Le chemin de plus en plus étroit vers la réouverture du détroit d'Ormuz
information fournie par Edmond de Rothschild AM 13/03/2026 à 16:45

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  • La nomination de Mojtaba Khamenei comme nouveau Guide suprême en Iran marque un durcissement supplémentaire au Moyen-Orient déjà sous très haute tension.
  • Donald Trump a affirmé lundi que l'opération américaine en Iran aurait déjà significativement progressé et pourrait s'achever prochainement.
  • La Chine, de son côté, continue d'afficher une vigueur extérieure remarquable.

La nomination de Mojtaba Khamenei comme nouveau Guide suprême en Iran marque un durcissement supplémentaire au Moyen-Orient déjà sous très haute tension. Des attaques de missiles visent directement des infrastructures pétrolières en Iran et chez certains de ses voisins. Dans ce contexte, le détroit d'Ormuz – véritable artère de l'approvisionnement énergétique mondial – fonctionne au ralenti, certains observateurs parlant même d'un quasi arrêt du trafic maritime. Or, près de 20 millions de barils de pétrole y transitent habituellement chaque jour, soit environ un cinquième d'une consommation mondiale estimée à 100 millions de barils par jour. Parallèlement, plusieurs producteurs clés de la région resserrent encore un peu plus l'étau. L'Irak a annoncé une réduction de sa production d'hydrocarbures, rapidement suivie par le Koweït et les Émirats arabes unis. Sans surprise, le Brent a réagi violemment, s'envolant jusqu'à 120 dollars le baril, avant de refluer autour de 100$, ravivant le spectre d'un nouveau choc pétrolier. L'Agence internationale de l'énergie a annoncé libérer 400 millions de barils de stocks de brut d'urgence pour réduire les tensions d'approvisionnement.

Washington n'a pas, à ce stade, déployé d'escorte systématique de navires dans le détroit d'Ormuz, mais cherche activement à empêcher toute tentative iranienne de minage de la zone. Donald Trump a affirmé lundi que l'opération américaine en Iran aurait déjà significativement progressé et pourrait s'achever prochainement. En toile de fond, les États Unis envisagent d'utiliser leurs réserves stratégiques de pétrole et, plus largement, de desserrer certaines sanctions sur les hydrocarbures russes, afin de dessiner un pare-feu énergétique temporaire. Le rapport d'inventaire de cette semaine de l'US Energy Information Administration a vu une nouvelle augmentation des stocks, atteignant 3,8 millions de barils. Sur le front intérieur américain, le choc pétrolier intervient à un moment macroéconomique délicat. Les ventes au détail de janvier se contractent légèrement (–0,2 % en valeur, –0,3 % en volume), pénalisées par des conditions météorologiques défavorables et une faiblesse persistante des ventes automobiles. Dans le même temps, la Réserve fédérale se retrouve davantage exposée au risque de stagflation, coincée entre une inflation susceptible de repartir à la hausse et des signes de ralentissement de l'emploi.

La Chine, de son côté, continue d'afficher une vigueur extérieure remarquable. Les données de commerce extérieur pour janvier–février font ressortir un excédent commercial de 213 milliards de dollars en février, avec des exportations en dollars en hausse de 40 % sur un an et des importations en progression de 14 %. Pékin a toutefois décidé de suspendre ses exportations de produits pétroliers raffinés, choix qui contribue à tendre davantage un marché déjà fragilisé par les événements au Moyen-Orient.

En Europe, la hausse des prix de l'énergie se traduit par un double risque : un biais haussier sur l'inflation et un biais baissier sur la croissance. Christine Lagarde insiste cependant sur la différence de contexte par rapport à 2022 et invite à la patience : la BCE temporise avant d'envisager un nouveau cycle de hausse de ses taux directeurs. Pourtant, les marchés anticipent désormais deux hausses de taux d'ici la fin de l'année. La Banque d'Angleterre, de son côté, pourrait interrompre le mouvement de baisse de ses taux, préférant garder des marges de manœuvre dans un environnement redevenu incertain.

Au Japon, les négociations salariales commencent à produire leurs effets : en janvier, dans les entreprises de plus de 30 salariés, les salaires ont progressé de plus de 3,2 % en glissement annuel, la plus forte hausse sur un an. Cette dynamique renforce la légitimité d'un nouvel ajustement restrictif de la politique monétaire de la Banque du Japon. Les marchés envisagent désormais, comme en zone euro, deux relèvements du taux directeur cette année, pour l'amener à 1,25 %, ce qui défendra la devise japonaise.

Dans cet environnement, les devises de refuge retrouvent un rôle central. Le dollar américain se renforce, porté par son statut de valeur refuge et par la perspective d'une Fed contrainte de rester plus longtemps restrictive. Le franc suisse s'apprécie également, bénéficiant de son profil traditionnel de havre de sécurité.

Au total, la combinaison d'un détroit d'Ormuz presque paralysé, d'une offre pétrolière contrainte, d'une géopolitique inflammable et de banques centrales redevenues hésitantes, dessine un scénario où le chemin de sortie rapide et sans impact du conflit, semble lui aussi, de plus en plus étroit. Nous maintenons les protections mises en place dans les portefeuilles en amont du conflit. Nous maintenons nos expositions au dollar, que nous avons renforcé depuis la fin d'année dernière. Nous restons vigilants sur la duration et privilégions le crédit bien noté au crédit haut rendement et au souverain.

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