Les Bourses reculent avec la flambée du pétrole, pas de répit pour la dette souveraine
information fournie par Reuters 08/10/2026 à 13:21

Des courtiers travaillent en salle des marchés de la Bourse de New York

par Diana Mandia

Wall Street est attendue en baisse et les Bourses européennes poursuivent leur recul jeudi à mi-séance, les tensions sur l'obligataire s'aggravant ‌sur fond d'une nouvelle flambée des prix du pétrole. Les futures sur indices new-yorkais signalent une ouverture en baisse de 0,89% pour le Dow Jones, de 0,55% pour le Standard & Poor's-500 et de 0,81% pour le Nasdaq. À Paris, le CAC 40 perd 0,88% à 7.700,52 ​points à 11h00 GMT, soit une baisse d'environ 12% par rapport à son record atteint en août dernier.

À Francfort, le Dax recule de 1,02% et à Londres, le FTSE 100 cède 0,44%.

L'indice EuroStoxx 50 perd 1,21%, le FTSEurofirst 300 0,94% et le Stoxx 600 0,94%.

Les rendements de la dette souveraine continuent de grimper jeudi, notamment dans les pays les plus endettés, comme la France ou l'Italie, alors que la tension au Moyen-Orient entraîne une progression de 5% des prix du brut et que plusieurs responsables de la Banque centrale européenne (BCE) ​ont réitéré leur inquiétude face à l'inflation.

Les investisseurs voient d'un mauvais oeil la recrudescence des attaques contre des navires dans le Golfe et les informations d'Axios selon lesquelles Washington s'apprêterait à reprendre des opérations militaires à grande échelle contre l'Iran, ce qui ne ferait qu'accélérer une inflation qui dépasse largement les objectifs des banques centrales.

Emmanuel Moulin, gouverneur de la ​Banque de France (BdF), a averti jeudi que les chocs géopolitiques à l'origine de la flambée des prix "se traduisent désormais par un ⁠choc financier", et Primož Dolenc, gouverneur de la banque centrale slovène, a déclaré que la BCE pourrait être contrainte d'augmenter encore ses taux directeurs, même si le moment et l'ampleur d'une telle mesure restaient incertains.

Dans ces conditions, la trêve observée ‌plus tôt cette semaine concernant la dette souveraine a déjà fait long feu : jeudi, le rendement de l'OAT française à dix ans grimpe de près de 10 points de base pour s'établir à 4,9653%, très proche de son pic de 24 ans enregistré vendredi dernier.

La prime de risque exigée par les investisseurs sur les obligations souveraines françaises, très surveillée par les marchés, reste à son plus haut niveau depuis la crise ​de la zone euro de 2011-2012.

Confrontée à un déficit qu'elle peine à remettre dans le droit chemin et ‌à un débat budgétaire houleux à l'approche de l'élection présidentielle de 2027 — ce qui accentue d'ailleurs l'incertitude politique —, la France est particulièrement touchée par les tensions sur le marché ⁠obligataire, et les investisseurs s'interrogent sur les risques de contagion à d'autres marchés et actifs européens, comme l'euro ou les actions des banques.

"À ce stade, ce qui rassurerait le plus les marchés, ce serait une intervention monétaire (...) Mais je pense que ce que nous avons appris de la crise de la zone euro en 2011, c'est que les autorités monétaires se tourneront d'abord vers les autorités budgétaires pour qu'elles remettent de l'ordre dans leurs finances", a déclaré Kiran Ganesh, stratège chez UBS Global Wealth Management, faisant référence aux achats d'obligations par ⁠la BCE pour apaiser les tensions.

Emmanuel Moulin, gouverneur de ‌la Banque de France, ainsi que le ministre français de l'Économie, Roland Lescure, et plusieurs membres de la BCE ont affirmé ces derniers jours qu'une intervention de Francfort n'était pas pertinente à ce stade.

Les difficultés ⁠de la dette souveraine s'expliquent également par un marché du financement plus concurrentiel : le Wall Street Journal a rapporté que les grandes entreprises technologiques cherchent à lever des milliards de dollars par le biais d'emprunts, ce qui les place en concurrence directe avec les États.

Le ‌compte-rendu de la dernière réunion de la BCE, qui sera publié jeudi à 11h30 GMT, devrait apporter aux opérateurs de nouveaux détails sur les débats en cours au sein de la banque centrale. Selon un sondage Reuters, la ⁠BCE devrait maintenir son taux de dépôt à 2,50% ce mois-ci, mais le relever de 25 points de base en décembre, comme elle l'avait déjà fait en juin et ⁠en septembre.

Les "minutes" de la Réserve fédérale, publiés la veille, montrent pour ‌leur part que les responsables ont divergé le mois dernier sur le raisonnement justifiant de relever les taux, certains d'entre eux notant la nécessité de contrer le choc énergétique tandis que d'autres, plus conservateurs, ayant dit avant tout vouloir lutter contre l'inflation.

LES VALEURS À ​SUIVRE À WALL STREET

VALEURS EN EUROPE

Opmobility plonge de 20%, l'équipementier automobile ayant abaissé ses objectifs 2026 et annoncé des projets de réorganisation qui entraîneraient ‌la suppression d'environ 770 postes en France et en Allemagne.

Son concurrent Forvia chute de 7,6% malgré l'annonce de deux importants contrats remportés par sa filiale Forvia Hella. L'indice de l'automobile sur le Stoxx 600 cède 1,71%. Les banques européennes sont également dans le rouge, la hausse des rendements ravivant les inquiétudes quant ​à d'éventuelles pertes sur les portefeuilles de dette souveraine. Le compartiment sectoriel recule de 2,16%.

Le titre Argenx plonge de 15,6%, la société biopharmaceutique ayant mis fin à un essai clinique sur la maladie de Sjögren.

Tesco avance en revanche de 5% à Londres après avoir relevé le bas de la fourchette de sa prévision de bénéfice annuel.

TAUX

La hausse des rendements obligataires est généralisée.

Celui du Bund allemand à dix ans prend 5 points de base à 3,5310%, et son homologue du titre à deux ans gagne 3,6 points de base à ⁠3,0697%.

Le gouvernement allemand a par ailleurs revu à la hausse ses prévisions de croissance pour cette année et l'année prochaine, ce qui pourrait indiquer que l'économie résiste bien l'impact de l'inflation et que la BCE pourrait relever encore ses taux sans la freiner. Le rendement des obligations italiennes à 10 ans grimpe de 8,2 points de base à 4,9637%.

Aux Etats-Unis, le rendement des Treasuries à dix ans avance de 7,5 points de base à 5,3519%. Celui de l'obligation à deux ans affiche une progression de 5,2 points de base à 4,8164%.

CHANGES Le dollar reste proche de son sommet de 18 mois et gagne 0,12% face à un panier de devises de référence.

L'euro perd 0,1% à 1,1184 dollar, pénalisé par la vigueur de la monnaie américaine et les craintes sur les finances publiques en France.

PÉTROLE

Le inquiétudes concernant l'approvisionnement au Moyen-Orient poussent les prix du brut à la hausse.

Le Brent avance de 5,13% à 105,34 dollars le baril et le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) prend 5,13% à 92,81 dollars

PRINCIPAUX INDICATEURS ÉCONOMIQUES À L'AGENDA DU 8 OCTOBRE :

PAYS GMT INDICATEUR PÉRIODE CONSENSUS PRÉCÉDENT

USA 12h30 Inscriptions hebdo. au semaine au 200.000 197.000

chômage 3 octobre

(Certaines ​données peuvent accuser un léger décalage)

(Rédigé par Diana Mandiá, édité par Benoit Van Overstraeten)