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L'UE va obliger les entreprises à s'occuper de millions de
tonnes de déchets
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Inditex investit 3,5 millions d'euros dans le recyclage
des
vêtements en Espagne
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Le recyclage des textiles face à de grands défis
par Corina Pons et Helen Reid
BARCELONE/LONDRES, 1er septembre (Reuters) - Dans un
entrepôt de la banlieue de Barcelone, des femmes se tiennent
devant des tapis roulants et trient manuellement des T-shirts,
des jeans et des robes sortis de grandes balles de vêtements
usagés.
Le centre de tri géré par l'organisation caritative Moda Re,
qui s'occupe de la réutilisation et du recyclage des vêtements,
prévoit de doubler d'ici un an le volume traité pour atteindre
40.000 tonnes par an.
"Ce n'est que le début", commente Albert Alberich, directeur
de Moda Re, qui fait partie de l'organisation caritative
espagnole Caritas et gère la plus grande chaîne de vêtements
d'occasion d'Espagne.
"Nous allons transformer de plus en plus les vêtements
usagés en matières premières européennes pour les entreprises de
mode".
Financé en partie par Inditex ITX.MC , propriétaire de
Zara, Moda Re agrandira ses sites de Barcelone, Bilbao et
Valence, dans le cadre d'un projet de renforcement des capacités
de tri, de traitement et de recyclage des vêtements, en réponse
à une série de nouvelles propositions de l'Union européenne (UE)
visant à freiner l'industrie de la mode.
Toujours en Espagne, des concurrents tels que H&M, Mango et
Inditex ont créé une association à but non lucratif pour gérer
les déchets textiles, en réponse à une loi de l'UE exigeant des
États membres qu'ils séparent les textiles des autres déchets à
partir de janvier 2025.
Malgré ces efforts, moins d'un quart des 5,2 millions de
tonnes "des déchets textiles de post-consommation sont collectés
séparément en vue de leur réemploi ou de leur recyclage, le
reste étant souvent incinéré ou mis en décharge", a indiqué la
Commission européenne en juillet.
Les données précises sur l'augmentation des déchets
vestimentaires sont rares, mais la collecte en vue du recyclage
et de la réutilisation a progressivement augmenté dans plusieurs
pays européens à partir de 2010 environ, selon un rapport de
l'UE datant de 2021.
La "fast fashion", ou mode éphémère, est "très peu durable",
a déclaré la Commission en juillet. L'industrie textile est l'un
des principaux responsables du changement climatique et des
dommages causés à l'environnement.
Inditex, qui a déclaré en mars avoir mis sur le marché 10%
de vêtements en plus l'année dernière par rapport à 2021, vise à
utiliser 40% de fibres recyclées dans les vêtements d'ici 2030,
dans le cadre des objectifs de durabilité annoncés en juillet.
Selon Dijana Lind, analyste ESG chez Union Investment qui
détient des actions Adidas ADSGn.DE , Hugo Boss BOSSn.DE ,
Inditex et H&M HMb.ST , "le principal problème auquel nous
sommes confrontés est la surconsommation".
L'analyste explique s'être entretenue avec Adidas, Hugo Boss
et Inditex sur la nécessité d'accroître leur utilisation de
textiles recyclés, et plus largement l'industrie de
l'habillement dans son ensemble.
Hugo Boss a indiqué à Reuters qu'il utilisait l'analyse de
données pour mieux adapter la production à la demande car "la
surproduction et la surconsommation sont, en général, un
problème à l'échelle de l'industrie".
Entre 6 et 7 milliards d'euros d'investissement seront
nécessaires d'ici 2030 pour créer l'échelle de traitement et de
recyclage des déchets textiles que l'UE vise, a estimé le
cabinet de conseil McKinsey dans un rapport l'année dernière
Reuters n'a pas été en mesure de déterminer le niveau des
investissements actuellement réalisés dans le secteur.
Les entreprises ont commencé à prendre des mesures mais il
reste encore beaucoup à faire, estime Dijana Lind.
Inditex a déclaré qu'il investirait 3,5 millions d'euros
dans Moda Re sur une période de trois ans et qu'il avait
installé des conteneurs de recyclage dans tous ses magasins
espagnols. Interrogée sur la nécessité d'en faire plus,
l'entreprise n'a pas répondu.
De son côté, H&M a déclaré à Reuters qu'elle reconnaissait
"faire partie du problème". "La façon dont la mode est produite
et consommée doit changer - c'est une vérité indéniable".
OBSTACLES
Les obstacles à une réduction significative des déchets
vestimentaires sont considérables, malgré la demande de l'UE,
les engagements de l'industrie en matière de développement
durable et les initiatives telles que l'expansion de Moda Re.
Des centaines d'usines similaires, ainsi que des
investissements dans la technologie et des interventions sur le
marché seront nécessaires pour atteindre les objectifs de
l'industrie visant à recycler 2,5 millions de tonnes de déchets
textiles d'ici 2030, indique McKinsey dans son rapport.
Quatorze entreprises de recyclage de textiles en Europe
prévoient d'augmenter leur capacité de production, selon Fashion
For Good, une start-up d'investissement dans les fibres
recyclées, qui a interrogé 57 recycleurs dans un rapport datant
de septembre 2022.
L'UE n'a pas fixé d'objectifs spécifiques en matière de
contenu recyclé dans les vêtements, mais d'ici 2030, elle
souhaite que tous les produits textiles vendus dans l'Union
soient, dans une large mesure, fabriqués à partir de fibres
recyclées et qu'ils soient durables, réparables et recyclables.
Afin de créer la capacité nécessaire pour atteindre ces
objectifs, ReHubs Europe, une association créée par la
Confédération européenne de l'habillement et du textile
(Euratex), encourage les investissements dans le recyclage
"fibre à fibre" : des processus qui transforment les vêtements
usagés en fil pour fabriquer de nouveaux textiles.
EURATEX n'a pas répondu dans l'immédiat à une question
concernant le niveau des investissements réalisés dans cette
technologie.
Moins de 1% des vêtements sont actuellement recyclés de
cette manière et les processus sont encore en cours de
développement. Les défis à relever consistent notamment à
séparer les différents types de fibres pour en faire des
matières premières adaptées au recyclage.
Ces techniques n'en étant qu'à leurs débuts, le coût plus
élevé du tissu recyclé par rapport au tissu neuf reste un
obstacle à une adoption généralisée.
DÉCHARGES EN AFRIQUE
À l'usine de Barcelone, les vêtements proviennent de plus de
7.000 poubelles de supermarchés et de magasins Zara et Mango.
Des machines à infrarouge offertes par Inditex identifient la
composition des fibres des vêtements afin d'accélérer le tri, en
grande partie manuel.
Actuellement, environ 40% des vêtements reçus par Moda Re
sont envoyés à d'autres centres de recyclage. Sur ce total, seul
un cinquième est recyclé fibre par fibre, une part qui, selon
Moda Re, devrait atteindre 70% au cours des trois ou quatre
prochaines années.
Pour l'instant, la majeure partie du recyclage est destinée
à des produits de moindre qualité, comme les lavettes.
Près de la moitié des vêtements donnés à Moda Re sont
expédiés pour être revendus dans des pays africains tels que le
Cameroun, le Ghana et le Sénégal. Moda Re affirme que les
vêtements qu'elle exporte peuvent être réutilisés.
Selon les données commerciales des Nations unies, l'UE a
exporté 1,4 million de tonnes de textiles usagés en 2022, soit
plus de deux fois plus qu'en 2000. Tous ces vêtements ne sont
pas réutilisés, et les exportations de vêtements usagés de
l'Europe vers l'Afrique peuvent entraîner une pollution lorsque
les vêtements qui ne peuvent pas être revendus finissent dans
des décharges, a déclaré l'UE.
Les règles proposées par la Commission européenne visent à
lutter contre les opérateurs peu scrupuleux qui exportent des
articles endommagés destinés aux décharges, et obligent les pays
à démontrer leur capacité à gérer les matériaux de manière
durable.
Moda Re a déclaré vouloir réduire le volume de vêtements
qu'elle envoie en Afrique.
Seuls 8% des dons sont actuellement revendus dans les
boutiques de seconde main de Moda Re, méthode généralement
considérée comme la plus efficace pour réutiliser les vêtements
usagés. Une quantité similaire finit dans les décharges
européennes.
L'entreprise a pour objectif de doubler la quantité de
vêtements revendus en s'étendant à 300 boutiques de seconde main
en Espagne au cours des trois prochaines années, contre un peu
plus d'une centaine actuellement, a déclaré l'entreprise à
Reuters.
Malgré les difficultés, les employés de Moda Re estiment que
leur travail est positif.
"Nous prenons les vêtements qui ont été jetés pour en faire
de nouveaux", a expliqué Aissatou Boukoum, une jeune
travailleuse sénégalaise, en faisant passer des vêtements dans
une machine qui les découpe en rubans avant de les envoyer au
recyclage. "Pour moi, c'est une bonne chose".
RESPONSABILITÉ DE L'ENTREPRISE
Outre Inditex, Puma PUMG.DE a conclu des partenariats avec
les sociétés de collecte et de tri de vêtements I:CO en
Allemagne, Texaid en Suisse et Vestisolidale en Italie.
Adidas ADSGn.DE , Bestseller et H&M HMb.ST ont investi
dans la start-up finlandaise Infinited Fiber Company, qui
fabrique des fibres à partir de déchets textiles, de carton et
de papier.
L'initiative législative de la Commission comprend des
règles visant à faire participer les détaillants au coût de la
collecte des vêtements usagés en vue de leur réutilisation et de
leur recyclage.
Selon les règles proposées, les détaillants paieraient une
redevances d'environ 12 centimes d'euro par article pour chaque
vêtement vendu dans l'Union européenne, avec des taux plus
élevés pour les vêtements plus difficiles à recycler, a estimé
la Commission en juillet.
Comme en Espagne, des associations de gestion des déchets
textiles seraient créées dans chaque pays. En France, ce système
est déjà en place depuis 2008 dans le cadre d'une organisation
appelée Refashion.
Reuters a demandé à dix grandes entreprises de mode, dont
Adidas, H&M et Primark, dans quelle mesure les redevances
affecteraient leur rentabilité. Aucune n'a fourni d'estimation.
Toutes ont déclaré qu'elles espéraient qu'elles seraient les
mêmes dans toute l'Union européenne.
"C'est un tsunami législatif", a commenté Mauro Scalia,
directeur des entreprises durables chez Euratex.
(Reportage Corina Pons à Madrid et Helen Reid à Londres, avec
la contribution de Horaci Garcia et Nacho Doce à Barcelone ;
version française Kate Entringer, édité par Blandine Hénault)