Les fintechs durcissent l'accès au crédit pour faciliter leur financement information fournie par Reuters 19/07/2023 à 14:16
PARIS, 19 juillet (Reuters) - Les entreprises américaines spécialisées dans les technologies financières ("fintech") resserrent les critères sur lesquels elles se basent pour accorder des prêts, ce qui leur permet en retour d'accéder plus facilement au financement auprès des investisseurs de Wall Street, selon les dirigeants du secteur.
Pendant la pandémie de COVID-19, de nombreuses fintechs ont commencé à prêter à des emprunteurs au score de crédit plus faible, mais les investisseurs de Wall Street achetaient alors leurs titres adossés à des actifs (ABS), les mesures de relance du gouvernement garantissant que les consommateurs disposaient de l'argent nécessaire pour faire face aux remboursements.
Les ABS sont un type d'obligations garanties par un portefeuille d'actifs, comme des prêts automobiles ou des prêts liés aux cartes de crédit, qui constituent une source de financement essentielle pour les fintech de prêt, qui disposent de moins de sources de financement que les banques.
Alors que la fin des mesures de relance liées à la pandémie de COVID-19 et la hausse de l'inflation ont entraîné une normalisation des taux d'impayés, les investisseurs ont boudé le marché des ABS fintech à la fin de l'année dernière.
Des fintechs comme Upstart UPST.O , Affirm AFRM.O et OneMain Financial OMF.N affirment qu'elles cherchent à améliorer la qualité de crédit de leurs emprunteurs pour limiter les risques sur leurs portefeuilles de prêts, un changement qui améliore également la qualité de leurs émissions d'ABS, selon les dirigeants.
"Avec l'augmentation des impayés depuis un an et demi, nous avons ajusté la façon dont nous calibrons nos modèles et évaluons le risque de défaillance en conséquence", explique Sanjay Datta, directeur financier d'Upstart, qui se spécialise dans les prêts aux emprunteurs à risque.
"Le résultat est que les portefeuilles auxquels sont adossés les ABS sont très différents et beaucoup plus conservateurs aujourd'hui".
Affirm, le géant du paiement différé, prête principalement à des emprunteurs solides, mais a encore resserré ses critères de crédit cette année, a déclaré son PDG Max Levchin. Le score de crédit moyen des prêts sans intérêts dans son offre d'ABS en 2023 était de 731, contre 706 lors de l'émission précédente l'année dernière, selon Morningstar.
Environ 65% des nouveaux prêts de OneMain au premier trimestre ont été accordés à des emprunteurs ayant la meilleure qualité de crédit, contre 30% à 40% en 2021, a déclaré le PDG Doug Schulman lors d'une conférence téléphonique sur les résultats le 25 avril. OneMain n'a pas répondu à une demande de commentaire.
Ces efforts semblent faire revenir certains investisseurs vers les ABS.
Après avoir atteint son plus bas niveau en deux ans au premier trimestre 2023, l'émission d'ABS regroupant des prêts à la consommation non garantis provenant principalement de fintechs ou de prêteurs non-bancaires a augmenté de 17% au deuxième trimestre pour atteindre 3,4 milliards de dollars, selon le fournisseur de données Finsight.
Certes, il s'agit d'un rythme plus lent que les 9,6 milliards de dollars émis au premier semestre 2022, et les fintech doivent offrir des rendements plus élevés pour compenser le risque de perte sur les prêts. Selon Finsight, le rendement moyen des tranches de prêts à la consommation non garantis notées AAA émises depuis le début de l'année est de 6,24%, contre 3,78% l'année dernière à la même époque.
Le marché des ABS émis par les fintech est néanmoins en train de se redresser, selon les analystes.
"L'année a commencé mieux que ce à quoi beaucoup s'attendaient", remarque Robert Wildhack, analyste chez Autonomous Research.
Selon Moody's, outre l'arrêt progressif des mesures de soutien liées à la pandémie, l'inflation a frappé les consommateurs au scores de crédit les plus faible, ces derniers consacrant la majeure partie de leurs revenus à payer leurs loyer, le transport et la nourriture.
Pour les prêts accordés par les fintech à des emprunteurs dont le score de crédit moyen pondéré se situe entre 710 et 760, les pertes nettes annualisées ont augmenté de 1,98% de mai à juin, pour atteindre 8,11%, selon l'agence de notation Kroll Bond Rating Agency, qui remarque que cela reflétait principalement les radiations sur les prêts de 2022. Les retards de payement d'au moins 30 jours sur ces prêts ont augmenté de 0,58%, à 3,74%.
Pour les prêts accordés par les fintech à des emprunteurs dont le score de crédit moyen pondéré se situe entre 660 et 710, les pertes nettes annualisées ont augmenté de 1,88% en glissement mensuel pour atteindre 16,61%. Les retards de paiement à trente jours et plus ont augmenté de 0,51%, à 6,36%.
(Reportage Hannah Lang, Matt Tracy, version française Corentin Chappron, édité par Kate Entringer)