Les conséquences financières de la guerre en Iran information fournie par Le Cercle des économistes 11/05/2026 à 09:11
En finance comme en économie, les conséquences à court terme d'un événement sont assez largement déterminées par les anticipations que forment les agents économiques, consommateurs, investisseurs et entrepreneurs, à partir des informations et données disponibles, qui sont le plus souvent assez similaires d'un agent à l'autre. A ce stade, on peut tirer quatre conclusions principales à partir des anticipations des marchés financiers nous apprennent principalement quatre choses.
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1/ Les marchés financiers sont optimistes sur une issue rapide et raisonnable du conflit dans la mesure où le prix à terme du pétrole pointe un retour rapide aux environs des prix en vigueur avant la guerre. Dans un laps de temps compris entre deux et huit mois.
2/ Le choc sur l'inflation est, de ce fait, prévu d'affecter essentiellement l'année 2026 et seulement marginalement l'année 2027, principalement par le biais de l'acquis d début d'année.
3/ Le choc à la hausse sur les taux d'intérêt anticipés de la politique monétaire est de l'ordre de 75 points de base et sur les taux d'intérêt des obligations souveraines à dix ans de l'ordre de 50 points de base.
4/ Ce choc est essentiellement imputable à la hausse anticipée de l'inflation et uniquement marginalement, pour un ordre de grandeur de 15 points de base, à l'accroissement de la prime de risque, c'est-à-dire à l'incertitude sur l'inflation future.
Ces quatre conclusions sont cohérentes entre elles et confortent le constat d'optimisme des marchés sur l'issue de la guerre avec l'Iran. Il en résulte que la tendance du marché des actions, des deux côtés de l'Atlantique, est déterminée moins par les spéculations sur l'issue de la guerre avec l'Iran que par les spéculations sur le développement de l'intelligence artificielle, sur les politiques de régulation / dérégulation dans le monde, et sur les tendances de la productivité selon les régions du monde. Et, c'est bien ce que nous observons, la guerre avec l'Iran n'impactant que les fluctuations au jour le jour.
Notons toutefois que cette configuration des marchés financiers repose sur deux convictions contradictoires : d'une part, que l'Iran devrait être aisément vaincue en raison de la supériorité technologique incontestable des Etats-Unis, avec pour conséquence que le crédit de ce succès doit en être attribué à Donald Trump ; d'autre part, que «Trump Always Chickens Out» (TACO), avec pour conséquence que cette aventure coûteuse devrait affaiblir la crédibilité des Etats-Unis comme puissance mondiale.
Ces deux convictions opposées sont bien à l'œuvre actuellement dans les décisions et spéculations de marché, même si elles conduiront à terme à des conclusions fort différentes sur le potentiel de long terme des Etats-Unis, et donc sur la valorisation des marchés actions américains.
Les dernières prévisions du Fonds Monétaire International, marginalement modifiées par rapport au scénario central de janvier dernier, sont bien alignées sur ces conclusions, la guerre avec l'Iran étant supposée se terminer à la mi-2026. Le problème vient toutefois du fait que le champ des possibles est bien plus large que ce que pourraient laisser supposer les deux convictions qui dominent actuellement les marchés.
D'une part, le scénario de l'escalade ne peut être écarté d'un revers de la main dans la mesure où les protagonistes, l'Iran des gardiens de la révolution et l'Amérique de Trump, ne sont pas des acteurs économiquement rationnels et l'on ne peut exclure que leur interaction dynamique ne conduise aux extrêmes. Dans cette hypothèse, les difficultés pétrolières se généraliseraient à l'ensemble du Moyen-Orient et à l'Afrique du Nord, avec pour conséquence une flambée des prix du pétrole au-delà de 150$ le baril.
D'autre part, le scénario de l'enlisement et d'une guerre s'étalant sur deux ans jusqu'à la campagne présidentielle américaine, semble gagner chaque jour en probabilité. Il signifierait à minima un prix du pétrole durablement élevé, aux alentours de 105 dollars le baril. Le problème vient de ce que ces deux scénarios prendraient les marchés par surprise et conduiraient très probablement à une révision drastique des anticipations des marchés financiers, qui se traduiraient par un choc inflationniste non plus ponctuel et limité mais durable et sensiblement plus important, avec ses conséquences dramatiques sur la politique monétaire, l'équilibre des finances publiques et l'activité.
Les taux d'intérêt s'envoleraient, les marchés actions chuteraient et la parité euro-dollar serait déstabilisée. Dans le scénario d'enlisement, l'Europe se retrouverait selon toute probabilité en situation de quasi-stagflation. Dans le scénario de l'escalade, c'est le monde qui serait plongé dans la stagflation, voire la récession.
De mon point de vue, le scénario de l'enlisement pour deux ans est le plus probable. Autant dire que nous n'avons pas vu encore toutes les conséquences financières désastreuses de la guerre avec l'Iran, qui restent largement à venir.