Les câbles sous-marins, autre enjeu stratégique du détroit d'Ormuz
information fournie par Reuters 28/04/2026 à 13:18

par Federico Maccioni

L'Iran a averti la semaine dernière que les câbles sous-marins du détroit d'Ormuz constituaient un point vulnérable pour l'économie numérique de la région, suscitant des inquiétudes quant à d'éventuelles attaques contre ces infrastructures critiques.

Le détroit d'Ormuz, étroite voie navigable essentielle au transport mondial de pétrole, est tout aussi vital pour le monde numérique.

Plusieurs câbles à fibre optique y serpentent dans les profondeurs, reliant des pays d'Asie à l'Europe via les États du Golfe et l'Égypte.

POURQUOI CES CÂBLES SONT-ILS IMPORTANTS ?

Ces câbles sous-marins, à fibre optique ou électriques, sont posés sur les fonds marins pour transmettre des données et de l'électricité. Ils acheminent environ 99% du trafic Internet mondial, selon l'Union internationale des télécommunications (UIT), l'agence spécialisée des Nations unies pour les technologies numériques.

Ces câbles assurent également les télécommunications et l'électricité entre les pays, et sont essentiels pour les services "cloud" et les communications en ligne.

"Des câbles endommagés entraînent un ralentissement ou des coupures d'internet, des perturbations du commerce électronique, des retards dans les transactions financières... et des répercussions économiques liées à toutes ces perturbations", souligne Masha Kotkin, analyste en géopolitique et en énergie.

Les pays du Golfe, en particulier les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, ont investi des milliards de dollars dans l’intelligence artificielle (IA) et les infrastructures numériques afin de diversifier leurs économies et de réduire leur dépendance au pétrole.

Ces deux nations ont créé des entreprises nationales d’IA qui desservent des clients dans toute la région — toutes dépendantes des câbles sous-marins pour acheminer les données.

Parmi les principaux câbles traversant le détroit d’Ormuz, on trouve l’Asia-Africa-Europe 1 (AAE-1), qui relie l’Asie du Sud-Est à l’Europe via l’Égypte, avec des points d’atterrissage aux Émirats arabes unis, à Oman, au Qatar et en Arabie saoudite ; le réseau FALCON, qui relie l’Inde et le Sri Lanka aux pays du Golfe, au Soudan et à l’Égypte ; et le Gulf Bridge International Cable System, qui relie tous les pays du Golfe, y compris l’Iran.

D'autres réseaux sont en cours de construction, notamment un système dirigé par l'opérateur qatari Ooredoo.

QUELS SONT LES RISQUES ?

Alors que la longueur totale des câbles sous-marins a considérablement augmenté entre 2014 et 2025, le nombre de pannes est resté stable, avec environ 150 à 200 incidents par an, selon l'International Cable Protection Committee (ICPC).

Si le sabotage d'État reste un risque, 70% à 80% des pannes sont causées par des activités humaines accidentelles — principalement la pêche et les ancres de navires, selon l'ICPC et les experts.

Parmi les autres risques figurent les courants sous-marins, les tremblements de terre, les volcans sous-marins et les typhons, a déclaré Alan Mauldin, directeur de recherche au sein du cabinet d'études en télécommunications TeleGeography.

La guerre en Iran, qui a entraîné des perturbations sans précédent de l'approvisionnement énergétique mondial et des infrastructures régionales, a jusqu'à présent épargné les câbles sous-marins.

Il existe toutefois un risque indirect lié à des navires endommagés qui pourraient heurter accidentellement les câbles en traînant leurs ancres.

"Dans un contexte d’opérations militaires actives, le risque de dommages accidentels augmente, et plus ce conflit dure, plus la probabilité de dommages accidentels est élevée", pointe Masha Kotkin.

Un incident similaire s’est produit en 2024, lorsqu’un navire commercial attaqué par les Houthis, alliés de l’Iran, a dérivé dans la mer Rouge et a sectionné des câbles avec son ancre.

Selon TeleGeography, l'impact des dommages causés aux câbles sur la connectivité dans les pays du Golfe dépendra en grande partie de la dépendance des opérateurs de réseau individuels à leur égard et des alternatives dont ils disposent.

PAS DE SOLUTION MIRACULEUSE

Réparer les câbles endommagés dans les zones de conflit pose un défi distinct de celui de leur sécurisation.

Si la réparation physique en elle-même n’est pas excessivement compliquée, les décisions des propriétaires de navires de réparation et des assureurs peuvent également être influencées par les risques liés aux combats ou à la présence de mines, estiment les experts.

Les autorisations d'accès aux eaux territoriales ajoutent une difficulté supplémentaire.

"Souvent, l'un des plus gros problèmes lors des réparations est qu'il faut obtenir des autorisations pour accéder aux eaux où se trouvent les dommages. Cela peut parfois prendre beaucoup de temps et constituer la principale source (de problèmes)", explique Alan Mauldin.

Une fois le conflit terminé, les acteurs du secteur devront également relever le défi de cartographier à nouveau les fonds marins afin de déterminer les emplacements sûrs et éviter les navires ou les objets qui auraient pu couler pendant les hostilités, a-t-il ajouté.

QUELLES SONT LES ALTERNATIVES EN CAS DE DÉFAILLANCE DES CÂBLES SOUS-MARINS ?

Si des dommages potentiels aux câbles sous-marins n’entraîneraient pas une perte totale de connectivité — grâce aux liaisons terrestres —, les experts s’accordent à dire que les systèmes satellitaires ne constituent pas une solution de remplacement viable, ceux-ci étant plus coûteux et ne pouvant pas gérer le même volume de trafic.

"Ce n'est pas comme si l'on pouvait simplement passer au satellite. Ce n'est pas une alternative", indique Alan Mauldin.

L'analyste souligne que les satellites dépendent de connexions avec des réseaux terrestres et sont mieux adaptés aux objets en mouvement, comme les avions et les navires.

Les réseaux en orbite basse tels que Starlink constituent "une solution de niche, qui n'est pas évolutive pour des millions d'utilisateurs à l'heure actuelle", estime pour sa part Masha Kotkin.​

(Rédigé par Federico Maccioni à Dubaï ; version française Etienne Breban, édité par Blandine Hénault)