par Gilles Guillaume
PARIS, 24 janvier (Reuters) - Renault RENA.PA a finalement
emboîté le pas à Nissan 7201.T et Mitsubishi 7211.T et
tourné la page Carlos Ghosn un peu plus de deux mois après
l'arrestation de son PDG au Japon.
Le conseil d'administration du groupe au losange a confié
jeudi les commandes à un nouveau tandem Jean-Dominique
Senard-Thierry Bolloré qui devra sans tarder se battre sur des
fronts multiples pour relancer une entreprise ébranlée par la
disgrâce brutale de celui qui l'a incarnée pendant une quinzaine
d'années.
1 LA GOUVERNANCE
Après le scandale Ghosn, la nouvelle direction devra donner
des gages sur la gouvernance, comme l'a décidé aussi Nissan, et
accompagner l'examen de conscience du conseil d'administration,
qui n'a rien vu venir.
Elle devra également remédier à l'opacité qui entoure le
fonctionnement de la holding RNBV.
2 LE DIALOGUE AVEC NISSAN
Depuis l'arrestation de Carlos Ghosn, le camp japonais est
très remonté contre l'ancien sauveur de Nissan. Pour le bon
fonctionnement de l'alliance Renault-Nissan, les deux
partenaires doivent renouer les fils du dialogue, et Renault ne
pas se cantonner à une posture juridique.
Il faudra aussi trouver un terrain d'entente sur la
direction de l'alliance, une des multiples casquettes qu'avait
jusqu'à présent Carlos Ghosn.
3 LE RENFORCEMENT DE L'ALLIANCE
Avant son arrestation, Carlos Ghosn avait pour dernière
mission de renforcer l'alliance afin qu'elle survive à la
génération de ses fondateurs. Le chantier, qui bute chaque fois
sur la question de l'équilibre des influences françaises et
japonaises dans le partenariat, reste à ce jour inachevé.
4 L'ENQUÊTE INTERNE
La mission interne de Renault n'a découvert à ce jour aucune
fraude ou absence de conformité des éléments de rémunération des
dirigeants de Renault sur les exercices 2017 et 2018. L'enquête
continue sur les exercices antérieurs et la nouvelle direction
doit se préparer à gérer la découverte d'éventuelles failles.
5 LE PLAN STRATÉGIQUE
L'industrie automobile est une course à départ lancé, et le
tandem devra s'approprier en route les objectifs ambitieux du
nouveau plan stratégique de Renault, déjà enclenché l'an
dernier. L'année 2019 sera notamment marquée par plusieurs
lancements de véhicules, dont le renouvellement de la Clio, la
voiture du groupe Renault la plus vendue dans le monde.
6 LE WLTP
Renault compte parmi les constructeurs qui ont peiné à faire
homologuer l'ensemble de leur gamme dès le 1er septembre
dernier, date d'entrée en vigueur de nouvelles normes
d'homologation plus strictes. Le groupe français n'a ainsi fêté
en interne que fin novembre 2018 la bascule de ses modèles vers
les nouvelles normes. Les retards n'ont pas empêché toutefois
ses ventes mondiales de progresser de 3,2% sur l'année 2018 et
d'atteindre un nouveau record.
7 LE DIESELGATE
Le calibrage a minima des moteurs diesel de Renault explique
que plusieurs véhicules du groupe ont été particulièrement
montrés du doigt pour leurs émissions d'oxyde d'azote, qui ont
très largement dépassé les valeurs d'homologation lors des tests
sur route menés après le "dieselgate" de Volkswagen.
Ces choix technologiques ont depuis été remis en question,
avec l'adoption accélérée de la SCR (réduction catalytique
sélective) pour laquelle le groupe PSA avait par exemple opté
dès le début. Mais la nouvelle direction devra gérer les
conclusions de la justice française lorsque celle-ci aura bouclé
son enquête.
8 L'ÉLECTRIFICATION
Pionnier de l'électrique, Renault prévoit de doubler sa
gamme ZE d'ici 2022 pour la porter à huit véhicules. Mais ses
premiers hybrides, principale alternative au diesel pour une
utilisation extra-urbaine, n'arriveront qu'en 2020, un
calendrier relativement serré alors que les normes d'émissions
de CO2 vont considérablement se durcir dès 2021.
9 LES VENTS CONTRAIRES
Le plus international des constructeurs automobiles français
(50,6% des ventes hors d'Europe en 2018) souffre actuellement
de la volatilité observée sur plusieurs de ses grands marchés
mondiaux. S'il peut espérer réussir son pari russe, avec la
reprise tant attendue de son deuxième marché mondial, l'Inde et
la Turquie lui donnent quelques soucis. Or, Carlos Ghosn a placé
la barre très haut en faisant de l'alliance à trois le premier
ensemble automobile mondial par les ventes, pour la première
fois en 2017.
10 LE SPECTRE DE GHOSN
Carlos Ghosn a tellement incarné Renault et l'alliance avec
Nissan que la nouvelle direction devra s'émanciper de cette
statue du commandeur, gérer les relations avec les derniers
fidèles du PDG déchu et ... ses éventuelles velléités de retour
au terme de la séquence judiciaire actuelle.
11 LES LIENS AVEC L'ETAT
Héritage inconscient de l'époque où Renault était la
"Régie", les représentants de l'Etat français ont toujours
entretenu une relation particulière avec le groupe au losange,
alors que PSA, même si l'Etat en est également actionnaire, est
davantage considéré comme une entreprise par définition privée.
La crise de la délocalisation de la Clio 4, ou celle des
droits de vote double, ont rappelé que les rapports peuvent être
houleux. Les choses changeront peut-être si la présence de
l'Etat au capital est remise en question pour favoriser un
approfondissement de l'alliance avec le partenaire japonais.
12 REMOBILISER
La chute brutale de l'homme fort de Renault a ébranlé les
salariés du groupe. La nouvelle direction devra leur redonner
une vision et remobiliser un encadrement qui s'est déjà étonné
de la récente vague de départs de dirigeants, notamment en
direction de PSA.
(Edité par Dominique Rodriguez)