Les bombes tombent, l'or noir grimpe et les marchés chutent
information fournie par Zonebourse 09/03/2026 à 12:00

Les marchés européens reculent nettement ce matin alors que l'escalade militaire au Moyen-Orient propulse le pétrole au-dessus des 100 USD le baril et ravive les craintes inflationnistes tout en compliquant la tâche des banques centrales. Peu avant midi, le Footsie abandonne 1,4%, le Dax 1,8% tandis que Paris cède 2%.

Alors que la guerre au Proche et au Moyen-Orient entame sa 2e semaine, le Brent a franchi ce matin le seuil symbolique des 100 USD le baril ( 12%, à 105 USD). L'Irak, le Koweït et le Qatar ont en effet annoncé ce week-end une réduction de leur production. Une décision qui vise aussi à éviter de saturer leurs capacités de stockage tant que le détroit d'Ormuz reste congestionné.

Les économistes estiment généralement qu'une hausse de 10 USD du prix du baril entraîne une inflation supplémentaire de 0,1 à 0,2 point. Depuis le début de l'année, le Brent est passé de 62 USD à 105 USD, soit une progression de près de 70%.

L'île de Kharg au coeur des enjeux

Dans ce contexte, l'administration américaine discuterait de la possibilité de s'emparer de l'île de Kharg, un terminal pétrolier stratégique iranien situé dans le Golfe Persique, affirme le média Axios. Pour Christopher Dembik (Pictet AM), une possible intervention sur cette île deux fois plus petite que Manhattan sera d'ailleurs l'enjeu des prochains jours et semaines. "On y trouve des gazelles... et surtout des terminaux pétroliers qui exportent 90% du pétrole brut iranien", souligne l'expert.

Pour Christopher Dembik, la flambée actuelle du pétrole reste toutefois exagérée. "Les marchés financiers semblent réagir comme si l'ensemble de la production pétrolière du Moyen-Orient était soudainement coupé du commerce mondial, ce qui ne correspond pas à la réalité", estime-t-il, appelant à "ne pas paniquer".

La nervosité reste toutefois élevée sur les marchés, comme en témoigne la hausse du VIX, surnommé "l'indice de la peur", qui a franchi les 31 points ( 7,23%).

Par ailleurs, Washington envisagerait aussi d'envoyer des forces spéciales pour mettre la main sur les stocks d'uranium hautement enrichi dont disposerait Téhéran. Deux options seraient étudiées : retirer le matériau du territoire iranien ou faire intervenir des experts nucléaires pour le diluer sur place.
À ce sujet, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré que Donald Trump gardait "toutes les options ouvertes et n'exclut rien".

Sur le plan politique, les Gardiens de la Révolution ont nommé hier leur nouveau leader en la personne de Mojtaba Khamenei, fils de l'ayatollah Ali Khamenei, tué au début du conflit dans un bombardement israélien. Le nouveau Guide suprême est déjà considéré comme "une cible légitime" par Tsahal. Sa nomination crée de facto une dynastie familiale au sommet de la République islamique, alors même que la révolution de 1979 visait à dénoncer et renverser la dynastie du Shah. Cette évolution pourrait donc alimenter davantage le mécontentement d'une partie de la population iranienne.

Les valeurs en mouvement

À Paris, Thales est la seule valeur du CAC 40 dans le vert ( 1,4%), profitant du regain de tensions géopolitiques. Les 39 autres valeurs de l'indice reculent, avec notamment -3,9% pour URW et -3,4% pour Schneider Electric et Michelin.

Les valeurs énergétiques profitent en revanche de la flambée du brut. Aker progresse de 1%. Goldman Sachs reste à la vente mais relève légèrement son objectif de cours à 220 NOK contre 210 NOK auparavant.

Equinor gagne près de 3%, soutenu par une analyse de Goldman Sachs qui relève son objectif de cours de 210 à 240 NOK, tout en maintenant sa recommandation de vente. L'ajustement reflète la hausse du Brent et des perspectives jugées solides malgré les réserves de la banque américaine.

Shell progresse également de 2%. Le groupe pétrolier et gazier a conclu plusieurs accords avec le Venezuela afin d'explorer de nouvelles opportunités énergétiques dans un contexte de tensions sur l'approvisionnement mondial.

À l'inverse, le secteur aérien souffre de la remontée du pétrole. Wizz Air chute de 6%, Lufthansa de 4,5%, Air France de 3,4%, tandis que easyJet recule d'environ 3% et Airbus de 2,3%.

En Suisse, Roche perd plus de 5% à Zurich après l'échec d'un essai clinique portant sur le giredestrant, un traitement oral contre le cancer du sein.

Un agenda léger

L'agenda économique est relativement léger aujourd'hui. Les investisseurs attendront notamment demain les balances commerciales chinoise, allemande et française, ainsi que les ventes de logements aux États-Unis.

Sur le marché des changes, l'euro progresse de 0,3% face au dollar à 1,155 USD, tandis que l'or gagne 0,6% à 5 110 USD l'once.