* Indivior accusé d'avoir poussé les ventes du Suboxone aux
USA
* Le DoJ vise une amende de $3 mds
* Le titre abandonne près de 79% à Londres
(Actualisé avec réaction de Reckitt Benckiser au §13 et cours
de Bourse)
10 avril (Reuters) - Le groupe pharmaceutique britannique
Indivior INDV.L perdait plus de 70% mercredi en fin de matinée
à la Bourse de Londres, après que le département américain de la
Justice l'a accusé d'avoir illégalement poussé les ventes du
Suboxone Film, son principal médicament destiné à traiter la
dépendance aux opiacés.
Selon l'acte d'accusation déposé mardi devant un tribunal
fédéral d'Abingdon, en Virginie, Indivior aurait engrangé des
milliards de dollars en faisant croire aux médecins et aux
programmes de santé que le Suboxone Film était plus efficace et
moins dangereux que des médicaments similaires.
L'action, déjà pénalisée par la prévision d'un
ralentissement des ventes de Suboxone en raison de l'arrivée
cette année sur le marché d'une version générique, abandonnait
près de 79% à 27,19 pence à Londres vers 12h20 GMT, son cours le
plus bas depuis l'entrée en Bourse du groupe en 2014.
Dans son sillage, l'action Reckitt Benckiser, duquel
Indivior a été scindé il y a cinq ans, cédait plus de 5% à 60,79
livres, troisième plus forte baisse de l'indice des valeurs
européennes Stoxx 600 .STOXX (+0,17%).
Indivior s'est fortement développé aux Etats-Unis où les
autorités intensifient leurs efforts pour lutter contre une
épidémie de dépendance aux opioïdes, déclarée par le président
Donald Trump comme une urgence de santé publique, qui a fait des
dizaines de milliers de morts par an aux Etats-Unis.
Les ventes dans le pays représentent 80% du chiffre
d'affaires total de groupe.
Le gouvernement américain accuse Indivior et sa filiale
Indivior Inc de complot, de fraude dans les soins de santé, de
fraude postale et par voie électronique, et indique qu'il
cherchera à ce qu'il écope d'une amende d'au moins trois
milliards de dollars (2,7 milliards d'euros) .
Les analystes estiment que le groupe aura du mal à payer un
tel montant. Il a réalisé un chiffre d'affaires d'un milliard de
dollars en 2018 et disposait d'une trésorerie nette de 681
millions de dollars à la fin de l'année dernière.
"Les sanctions éventuelles sont sévères mais un règlement
est également encore possible", écrivent des analystes de
Jefferies dans une note.
"Nous pensons que cela exigerait une importante augmentation
de capital, voire cela pourrait conduire à la faillite de
l'entreprise."
Avant la mise en accusation de mardi, le score de crédit
combiné d'Indivior - qui mesure le risque de défaillance d'une
entreprise au cours de l'année suivante sur une échelle de 100
(très improbable) à 1 (très probable) - était "5", selon les
données de Refinitiv Eikon.
L'acte d'accusation ne fait pas mention de Reckitt Benckiser
mais précise que ces pratiques illégales ont commencé avant la
scission.
Reckitt Benckiser a minimisé l'impact que ces accusations
pourraient avoir sur son activité de produits pour nourrissons
aux Etats-Unis, estimant que le risque était théorique et
improbable.
"EXTRÊME DÉCEPTION"
Dans un communiqué, Indivior se dit "extrêmement déçu" par
la décision du département de la Justice et ajoute qu'il la
contestera "vigoureusement".
Le Suboxone Film est un opioïde approuvé par la Food and
Drug Administration américaine, destiné à aider les malades à
mettre fin à leur dépendance aux opioïdes. Selon l'acte
d'accusation, le système mis en place par Indivior a conduit des
milliers de patients dépendants aux opioïdes à utiliser ce
médicament.
Au cours de ces deux dernières années, Indivior a bataillé
aux Etats-Unis contre Dr.Reddy's REDY.NS , Teva TEVA.TA et
Mylan MYL.O pour les empêcher de lancer des versions
génériques de son traitement phare.
Après une série de jugements défavorables, le fabricant de
médicaments a prévenu plus tôt cette année qu'il devrait
rapidement perdre des parts de marché.
Indivior place désormais ses espoirs dans l'injection
durable de Sublocade, un traitement de la dépendance aux
opioïdes, qui pourrait devenir un nouveau médicament phare, lui
permettant de réduire sa dépendance au Suboxone.
(Justin George Varghese à Bangalore
Catherine Mallebay-Vacqueur pour le service français, édité par
Benoit Van Overstraeten)