Le marché de l'emploi retire progressivement à la Fed son dernier alibi
information fournie par Zonebourse 23/07/2026 à 21:51

Alors que le marché de l'emploi américain se retend, une réaccélération des salaires pourrait contraindre la Fed à remettre de nouvelles hausses de taux sur la table.

Le nombre de nouvelles inscriptions à l'assurance chômage est tombé à 187 000 la semaine dernière, son plus faible niveau depuis septembre 1969. Ce chiffre historique doit être interprété avec prudence, car les fermetures estivales des usines automobiles rendent traditionnellement les données de juillet plus volatiles, mais il devient difficile de l'écarter comme une simple anomalie statistique.

La moyenne sur quatre semaines, qui permet précisément d'atténuer ces variations, a reculé à 207 500, retrouvant son point bas de la fin avril. Si les inscriptions hebdomadaires se maintiennent sous le seuil des 200 000 au cours des prochaines semaines, cette moyenne pourrait se rapprocher de niveaux qui n'avaient plus été observés depuis 2022, lorsque le taux de chômage américain évoluait près de ses plus bas historiques.

Cette amélioration ne se limite d'ailleurs pas aux seules demandes initiales. Le nombre de bénéficiaires percevant une allocation depuis plus d'une semaine est revenu à 1,796 million, un plus bas de six semaines et environ 7% de moins qu'un an auparavant. Dans le même temps, le taux de chômage a diminué à 4,2% en juin, contre un sommet de 4,5% à l'automne 2025.

Jusqu'ici, la décélération des salaires constituait le principal argument permettant aux responsables monétaires de considérer la politique actuelle comme suffisamment restrictive. Les premiers signes de stabilisation commencent néanmoins à apparaître. L'indicateur de croissance médiane des salaires de la Fed d'Atlanta est remonté de 3,5% à 3,6 % en juin, interrompant sa tendance baissière, tandis que la progression des salaires des travailleurs ayant changé d'emploi, historiquement légèrement en avance, s'est accélérée de 3,7 % à 4,1%.

Les salaires réagissant généralement avec retard aux inflexions du marché du travail, il faudra désormais observer si le recul des inscriptions au chômage et la baisse du taux de chômage depuis la fin de l'année dernière finissent par entraîner une réaccélération plus nette des rémunérations au cours des prochains mois.

La Fed peut encore invoquer l'absence de réaccélération franche des salaires pour maintenir ses taux inchangés, malgré le raffermissement simultané de la consommation, de l'inflation sous-jacente et du marché de l'emploi depuis le début de l'année. Sa marge de patience se réduit toutefois rapidement. Si les rémunérations confirmaient à leur tour un rebond, le principal argument en faveur du statu quo disparaîtrait et contraindrait le Comité, comme les marchés, à réévaluer sérieusement la perspective de nouvelles hausses de taux.