Le patron du New York Times charge les entreprises d'IA au congrès mondial des médias
information fournie par AFP 01/06/2026 à 20:34

Le patron du New York Times, Arthur Gregg Sulzberger, lors de son discours au congrès mondial des médias à Marseille, le 1er juin 2026 ( AFP / MIGUEL MEDINA )

Le patron du New York Times a lancé un réquisitoire virulent contre les entreprises d'intelligence artificielle, accusées de "vol effronté de propriété intellectuelle" et de menace pour le journalisme, lundi à Marseille lors d'un congrès mondial des médias, inquiets pour leur modèle économique.

"Les géants de la tech pillent les sites d'information sans autorisation ni compensation. Ils se réapproprient ces contenus volés comme s'ils en étaient les auteurs, détournant ainsi l'audience et les revenus" des sites d'information, a lancé, lors d'un discours très applaudi, le président et directeur de publication du prestigieux journal new-yorkais, Arthur Gregg Sulzberger.

Devant des patrons de journaux et sites d'information du monde entier, le dirigeant à la parole plutôt rare en a fait un enjeu de démocratie.

"Le résultat, c'est qu'on va vers un avenir où il y aura de moins en moins de journalistes pour accomplir le travail coûteux et difficile que représente le reportage d'investigation", a mis en garde Arthur Gregg Sulzberger, dont la famille est propriétaire du journal depuis plusieurs générations.

Alors que le New York Times règne sur la presse américaine avec plus de 13 millions d'abonnés à ses produits papiers et numériques, grâce notamment à une forte diversification (podcasts, recettes de cuisine), les États-Unis ont perdu jusqu'à 3.000 journaux depuis deux décennies, a rappelé son patron.

Ladina Heimgartner, présidente de WAN-IFRA et directrice générale du groupe suisse Ringier Médias, au congrès mondial des médias à Marseille, le 1er juin 2026 ( AFP / MIGUEL MEDINA )

Son discours offensif a fait écho aux inquiétudes des éditeurs de presse, réunis à l'occasion du 77e congrès de leur association mondiale, WAN-IFRA, au palais du Pharo à Marseille.

Déjà concurrencés par les réseaux sociaux, les médias voient leur modèle économique fragile mis sous pression par les agents conversationnels comme ChatGPT (OpenAI). Ces derniers répondent directement aux demandes des utilisateurs, grâce aux modèles d'IA qui se nourrissent sur internet, notamment des contenus de presse, réduisant par conséquent le trafic vers les sites d'information.

- "New deal" -

Après l'arrivée d'internet et des réseaux sociaux, "nous sommes de nouveau à un moment crucial dans l'histoire des médias", a déclaré à l'AFP Ladina Heimgartner, présidente de WAN-IFRA et directrice générale du groupe suisse Ringier Médias.

"On a une perte de valeur qui est inacceptable", mais on ne pourra "avancer qu'en dialoguant avec les entreprises de la tech", a-t-elle estimé.

Le géant Google, l'un des premiers à avoir passé des accords pour rémunérer les éditeurs de presse pour leurs contenus, est un partenaire du congrès, co-organisé par CMA Media, la branche médias de l'armateur français CMA-CGM. Des responsables d'OpenAI ont également été conviés.

Véronique Albertini-Saadé, présidente de CMA Media, la branche médias de l'armateur français CMA-CGM, au congrès mondial des médias à Marseille, le 1er juin 2026 ( AFP / MIGUEL MEDINA )

Pour Jean-Christophe Tortora, directeur général de CMA Media, il faut un "new deal entre les éditeurs, les plateformes de la tech et la puissance publique" face à une menace pour la "pérennité" de la presse.

"Ceux qui pensent qu'on peut s'en sortir en faisant des deals chacun de notre côté avec une ou deux plateformes, c'est un pari de court terme", a-t-il mis en garde, alors que des médias et des acteurs de l'IA ont déjà conclu des accords de rémunération.

Selon Arthur Gregg Sulzberger, la "profession s'est montrée trop discrète, trop passive et trop fragmentée face aux abus".

Les batailles judiciaires sont longues et coûteuses. Le New York Times a poursuivi OpenAI, puis Perplexity, devant les tribunaux américains, pour violations des droits d'auteur, un combat qui dure depuis deux ans et demi et a déjà coûté "plus de 20 millions de dollars" en frais d'avocat au journal américain à la santé florissante.

"Les entreprises d'IA le savent, la plupart des médias n'ont pas les moyens d'aller en justice pour faire respecter leurs droits", a-t-il ajouté.

En France, l'Apig, organisme collectif regroupant près de 300 quotidiens français, a annoncé lundi poursuivre en justice la société californienne Brave, qui exploite un navigateur internet et un moteur de recherche, en lui reprochant de piller les contenus de ses membres au moyen de l'intelligence artificielle (IA).

En fin de journée, le Congrès WAN-IFRA, qui termine mercredi, a honoré l'ensemble des photographes et journalistes vidéo qui travaillent à Gaza, souvent au péril de leur vie, pour documenter la guerre depuis 2023.