Le nouvel accord entre Kone et TK Elevator intervient dans un climat changeant pour les champions européens
information fournie par Reuters 04/05/2026 à 12:59

par Anne Kauranen, Elviira Luoma et Christoph Steitz

Si les règles de concurrence de l'Union européenne (UE) ont déjà contribué à faire échouer une tentative de fusion entre fabricant d'ascenseurs, le nouveau projet de fusion de Kone

KNEBV.HE avec TK Elevator montre que le groupe finlandais mise sur un changement d'approche de Bruxelles en matière de création de champions régionaux.

Des sources proches du dossier indiquent qu'une refonte prévue des règles de l'UE en matière de fusions – qui donnerait aux entreprises davantage de latitude pour conclure des alliances continentales afin de rivaliser avec leurs concurrents américains et asiatiques – pourrait favoriser les projets de Kone.

L'offre de la semaine dernière marque la deuxième tentative de Kone KNEBV.HE en six ans pour racheter l'allemand TKE, après avoir abandonné son offre conjointe non contraignante de 17 milliards d'euros avec CVC Capital Partners CVC.AS , en partie en raison de préoccupations en matière de concurrence.

TK Elevator, ancienne division de ThyssenKrupp a finalement été rachetée par les sociétés de capital-investissement Advent et Cinven.

CRÉER UN "ACTEUR MONDIAL DE PREMIER PLAN"

Réagissant à l'annonce de l'accord entre Kone et TKE, le Premier ministre finlandais Petteri Orpo a déclaré que l'Europe avait besoin de davantage d'entreprises "de premier plan au niveau mondial".

Si l'opération venait à aboutir, la société issue de la fusion deviendrait le premier fabricant mondial d'ascenseurs et d'escaliers mécaniques en termes de valeur boursière.

Panu Laitinmaki, analyste chez Danske Bank, a déclaré qu’il pensait que l’opération obtiendrait les autorisations réglementaires nécessaires, mais a dit s'attendre à ce que Kone doive céder certaines de ses activités européennes pour satisfaire les autorités de régulation.

"La position de l'UE sur les grandes fusions européennes semble évoluer, et je pense que les chances de voir cette opération aboutir sont meilleures aujourd'hui qu'il y a quelques années", a-t-il déclaré.

Interrogé à ce sujet, un porte-parole de la Commission européenne a répondu que l'opération proposée n'avait pas encore fait l'objet d'une notification officielle, et qu'il appartenait aux entreprises de le faire pour les fusions ayant une dimension européenne.

Selon les propositions de l'UE, les entreprises pourront défendre leurs opérations en mettant en avant les avantages en matière de durabilité, de résilience, d'investissement et d'innovation, afin de contrebalancer l'accent traditionnellement mis par les régulateurs sur les préjudices pour les consommateurs et la concurrence.

Toutefois, ces préoccupations devraient tout de même entraîner un long examen concurrence de l’UE concernant l’opération, qui réduirait le paysage concurrentiel européen de quatre à trois acteurs.

Le concurrent suisse Schindler SCHP.S a déjà déclaré vouloir contester la fusion.

Les nouvelles mesures européenne pourraient par ailleurs ne pas entrer en vigueur assez rapidement pour s’appliquer à cette opération.

Une fusion entre Kone et TKE, qui, selon une source proche du dossier, est envisagée depuis des décennies, donnerait naissance à une entreprise affichant un chiffre d'affaires annuel d'environ 20 milliards d'euros, employant plus de 100.000 personnes dans le monde et dont la valeur boursière frôlerait les 49 milliards d'euros, selon les calculs de Reuters.

Cela la placerait bien devant Schindler, dont la valeur s'élève à 36 milliards de dollars (30,8 milliards d'euros), et la société américaine Otis OTIS.N , évaluée à près de 30 milliards de dollars à la clôture du marché jeudi.

L'opération renforcerait également la présence de Kone sur le continent américain, où TKE est plus implantée, et permettrait de réaliser environ 700 millions d'euros d'économies annuelles.

DES AUTORISATIONS RÉGLEMENTAIRES DANS D'AUTRES PAYS

Lors de la présentation de l'accord mercredi, le directeur général de Kone, Philippe Delorme, s'est dit confiant quant à l'obtention de toutes les autorisations réglementaires en collaborant avec les autorités de régulation, mais a refusé de donner des détails sur la nécessité éventuelle de mesures correctives.

Les analystes de Kepler ont indiqué que la nature de l'activité rendait inévitables des examens marché par marché et segment par segment, et que des autorisations réglementaires aux États-Unis, en Grande-Bretagne et dans d'autres régions seraient également nécessaires.

"Les ascenseurs sont souvent achetés au niveau local ou national, et les autorités de régulation examineraient probablement séparément les nouvelles installations, la modernisation et la maintenance."

Les analystes de Kepler ont déclaré qu'une enquête dite de "phase 2" – une enquête à grande échelle qui traduit des préoccupations plus profondes de l'UE en matière de concurrence et qui nécessite généralement des mesures correctives – était très probable.

En analysant l'impact potentiel de l'opération sur la rentabilité, les analystes de Citi ont envisagé un scénario dans lequel l'entité issue de la fusion pourrait finir par vendre ses activités allemandes ainsi que d'autres actifs européens représentant 500 millions d'euros supplémentaires de chiffre d'affaires.

Mais les analystes ont indiqué que l'Europe n'était pas la seule région à susciter des inquiétudes.

"Tout examen éventuel pourrait également adopter une approche pays par pays, exigeant potentiellement des cessions d’une ampleur appropriée", a déclaré Kulwinder Rajpal d’AlphaValue.

Kone a indiqué prévoir que la transaction soit finalisée au plus tôt au deuxième trimestre 2027, sous réserve des autorisations.

Aapeli Pursimo, analyste chez Inderes, a qualifié d’optimiste ce calendrier.

(Rédigé par Anne Kauranen à Helsinki, Elviira Luoma et Bernadette Hogg à Gdansk, Christoph Steitz à Francfort, avec Andres Gonzalez; version française Etienne Breban, édité par Augustin Turpin)