Le risque français information fournie par Le Cercle des analystes indépendants 09/10/2026 à 10:07
Les indices américains ont de nouveau progressé cette semaine et stationnent sur leurs plus hauts historiques. Le retour en force de la thématique IA est très impressionnant. C'est donc toujours la fête à Wall Street, en dépit de la dégradation sur le front des taux d'intérêt. Le 10 ans américain a dépassé les 5,3%, avant de retomber un peu.
Le 10 ans français vaut 4,9% de son côté : une catastrophe pour les finances publiques nationales, si les taux restent à ce niveau (voir plus loin). Le pétrole est toujours autour de 100 $ le baril, et l'échec militaire américain est tel dans le golfe arabo persique que notre Président a annoncé l'intervention de l'armée française en Arabie Saoudite pour sécuriser un site pétrolier sensible.
Enfin, le Président Trump pousse la stupidité jusqu'à envisager l'interdiction des exportations américaines de gasoil, ce qui constituerait un choc pétrolier considérable pour l'Europe. En dépit de ce contexte toujours délétère, les derniers indicateurs avancés de type PMI ont été publiés en reprise significative des deux cotés de l'Atlantique.
Cela est surprenant alors que nous subissons une forte hausse des prix pétroliers qui ponctionne le pouvoir d'achat des ménages. Soit ce chiffre est éphémère, et sera suivi par un chiffre opposé pour le mois d'octobre. Soit l'euphorie de Wall Street et les investissements des entreprises en IA dopent encore la croissance aux USA, alors qu'en Europe ce sont les investissements publics allemands qui pourraient expliquer un regain de croissance. Rappelons néanmoins que les PMI résultent d'un sondage auprès des directeurs d'achats des entreprises, et qu'ils ne sont pas des données «dures» : elles reflètent un sentiment, pas la réalité des données de croissance économique.
Le sujet le plus important reste la montée en puissance du risque français. Il a porté le spread de taux avec l'Allemagne à 150 pb la semaine dernière, un record depuis la crise de l'Euro au début des années 2010. Il explique la contreperformance des actions françaises, grandes (CAC 40 : -0,8% depuis le début de l'année, vs +8% pour l'Eurostoxx 50) comme petites (CAC Mid & Small -3,6% depuis le début de l'année, vs + 10% pour l'Euro Stoxx Small). Manifestement, les marchés financiers se détournent des actions françaises et de la dette nationale. D'aucuns évoquent l'imminence d'une crise financière majeure. Qu'en est-il vraiment ?
En ce qui concerne les bénéfices des entreprises, le CAC 40 n'a pas démérité.
L'indice prospectif de bénéfice a augmenté de 18,1% depuis un an, vs +12% pour l'Euro Stoxx (et +37% pour le S&P 500). Après il est vrai une baisse de 11,9% en 2025, la croissance des bénéfices de l'indice national en 2026 atteint +36,9%, et +10,1% pour l'année prochaine. Pour mémoire, la hausse des bénéfices 2026 et 2027 est respectivement de +33,5% et +15% pour le S&P 500 et +52% et +26% pour le Nasdaq !
Le rappel de ces données nous confirme que le niveau de croissance anticipé des bénéfices est actuellement très élevé, et surtout qu'il a été révisé en forte hausse au cours des derniers mois. En tous cas, les entreprises françaises ont globalement réalisé des performances fondamentales en ligne avec leurs consœurs européennes, voire supérieures.
En ce qui concerne les taux d'intérêt, le dérapage actuel est particulièrement inquiétant. Le seuil des 4,5% a été largement dépassé, et à 4,9% le taux des OAT à 10 ans est au plus haut depuis l'été 2002. La dette française coute aujourd'hui plus cher que la dette italienne et même que la dette grecque...
Manifestement le marché est très inquiet des finances publiques de la France. L'immense difficulté à réformer la France est une évidence qui n'est pas nouvelle. Mais indépendamment de l'urgente nécessité à redresser les comptes de la France, il faut savoir que même sans mesures forcément impopulaires, le déficit public et la dette associée vont mécaniquement fortement augmenter en vertu de deux phénomènes.
Le premier est le vieillissement accéléré de la population française, qui induit des dépenses plus élevées de santé et de paiement des retraites. Les problématiques de long terme non traitées se transforment en urgences...
Le second est l'impact de la hausse des taux sur les comptes publics. Le paiement annuel des intérêts représente environ 70 Mds€ cette année, pour une dette totale de 3.500 Mds€, soit un taux apparent de 2%. La dette française a une durée de 8,5 années, ce qui signifie qu'elle est renouvelée complétement en 8 ans et demi. Autrement dit, toutes choses égales par ailleurs, la charge d'intérêt va doubler dans les 8 ans...Sans compter l'accroissement supplémentaire de la dette en raison du maintien du déficit.
Pour résumer, la dette de la France est maintenant totalement hors de contrôle ce qui va désormais peser sur la croissance : c'est ce que le marché sanctionne par un spread vs bund au plus haut. C'est ce que notre algorithme su signal stratégique a parfaitement anticipé en restant à la vente sur le CAC 40 depuis juillet 2024...
CAC 40 : cours et signal stratégique depuis 5 ans