Le détroit d'Ormuz, passage stratégique sous haute tension
information fournie par AFP 28/02/2026 à 12:28

Image en couleurs naturelles acquise avec MODIS sur le satellite Terra de la NASA prise le 5 février 2025 montrant le golfe d'Oman et la région de Makran (c) dans le sud de l'Iran et le sud-ouest du Pakistan, ainsi que le détroit d'Ormuz (g) et la côte nord d'Oman (en bas) ( NASA Earth Observatory / - )

Le détroit d'Ormuz, que des responsables iraniens ont souvent menacé de bloquer en cas d'attaque américaine, avant les frappes lancées samedi par les Etats-Unis et Israël, est un point de passage clé pour le commerce mondial de pétrole.

Voici quatre choses à savoir sur cette zone stratégique.

- Porte d'entrée du Golfe -

Le détroit d'Ormuz, qui relie le Golfe à l'océan indien, est situé entre l'Iran et le sultanat d'Oman. Il est particulièrement vulnérable en raison de sa faible largeur, 50 kilomètres environ, et de sa profondeur, qui n'excède pas 60 mètres.

Carte du détroit d'Ormuz montrant notamment la profondeur de l'eau dans la zone ( AFP / Nalini LEPETIT-CHELLA )

Il est parsemé d'îles désertiques ou peu habitées, mais d'une grande importance stratégique: les îles iraniennes d'Ormuz, de Qeshm et de Larak, face à la rive iranienne de Bandar Abbas.

La rive omanaise, la péninsule du Musandam, forme un index pointant vers l'Iran, séparé du reste du sultanat par des terres appartenant aux Emirats arabes unis.

Au large des Emirats, les trois "îles stratégiques" - la Grande Tomb, la Petite Tomb et Abou Moussa - constituent un poste d'observation sur toutes les côtes des pays du Golfe: Emirats, Qatar, Bahreïn, Arabie saoudite, Koweït, Irak, Iran et Oman.

Elles sont occupées par l'Iran depuis 1971, après le départ des forces britanniques de la région.

- Crucial pour le pétrole -

Le détroit d'Ormuz constitue de loin la principale voie de navigation connectant les riches pays pétroliers du Moyen-Orient au reste du monde.

Flux de pétrole traversant le détroit d'Ormuz par pays d'origine et de destination pour le premier trimestre 2025, d'après les données de l'US Energy Information Administration ( AFP / Jonathan WALTER )

En 2024, environ 20 millions de barils de brut y circulaient quotidiennement, l'équivalent de près de 20% de la consommation mondiale de pétrole liquide, selon l'Agence américaine de l'Energie (EIA).

Environ un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié y transitait aussi, principalement en provenance du Qatar.

Plus de 80% du pétrole et gaz y transitant était destiné aux marchés asiatiques, selon l'AIE.

Seuls l'Arabie saoudite et les Emirats disposent d'un réseau d'oléoducs - pouvant transporter un maximum de 2,6 millions de barils par jour - leur permettant de contourner le détroit d'Ormuz, souligne l'EIA.

- Tensions -

L'Iran, qui se considère comme le gardien du Golfe, dénonce régulièrement la présence de forces étrangères, notamment la Ve Flotte américaine stationnée à Bahreïn.

Photo, diffusée par le ministère américain de la Défense, du porte-avions de l'US Navy USS Dwight D. Eisenhower (CVN 69) (IKE) transitant par le détroit d'Ormuz, le 26 novembre 2023 ( US Department of Defense / Ruskin Naval )

Ce sont les Gardiens de la Révolution qui contrôlent les opérations navales dans le Golfe, et sont chargés d'assurer la sécurité du détroit.

Une des perturbations majeures du transport pétrolier remonte à 1984, en plein conflit Iran-Irak (1980-1988), durant la "guerre des pétroliers". Plus de 500 navires avaient été détruits ou endommagés.

Téhéran avait alors miné des zones de passage dans le détroit d'Ormuz. Le 14 avril 1988, la frégate USS Samuel B. Roberts avait heurté une mine et manqué de couler.

En juillet de la même année, un Airbus A-300 d'Iran Air, assurant la liaison entre Bandar-Abbas et Dubaï, avait été abattu par deux missiles d'une frégate américaine patrouillant dans le détroit, faisait 290 morts. L'équipage de l'USS Vincennes avait affirmé avoir pris l'avion de ligne pour un chasseur iranien animé d'intentions hostiles.

- Incidents -

Outre les menaces, le détroit d'Ormuz est régulièrement le théâtre d'escarmouches, comme des arraisonnements ou attaques de bateaux.

Photo fournie par le site officiel de l'armée iranienne, le 12 septembre 2020, de navires de la marine iranienne au dernier jour d'un exercice militaire dans le Golfe, près du détroit d'Ormuz, dans le sud de l'Iran ( Bureau de l'armée iranienne / - )

Les incidents se sont multipliés après le retrait en 2018 des Etats-Unis de l'accord international sur le nucléaire iranien.

En 2019, des attaques mystérieuses contre des navires dans la région du Golfe, un drone abattu et des pétroliers saisis, avaient fait craindre une escalade entre Téhéran et Washington.

Le 29 juillet 2021, une attaque en mer d'Oman contre un pétrolier géré par la société d'un milliardaire israélien avait fait deux morts, un Britannique et un Roumain. Israël, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Roumanie ont accusé Téhéran, qui a démenti toute implication.

En avril 2024, les Gardiens de la Révolution avaient arraisonné le porte-conteneurs MSC Aries battant pavillon portugais, accusant son armateur d'être "lié à Israël".

Début février, un pétrolier américain a été approché par des bateaux armés iraniens qui l'ont sommé de s'arrêter, mais le navire a poursuivi sa route escorté par l'armée américaine.

L'agence de presse iranienne Fars a dit que le bateau était entré "illégalement" dans le détroit d'Ormuz et "dans les eaux territoriales iraniennes". "Il a donc été averti et a immédiatement quitté les eaux iraniennes", a-t-elle affirmé.