désorientés et abattus, les 5 à 6.000 "réfugiés du feu" ont dormi sur des lits de camp ou des tapis de sol, et parfois n'ont pas fermé l'œil de la nuit.
"C'est de la désolation"
Les flammes ont déjà parcouru plus de 32.000 hectares, soit plus de trois fois la superficie de Paris, et détruit au moins 100 bâtiments, ont indiqué les autorités à propos du "plus gros feu de la saison" dans une région très touristique, connue dans le monde entier pour son vignoble.
Le feu "poursuit sa propagation", mais "la baisse des températures et l'augmentation de l'humidité" le rendent "moins virulent", selon les autorités.
"C'est de la désolation", souffle Matthieu Plessis, 40 ans, en découvrant samedi ses poules au plumage noirci et les ruines encore fumantes de sa maison en Gironde.
Il avait quitté les lieux vendredi et sa maison, "encore là hier soir", "a brûlé dans la nuit". "C'était l'enfer, à 15H00, il faisait nuit tellement il y avait de fumée et on a vu les pompiers partir au fur et à mesure, les vents ont tourné et il n'y avait plus personne pour protéger les maisons".
Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols européens sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par les canicules exceptionnelles qui ont traversé le continent en juin et en juillet et fait évaporer davantage d'eau.
C'est bien le changement climatique, causé principalement par la combustion continue du pétrole, du charbon et du gaz, qui rend la sécheresse actuelle plus sévère, ont conclu des climatologues du groupe World Weather Attribution dans une étude publiée jeudi.
"Sauver des vies"
De l'autre côté des Pyrénées, de terribles incendies font également rage en Espagne, où la priorité est de "sauver des vies", a insisté samedi le Premier ministre Pedro Sanchez.
En France comme en Espagne, aucun décès n'a été rapporté pour le moment concernant les incendies de ces derniers jours.
Le préfet régional, Francisco Martín Aguirre, a averti que la journée de samedi serait "difficile" en raison "des rafales erratiques", mais là aussi pointe un relatif optimisme.
Avec l'augmentation de "l'humidité relative" et "la baisse des températures (...) il y a désormais une réelle opportunité de s'attaquer à cet incendie avec de bonnes chances de succès", poursuit-il.
Deux feux de forêt distincts se sont rejoints vendredi pour ne plus former qu'un immense brasier, qui était sur le point de fusionner avec un autre encore dans la région voisine de Castille-et-León.
Le ciel de Madrid, d'abord couvert d'une brume de fumée brun-gris, s'est progressivement éclairci dans la journée. Les flammes déchaînées ont ravagé jusqu'à 25.000 hectares à l'ouest de cette grande capitale européenne.
Une épaisse cendre noire recouvrait les toits-terrasses des maisons au nord du centre-ville, et une odeur de fumée irrite la gorge et oblige les habitants à garder leurs fenêtres fermées. A El Escorial, le monastère historique de la ville était enveloppé de fumée, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Dans la région de Madrid, plus de 70.000 personnes ont désormais été évacuées, a annoncé le ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska.
"Mes yeux me brûlent"
Jacqueline Villafranca, 38 ans, originaire du Pérou, a été évacuée vendredi du village de Navalagamella avec son mari et ses deux filles de 16 ans et 2 ans vers la banlieue nord de Madrid, à Alcobendas.
"Ici, on peut respirer normalement — hier (à Navalagamella), c'était insupportable, raconte-t-elle à l'AFP. Ma fille m'a dit : +Maman, je ne peux pas ouvrir les yeux, mes yeux me brûlent+. Et puis les alertes ont commencé à retentir et j'ai évacué".
Quelques heures après la France, l'Espagne a annoncé avoir activé le "Mécanisme européen de protection civile" et demandé "quatre moyens aériens de lutte contre les incendies", indiquant que la Grèce avait "accepté la demande, offrant deux avions Canadair".
L'Union européenne a déployé quatre avions en Espagne et trois en France, a indiqué la Commission européenne.
La 21e et dernière étape du Tour de France dimanche à Paris a par ailleurs été raccourcie pour soulager les services de secours mobilisés sur le front des feux.