Les États-Unis autorisent la vente de puces H200 de Nvidia à dix entreprises chinoises
information fournie par Reuters 14/05/2026 à 12:46

L'illustration montre le logo de Nvidia et le drapeau chinois

Les États-Unis ont autorisé une dizaine d'entreprises chinoises à acquérir la H200, la deuxième puce d'IA ‌la plus puissante de Nvidia, même si aucune livraison n'a pour le moment encore été effectuée, ont dit à Reuters trois sources proches du dossier.

Les transactions sont au point mort, les entreprises ​chinoises s'étant retirées suite aux instructions de Pékin, selon une des sources, laissant ainsi un accord technologique majeur dans l'impasse alors que le directeur général de Nvidia cherche à faire avancer le processus à l'occasion de la visite du président américain en Chine cette semaine.

Jensen Huang s'est joint à la dernière minute au groupe de dirigeants d'entreprises qui accompagnent le locataire de la Maison blanche, ​ce qui avait suscité l'espoir que ce voyage, le premier déplacement en Chine d'un président américain depuis près d'une décennie, puisse enfin débloquer les efforts visant à vendre les puces H200 dans le géant asiatique.

Les enjeux de ce dossier sont considérables et montrent ​à quel point la rivalité technologique entre les deux premières puissances mondiales entrave même les échanges ⁠commerciaux autorisés, laissant Nvidia, première capitalisation boursière mondiale, au piège entre des priorités nationales contradictoires.

Alibaba, Tencent, ByteDance et JD.com figurent parmi les entreprises autorisées par le département américain du ‌Commerce à acquérir les puces H200, ont dit les sources, qui se sont exprimées sous couvert d'anonymat en raison du caractère sensible de l'affaire.

Une poignée de distributeurs, dont Lenovo et Foxconn, ont également été agréés, ont-elles ajouté.

Les acheteurs peuvent se procurer les produits directement auprès de Nvidia ou par l'intermédiaire des ​distributeurs, et chaque client agréé peut acheter jusqu'à 75.000 puces conformément aux ‌conditions de la licence américaine, ont précisé deux des sources.

Jusqu'à présent, ni l'identité des acheteurs agréés, ni la nature de leurs ⁠relations avec Nvidia et les distributeurs agréés concernant cette puce d'IA très convoitée n'avaient été révélées.

Une porte-parole du département américain du Commerce, qui supervise les contrôles à l'exportation, notamment ceux concernant les semi-conducteurs H200, a refusé de commenter.

Le ministère chinois de l'Industrie et des Technologies de l'information et la Commission nationale pour le développement et la réforme n'ont pas répondu aux demandes de commentaire de ⁠Reuters.

Lenovo a confirmé dans un communiqué adressé ‌à Reuters que la société "fait partie des entreprises autorisées à vendre le H200 en Chine dans le cadre de la licence d'exportation de Nvidia".

Nvidia, Alibaba, Tencent, ⁠ByteDance, JD.com et Foxconn n'ont pas répondu à la demande de commentaires de Reuters.

TRANSACTIONS EN SUSPENS

Cependant, malgré cet accord, les transactions restent en suspens en raison des instructions de Pékin, un revirement ‌qui s'explique en partie par des changements intervenus du côté américain, même si l'on ignore exactement en quoi consistent ces éventuelles modifications, précise une source.

Selon une quatrième source, ⁠la pression s'intensifie à Pékin pour bloquer ou contrôler strictement ces commandes.

Le secrétaire américain au Commerce Howard Lutnick a fait écho ⁠à ce point de vue, déclarant lors d'une ‌audition au Sénat le mois dernier que "le gouvernement central chinois ne leur a pas encore permis d'acheter ces puces, car il tente de concentrer ses investissements sur son industrie nationale".

L'hésitation de Pékin ​reflète un calcul stratégique, la Chine craignant que ces importations ne compromettent ses efforts pour développer ses ‌propres puces d'IA.

Si les produits chinois restent à la traîne par rapport à ceux de Nvidia, des entreprises comme DeepSeek mettent de plus en plus en avant l'utilisation de puces nationales, en particulier celles développées par Huawei.

Une multitude ​d'exigences de part et d'autre a jusqu'à présent compliqué le processus de vente de ces puces Nvidia en Chine.

Aux Etats-Unis, ce retard persistant a toutefois été salué par les partisans d'une ligne dure envers Pékin.

"Tout accord permettant à Nvidia de vendre davantage de puces à la Chine signifie moins de puces Nvidia pour les entreprises américaines, et une avance moindre des États-Unis sur ⁠la Chine en matière d'IA', a déclaré Chris McGuire, chercheur au Council on Foreign Relations.

"Il est remarquable que le président Trump continue de se laisser convaincre de faire passer les intérêts de Nvidia avant ceux des États-Unis", a-t-il dit.

Sur les marchés, l'action Nvidia prend 2,6% à 231,65 dollars dans les échanges en avant-Bourse en réaction à cette information.

Les actions des fabricants européens de puces bondissent également, Infineon gagnant 3% vers 09h51 GMT.

STMicroelectronics prend pour sa part 2,18% à Paris.

Les fabricants néerlandais d'équipements pour semi-conducteurs, ASML progresse de 0,90%, ASM International de 1,2% et BESI de 2%.

Ce bond intervient alors que Samsung Electronics a bondi de plus 4% pour atteindre un niveau record et son rival SK Hynix se rapproche de la barre des 1.000 milliards de dollars de capitalisation ​boursière.

(Reportage Reuters ; version française Diana Mandia, édité par Augustin Turpin)