Les entreprises se préparent à d'autres cyberattaques lundi
information fournie par Reuters 14/05/2017 à 20:03

    * 200.000 victimes dans 150 pays, escalade de la menace 
-Europol 
    * Entreprises/institutions s'efforcent de protéger leurs 
systèmes 
    * De nouvelles attaques au "rançongiciel" prévisibles 
    * En Asie notamment, l'étendue des dégâts reste incertain 
    * Des hôpitaux, l'automobile, les télécoms parmi les cibles 
 
    par Jeremy Wagstaff et Jim Finkle 
    SINGAPOUR/TORONTO, 14 mai (Reuters) - Les équipes techniques 
des entreprises s'efforçaient dimanche de mettre à niveau leurs 
systèmes d'exploitation et de réparer les réseaux informatiques 
infectés dans la crainte que des attaques viennent à nouveau 
semer le chaos lundi à la reprise du travail. 
    Les experts en cybersécurité ont fait savoir que la 
prolifération du virus appelé WannaCry - un "rançongiciel" - qui 
a bloqué plus de 200.000 ordinateurs dans le monde - s'était 
calmée mais que ce répit pourrait être de courte durée. 
    De nouvelles versions du virus sont prévisibles, disent-ils, 
et l'étendue des dégâts provoqués par l'attaque tous azimuts 
conduite vendredi reste à évaluer. 
    Les ordinateurs infectés semblent être avant tout des 
appareils jugés trop obsolètes pour être mis à jour ou encore 
des machines engagées dans des opérations hospitalières ou 
manufacturières qu'il aurait été trop difficile de corriger sans 
perturber des activités essentielles, ont précisé les experts. 
    Selon Marin Ivezic, expert en cybersécurité chez PwC, 
certains clients ont "travaillé jour et nuit depuis l'annonce de 
l'attaque" afin de nettoyer leurs systèmes d'exploitation et 
d'installer des logiciels actualisés ou des corrections, ou 
encore de réparer leurs systèmes à partir de sauvegardes. 
    Microsoft a réactivé le mois dernier et vendredi une mise à 
jour permettant de réparer une faille qui a permis au virus de 
se disséminer dans les réseaux et de proliférer vendredi.     
    Le code d'exploitation du virus connu sous le nom d'"Eternal 
Blue" a été diffusé sur le réseau internet en mars par un groupe 
se faisant appeler The Shadow Brokers. Le groupe affirme l'avoir 
volé à la NSA, l'agence américaine de la sécurité nationale.  
    La NSA n'a pas répondu aux demandes de commentaires. 
    Le virus baptisé WannaCry, et connu aussi sous les noms de 
WannaDecryptor, WanaCrypt0r 2.0 et WCry?, s'exécute par le biais 
d'un logiciel malveillant installé à l'insu de l'utilisateur. Il 
crypte les données de ce dernier et exige des sommes d'argent, 
généralement entre 300 et 600 dollars, payables en bitcoin s, 
pour les rendre à nouveau lisibles ou débloquer certaines 
fonctionnalités de l'ordinateur infecté. 
    Marin Ivezic, l'expert basé à Hong Kong, a précisé que le 
"rançongiciel" obligeait certains clients plus "matures" touchés 
par le virus à abandonner leurs pratiques prudentes de test des 
corrections "pour procéder à des arrêts non planifiés et des 
nettoyages d'urgence, ce qui présente certains inconvénients." 
    Il a refusé de citer les clients concernés. 
             
    JOURNÉE NOIRE LUNDI ? 
    Le directeur d'Europol, l'organisme européen de coopération 
policière, Rob Wainwright, a déclaré dimanche que l'attaque de 
vendredi avait fait 200.000 victimes dans au moins 150 pays et 
que ce nombre augmenterait avec le retour au travail lundi. 
    "L'ampleur de l'attaque est sans précédent. Les derniers 
chiffres s'élèvent à 200.000 victimes dans au moins 150 pays 
(...) des entreprises pour beaucoup d'entre elles", a-t-il dit. 
    "A l'heure actuelle, nous devons affronter une escalade de 
la menace. Les chiffres augmentent, je suis préoccupé devant le 
risque de les voir encore augmenter, lundi, lorsque les gens 
retourneront au travail." 
    Lundi pourrait bien être une journée noire, surtout dans les 
pays d'Asie qui n'ont peut-être pas subi le plus fort de la 
vague de cyberattaques, avec la remise en route des ordinateurs. 
    "Attendez-vous à entendre encore beaucoup parler de cela 
demain matin lorsque les utilisateurs vont revenir à leurs 
bureaux et pourraient tomber sur des courriels d'hameçonnage, ou 
sur d'autres moyens de propager le virus", a dit Christian 
Karam, un chercheur en sécurité informatique basé à Singapour. 
    Les attaques ont touché des entités de toutes tailles. 
    Renault a suspendu samedi par précaution la production de 
plusieurs de ses sites en France et à l'étranger, pour empêcher 
la propagation du virus détecté vendredi en fin de journée dans 
son système informatique. Le groupe a fait savoir dimanche que 
la quasi-totalité de ses usines touchées par les attaques 
devraient pouvoir reprendre leur activité lundi.   
    La filiale roumaine de Renault, Dacia, a également été 
visée, de même que l'usine britannique de Sunderland de son 
partenaire japonais Nissan  7201.T . 
    A Paris, une porte-parole de l'Agence nationale de sécurité 
des systèmes d'information (ANSSI), a indiqué que, à sa 
connaissance, "il n'y a pas d'autre victime en France que 
Renault pour l'instant". 
    En Allemagne, l'opérateur ferroviaire Deutsche Bahn  DBN.UL  
a de son côté dit constater des anomalies sur les panneaux des 
arrivées et des départs.  
    En Espagne, l'opérateur télécoms Telefonica  TEF.MC  a 
figuré parmi les victimes, et Portugal Telecom et Telefonica 
Argentine ont tous deux annoncé avoir été visés. 
    Un hôpital de Jakarta a annoncé dimanche qu'un virus avait 
infecté 400 de ses ordinateurs, ce qui perturbait 
l'enregistrement de ses patients et la recherche de documents. 
    Les pirates informatiques auraient d'ores et déjà reçu 
32.500 dollars (457 euros) en bitcoins à 11h00 GMT dimanche, 
mais la facture pourrait grimper avant l'échéance fixé à lundi. 
 
 (Juliette Rouillon pour le service français, édité par Pierre 
Sérisier)