Le Japon revoit sa réglementation sur les exportations de défense, s'ouvre au marché mondial
information fournie par Reuters 21/04/2026 à 07:34

Exercice militaire conjoint du Nouvel An sur le terrain d'exercice de Narashino, à Funabashi

par Tim Kelly

Le Japon a dévoilé mardi une refonte sans précédent ‌en plusieurs décennies de sa réglementation en matière d'exportations de défense, levant des restrictions sur les ventes d'armes à l'étranger et ouvrant la voie ​aux livraisons de bâtiments de guerre, de missiles et d'autres armes.

Cette démarche, destinée à renforcer la base industrielle de défense japonaise, marque une nouvelle étape dans le virage opéré par Tokyo pour se défaire des contraintes pacifistes qui ont défini sa politique sécuritaire après la Deuxième Guerre mondiale.

Elle s'inscrit ​dans un contexte propice aux opportunités, avec d'une part une production américaine d'armes tournée vers les guerres en Ukraine et au Moyen-orient, et, d'autre part, des alliés européens et asiatiques des ​Etats-Unis désireux de diversifier leurs fournisseurs sur fond d'incertitudes concernant les engagements sécuritaires ⁠de Washington.

"Plus aucun pays ne peut désormais protéger seul sa paix et sa sécurité", a déclaré la Première ministre japonaise Sanae ‌Takaichi sur le réseau social X. "Des pays partenaires qui se soutiennent mutuellement en termes d'équipements de défense sont nécessaires".

Des représentants japonais et des diplomates ont déclaré par le passé à Reuters qu'un éventail de pays, allant de la Pologne ​aux Philippines, envisageaient la possibilité de se procurer des ‌équipements militaires dans le cadre de la modernisation de leurs armées.

Selon deux de ces sources, l'un ⁠des premiers accords conclus par Tokyo pourrait être la livraison à Manille de bâtiments de guerre d'occasion.

Le secrétaire philippin à la Défense, Gilberto Teodoro, a salué la levée des restrictions sur les exportations de défense du Japon, déclarant dans un communiqué que cela donnerait à Manille l'accès à des ⁠biens de défense "de la plus haute ‌qualité" qui permettront de "contribuer à la stabilité régionale via la dissuasion".

BUDGET DE DÉFENSE EN HAUSSE

Tokyo a supprimé les restrictions ⁠sur cinq catégories d'équipements de défense, alors que la plupart de ses exportations militaires étaient jusque-là limitées à des équipements de secours, transport, prévention ‌et surveillance.

Désormais, gouvernement et représentants japonais vont évaluer les propositions de vente au cas par cas.

Certaines restrictions vont rester en ⁠place, comme les contrôles sur de potentiels transferts d'équipements vers des pays tiers et une interdiction de ⁠vente aux pays impliqués dans des ‌conflits.

Le gouvernement japonais a toutefois indiqué, dans un document détaillant les changements, que des exceptions pourront être accordées lorsque cela sera jugé nécessaire pour ​des raisons de sécurité nationale.

Avec cette refonte de sa réglementation, Tokyo espère dynamiser ‌sa base industrielle, en profitant de volumes de production accrus et de coûts par unité réduits, avec la perspective de capacités manufacturières prêtes à répondre à une potentielle crise ​militaire.

Des groupes comme Mitsubishi Heavy Industries sont capables de produire des systèmes de pointe, tels des sous-marins, avions de chasse et missiles, mais dépendent depuis des décennies des commandes limitées d'un client unique - les forces japonaises de défense.

Tokyo a lancé un renforcement sans précédent de ses capacités ⁠militaires, avec l'acquisition de missiles, chasseurs et drones, qu'il décrit comme nécessaire pour prévenir d'une quelconque menace de la Chine, notamment près d'îles situées en mer de Chine orientale, à proximité de Taïwan.

Le Japon développe également, avec la Grande-Bretagne et l'Italie, un projet d'avion de chasse nouvelle génération devant voir le jour au milieu des années 2030.

Il est attendu que le gouvernement de Sanae Takaichi annonce cette année un relèvement supplémentaire des dépenses de défense, qui ont régulièrement augmenté ces dernières années pour atteindre 2% du produit intérieur brut (PIB) du Japon.

(Tim Kelly, avec la contribution de ​Mikhail Flores à Manille; version française Jean Terzian)