Le taux français à 10 ans dépasse 4% pour la première fois depuis 2009
information fournie par Zonebourse 17/08/2026 à 21:21

Le taux de l'emprunt français à 10 ans dépasse 4%, un niveau qui n'avait plus été observé depuis juin 2009.

Cette hausse tient en partie à l'accroissement du risque propre à la France. L'écart entre le rendement de l'OAT française et celui du Bund allemand, qui permet de mesurer cette prime, évolue autour de 80 à 90 points de base, près de ses plus hauts niveaux des dix dernières années, contre une moyenne historique proche de 50 points de base.

Cette prime demeure élevée depuis le regain d'incertitude politique provoqué par la dissolution de l'Assemblée nationale en 2024. Elle pourrait le rester jusqu'à l'élection présidentielle de 2027, voire augmenter si les investisseurs ne voient toujours pas émerger de trajectoire crédible de consolidation budgétaire. La Commission européenne prévoit un déficit public de la France de 5,1% du PIB en 2026, ce qui serait la cinquième année sur les six dernières où le déficit dépasse 5,0%. Toutefois, les quelque 30 points de base séparant la prime de risque actuelle de sa moyenne historique n'expliquent qu'une fraction de la hausse des taux français.

L'essentiel du mouvement est en effet mondial, puisque les rendements souverains progressent aussi bien en Europe qu'aux États-Unis et au Japon. En effet, le taux à 10 ans américain revient flirter avec ses plus hauts niveaux des dernières années à environ 4,80%, tandis que le taux à 10 ans japonais vient d'atteindre son plus haut niveau en 30 ans proche de 3,00%. Même en Allemagne, le taux à 10 ans progresse pour atteindre son plus haut niveau en 15 ans à 3,20%.

Cette hausse généralisée résulte de la combinaison de déficits publics élevés et d'une inflation persistante, dont les perspectives se dégradent à mesure que le blocage du détroit d'Ormuz entretient le renchérissement de l'énergie. Ces pressions sont particulièrement marquées aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Japon et en France.

Dans ce contexte, l'évolution des taux français pourrait dépendre autant, sinon davantage, des décisions prises à Washington que de celles de Paris. En l'absence de consolidation budgétaire américaine ou d'un accord susceptible d'apaiser le conflit avec Téhéran et de faire refluer les prix de l'énergie, la croissance nominale des États-Unis pourrait rester proche de 5% à 6%. Un tel environnement continuerait d'exercer une pression haussière sur les rendements américains et, par contagion, sur les marchés obligataires mondiaux.

Si l'ère des taux inférieurs à 2% semble révolue, même un recul durable de 100 à 200 points de base des rendements français supposerait probablement une amélioration de la trajectoire budgétaire nationale et, surtout, un apaisement des pressions inflationnistes ainsi qu'un infléchissement de la politique budgétaire américaine.