(Répétition sans changement d'une dépêche transmise lundi soir)
par Adam Jourdan
SHANGHAI, 14 juin (Reuters) - Disneyland ouvrira ses portes
jeudi à Shanghai mais le pari chinois de Walt Disney DIS.N est
loin d'être gagné face à des bambins élevés aux Boonie Bears ou
autre Big Big Wolf, des personnages de séries animées locales,
et à la concurrence des autres parcs de loisirs dont le nombre
ne cesse de croître.
Ce site, le premier que le groupe de Burbank ouvre en Grande
Chine, représente un investissement de 5,5 milliards de dollars
(4,9 milliards d'euros).
"Lorsqu'on demande aux enfants de donner leur personnage de
dessin animé favori, très peu citent Mickey Mouse ou Donald
Duck", observe Song Lei, directeur d'Animation-Comic-Game Group,
l'organisateur du plus grand salon annuel de la bande dessinée,
du dessin animé et du jeu en Asie.
"Pour eux, ce sont plutôt ceux qu'ils voient à la
télévision, ceux qui les accompagnent tous les jours",
ajoute-t-il, évoquant le duo des Boonie Bears ou le cochon
espiègle, doté de super-pouvoirs, GG Bond.
En outre, les dessins animés importés sont interdits à la
télévision en fin d'après-midi, soit au moment où l'audience
infantile est la plus forte.
L'attitude de la Chine envers Disney est ambiguë, témoin de
la contradiction régnant entre un fort sentiment nationaliste et
le désir d'une classe moyenne en plein essor de goûter à la
société de consommation à l'occidentale.
C'est ainsi que le quotidien PLA, proche de l'armée, a mis
les Chinois en garde contre la "propagande invisible" du film
"Zootopie" des studios Disney, alors même que le directeur
général de Disney Bob Iger a été accueilli par le président Xi
Jinping lui-même en mai et que le groupe américain s'est vu
accorder une protection "spéciale" de sa propriété
intellectuelle.
Sans compter que Disney fait des étincelles au box office
chinois: "Zootopie", "Captain America: Civil War", "Le Livre de
la Jungle" et "Star Wars: le Réveil de la Force" figurent parmi
les 10 films les plus vus de 2016, avec une recette globale de
plus de 690 millions de dollars, selon Box Office Mojo. Les
personnages de ces films seront figurés à Disneyland Shanghai.
Quelque 2.500 parcs de loisirs sont prévus en Chine et parmi
eux le DreamCenter de DreamWorks Animation SKG DWA.O , le parc
de Six Flags Entertainment SIX.N , tous deux devant ouvrir en
2019, sans parler de ceux du japonais Hello Kitty.
Le chinois Haichang Ocean Park Holdings 2255.HK doit
inaugurer l'an prochain le plus grand parc aquatique du pays,
tandis que le groupe Dalian Wanda 3699.HK du promoteur
immobilier Wang Jianlin a l'ambition d'ouvrir 15 sites en Chine
d'ici 2020 et cinq à l'étranger.
Pour Wang Jianlin, Disney ne fera pas le poids face à sa
"meute" de parcs mais le groupe américain compte s'appuyer sur
son expérience dans ce domaine et sur son catalogue de films, de
programmes télévisés et de produits dérivés.
Soucieux d'éviter que son expérience de Hong Kong ne se
répète, Disney a façonné son nouveau site au goût local. Le parc
Disneyland de Hong Kong a perdu près de 500 millions de dollars
de 2008 à 2011, selon son associé public local. Il a été
bénéficiaire de 2012 à 2015 pour redevenir déficitaire l'an
passé.
A Disneyland Shanghai, exit la "Main Street", petite ville
américaine idéalisée, et place au zodiaque chinois réinterprété
par Disney dans un grand espace vert. Le groupe américain a par
ailleurs engagé un général en retraite de PLA pour mettre en
scène Tarzan tandis qu'une première en mandarin du spectacle "Le
Roi Lion" sera donnée lors de la cérémonie d'ouverture.
Il semble aussi que les caractéristiques physiques de
certains personnages tels Mickey et Minnie aient été adaptées
pour les rendre plus proches des personnages chinois les plus
populaires, selon Jim Hill, rédacteur d'un blog sur Disney, qui
les trouve "plus ronds, plus doux".
(Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Pierre
Sérisier)