Les banques françaises reculent dans un contexte de nervosité autour des finances publiques
information fournie par Reuters 27/08/2026 à 13:09

Le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, participe à une réunion avec des responsables de Technowest à Mérignac.

Les banques françaises enregistrent ce jeudi de fortes baisses ‌à la Bourse de Paris, pesant sur le CAC 40, dans un contexte marqué par l'imminence d'une procédure budgétaire qui s'annonce ​particulièrement mouvementée.

Vers 09h32 GMT, BNP Paribas perd 4%, Société générale 3,6% et Crédit agricole 3,3%, figurant parmi les valeurs les moins performantes de l'indice de référence parisien.

La baisse des actions bancaires françaises pèse également sur le compartiment sectoriel du Stoxx 600, qui recule de ​plus de 1%. Et le CAC 40 perd 1,06% à 8 372,42 points, soit bien plus que ses homologues européens au même moment.

Le secteur bancaire est l'un de ​ceux qui sont traditionnellement les plus touchés par toute inquiétude concernant ⁠l'économie dans son ensemble.

La deuxième économie de la zone euro se prépare à une bataille budgétaire rude cet automne, ‌l'élection présidentielle du printemps prochain et le niveau élevé de la dette publique élevée devant très certainement donner le ton des débats.

La France affiche l'un des déficits les plus élevés de la zone euro, ​mais les favoris de la course à la ‌présidentielle, l'extrême droite du Rassemblement national (RN) et la gauche de La France insoumise (LFI), proposent des ⁠programmes coûteux, tandis que les gouvernements successifs font depuis longtemps marche arrière sur les réformes face aux manifestations et aux pressions politiques.

De plus, les coûts de la dette publique française, à l'instar de ceux des grandes économies mondiales, ont récemment atteint des niveaux ⁠qui n'avaient plus été observés ‌depuis la crise financière de la fin des années 2000, ce qui témoigne clairement d'une plus grande ⁠prudence de la part des investisseurs.

Le rendement de l'OAT à dix ans gagne près de 3 points de base à 4,1068% ‌jeudi, tandis que celui du titre à 30 ans reste proche de la barre hautement symbolique des 5%, ⁠un niveau qu'il n'a plus atteint depuis 2008.

C'est dans ce contexte que le Premier ministre ⁠Sébastien Lecornu devra tenter de mener ‌à bien la session budgétaire de 2027 au sein d'une Assemblée nationale très fragmentée et dépourvue de majorité.

Certains investisseurs ont déclaré ​à Reuters qu'ils se préparaient à de mois de turbulences susceptibles ‌de déstabiliser des marchés déjà nerveux face à la situation financière du pays.

La prime exigée par les investisseurs pour détenir des obligations françaises à 10 ans ​plutôt que des obligations allemandes notées AAA s'est creusée pendant trois mois consécutifs, atteignant son plus haut niveau depuis fin 2024, à environ 88 points de base.

Il évolue à 85 points de base jeudi.

"Je ne serais pas surpris de voir ces 'spreads' atteindre ⁠100 points de base, et même à partir de ce niveau, ils pourraient encore s'amplifier", a déclaré Kevin Thozet, de la société française de gestion Carmignac.

Un autre risque immédiat : les agences de notation devraient également actualiser leurs prévisions dans les prochaines semaines, à commencer ce vendredi par Fitch, qui, il y a un an, avait abaissé la note de crédit de la France à A+, son plus bas niveau historique.

(Rédigé par Diana Mandia, avec Leigh Thomas à Paris, Stefano Rebaudo à Milan, Dhara Ranasinghe et Yoruk Bahceli ​à Londres, édité par Benoit Van Overstraeten)