Les grandes manoeuvres lancées autour d'une privatisation d'ADP
information fournie par Reuters 12/06/2017 à 08:30

 (Répétition sans changement de l'éclairage transmis vendredi) 
    * Le cours de Bourse record d'ADP pourrait inciter l'Etat à 
en profiter 
    * ADP pourrait attirer de nombreux candidats, en France 
comme à l'étranger 
    * Le groupe Vinci bien placé 
    * Une cession partielle jugée plus probable 
    * Le dossier sera tranché au plus haut niveau de l'Etat 
 
    par Gilles Guillaume et Blandine Henault 
    PARIS, 9 juin (Reuters) - Les grandes manoeuvres s'annoncent 
pour la privatisation partielle ou totale d'ADP  ADP.PA , l'un 
des premiers dossiers de "l'Etat actionnaire" que pourraient 
trancher Emmanuel Macron et le gouvernement dans les mois, voire 
les semaines qui viennent, a-t-on déclaré à Reuters de trois 
sources proches du dossier. 
    Une fois franchi l'obstacle des élections législatives, une 
fenêtre de tir s'ouvrira pour le nouveau gouvernement, qui 
pourrait profiter du niveau record de l'opérateur aéroportuaire 
en Bourse pour réaliser rapidement une belle opération 
financière sans se voir accusé de brader les bijoux de la 
couronne. 
    Une opération de cette nature est d'autant plus attendue 
qu'Emmanuel Macron s'était engagé lors de la campagne 
présidentielle à créer un fonds public de 10 milliards d'euros 
pour investir dans les technologies du futur, alimenté par des 
cessions de titres. 
    Par ailleurs, l'Etat doit dégager des recettes pour financer 
sa quote-part de trois milliards d'euros à l'augmentation de 
capital d'EDF  EDF.PA .   
    La part de 50,63% du capital du propriétaire des aéroports 
de Roissy et d'Orly gérée par l'Agence des participations de 
l'Etat (APE) vaut près de sept milliards d'euros au cours 
actuel, de quoi boucler a priori près des trois quarts du 
financement du futur fonds d'investissement. 
    "Les services de l'APE se sont certainement organisés pour 
que le dossier ADP soit sur le dessus de la pile pour le 
gouvernement", a déclaré à Reuters une source familière des 
opérations impliquant l'Etat. 
    "Je pense que l'APE a déjà préparé quelque chose [concernant 
ADP] après avoir écouté les discours des candidats en campagne", 
estime également une autre source proche du dossier. 
    De l'avis des analystes, la valorisation d'ADP paraît encore 
attractive pour des investisseurs en dépit de la progression de 
36% du titre rien que depuis le début de l'année. 
    La valeur du titre, introduit en Bourse en 2006 au prix de 
45 euros, a été multipliée quasiment par trois, bénéficiant ces 
derniers mois de la reprise du trafic aérien vers Paris après 
les attentats du 13 novembre 2015 et d'un retour de la dimension 
spéculative sur une cession de la part de l'Etat.      
    Graphique de la performance boursière d'ADP:  
    http://bit.ly/2rdyQr1 
     
    Le ratio valeur d'entreprise sur excédent brut 
d'exploitation (Ebitda) pour les 12 prochains mois ressort 
néamoins à 13 seulement pour ADP contre un multiple de 
valorisation de 16 en moyenne pour les dernières transactions du 
secteur, selon des analystes. 
    A titre de comparaison, les privatisations de l'exploitation 
des aéroports de Nice et Lyon réalisées en 2015 par le précédent 
gouvernement -  auquel appartenait Emmanuel Macron, alors 
ministre de l'Economie - ont été réalisées sur la base de 
multiples respectifs de 23 et 19.     
    "La question n'est pas de savoir si la privatisation va se 
faire mais quand elle interviendra", estime Grégoire Thibault, 
analyste chez Natixis, soulignant qu'Emmanuel Macron avait 
envisagé la privatisation d'ADP lorsqu'il était ministre de 
l'Economie en 2015 pour finalement lancer uniquement celles des 
aéroports de Lyon et Nice.    
    Une cession de titres ADP semble d'autant plus alléchante 
pour l'Etat que les candidats potentiels ne manquent pas, à 
commencer par Vinci. 
    "Vinci est l'acquéreur naturel de Groupe ADP. C'est 
l'industriel qui a le plus de chances et pour qui ça aurait le 
plus de sens", estime Grégoire Thibault (Natixis). 
    Le groupe français détient déjà une participation de 8% dans 
le capital d'ADP et a fait du développement aéroportuaire un axe 
stratégique prioritaire. 
    "Le jour où le capital d'ADP s'ouvre davantage, tout le 
monde va se jeter dessus, et Vinci ira aussi", renchérit un bon 
connaisseur du dossier. "L'éventuelle privatisation d'ADP 
intéresse beaucoup de monde, des Européens mais pas seulement, 
des Chinois aussi", ajoute-t-il.  
    La controverse suscitée par la vente par l'Etat de 49,99% de 
l'aéroport de Toulouse à Chinese Airport Synergy Investment 
Limited, pour 308 millions d'euros, reste cependant dans les 
esprits et pourrait se révéler dissuasive pour ADP.  
    "Il y a des groupes étrangers qui pourraient s'y intéresser 
si l'Etat bouge sa participation", confirme la première source, 
"mais je ne parierais pas qu'ADP termine chez un groupe 
chinois". 
    Des fonds spécialisés dans les infrastructures comme 
l'australien Macquarie  MQG.AX , tout comme des fonds de pension 
font également figure de candidats naturels pour une telle 
opération. 
       
    ALEXIS KOHLER, UN EXPERT D'ADP À L'ÉLYSÉE 
    Une réduction de la part de l'Etat dans le capital ne serait 
pas forcément vue d'un mauvais oeil par le PDG d'ADP, à 
condition qu'il y conserve un pied, ce qui aurait également 
l'avantage de rassurer les syndicats du groupe, majoritairement 
hostiles à une privatisation totale. 
    "A titre personnel, il me semble important que l'Etat 
conserve une part dans le capital d'un groupe qui comprend, avec 
l'aéroport Charles-de-Gaulle, la première frontière du pays, 
pour des raisons de sûreté et de sécurité nationale", déclarait 
Augustin de Romanet dans une interview au magazine Challenges le 
27 mai, ajoutant qu'"il n'est certes pas forcé d'y rester 
majoritaire". 
    Dans un rapport publié en janvier sur "l'Etat actionnaire", 
la Cour des comptes jugeait elle-même qu'il n'était pas 
nécessaire que l'Etat conserve une participation majoritaire 
dans ADP pour conserver une influence qu'elle peut aussi bien 
exercer via la régulation du secteur. 
    Autre argument en faveur d'une cession partielle : elle 
permettrait à l'Etat de conserver une source importante de 
dividendes, le taux de distribution de 60% du groupe, 
particulièrement élevé, étant inchangé depuis 2013. 
    Selon Grégoire Thibault, une loi de privatisation - 
indispensable pour autoriser le passage de l'Etat sous le seuil 
des 50% - pourrait intervenir dès le second semestre de cette 
année. Ce qui permettrait par la suite à l'Etat de céder dans un 
premier temps, hors marché, un bloc de 20% environ d'ADP, qui 
rapporterait environ 2,8 milliards d'euros au cours actuel. 
    "A terme, nous n'excluons pas une privatisation totale 
d'ADP", indique Grégoire Thibault. Dans ce cas, explique 
l'analyste, il faudrait sans doute modifier le cadre 
réglementaire d'ADP pour en faire une concession sur une durée 
de vie définie alors qu'elle est actuellement perpétuelle.  
    Au final, ce dossier sera tranché au plus haut niveau par le 
chef de l'Etat et Alexis Kohler, le secrétaire général de 
l'Elysée, lui-même un grand expert des dossiers industriels et 
ancien directeur de cabinet d'Emmanuel Macron à Bercy. 
    Alexis Kohler connaît particulièrement bien ADP pour avoir 
siégé à son conseil entre janvier 2010 et septembre 2012, alors 
qu'il était chargé du dossier des transports au sein de l'APE. 
    Vinci, ADP, Matignon, Bercy et l'APE ont refusé de commenter 
ces informations. 
 
 (Avec Cyril Altmeyer, Matthieu Protard et Jean-Michel Bélot, 
édité par Dominique Rodriguez)