La tokenisation, « dernière chance pour l'Europe ! » selon Mark Kepeneghian (Lise) information fournie par Cryptoast 24/09/2026 à 18:00
Le Clarity Act vient d'échouer au Sénat américain et l'Asie accélère sur la tokenisation. Face à ce contexte, Mark Kepeneghian, CEO de Lise, première bourse d'actions nativement tokenisées en Europe, martèle un message clair. La tokenisation représente l'unique fenêtre pour rebâtir des marchés de capitaux européens fragmentés depuis des décennies. Propos recueillis par Cryptoast.
Un contexte international qui rebat les cartes pour l'Europe
Échec. Aux États-Unis, le Clarity Act n'a récolté que 49 voix sur les 60 nécessaires au Sénat, privant Washington d'un cadre réglementaire complet pour les crypto-actifs. Malgré ce revers, la Securities and Exchange Commission (SEC) dirigée par Paul Atkins a lancé un régime baptisé « Innovation Exemption », qui autorise les plateformes à expérimenter le trading d'actions tokenisées sur blockchain.
En Asie, la dynamique est plus offensive. Singapour a lancé le projet Guardian dès mai 2022, une infrastructure de tokenisation destinée aux banques. Hong Kong vise un déploiement complet de sa plateforme EnsembleTX en trading 24h/24 et 7j/7 d'ici fin 2026. Le Japon, lui, explore depuis novembre 2025 la tokenisation d'obligations.
L'Europe n'est pas absente. Portée par le régime pilote de l'Union européenne, la plateforme Lise (Lightning Stock Exchange) revendique le titre de première bourse d'actions nativement tokenisées du continent.
« Repartir de zéro » face à la fragmentation européenne
Pour Mark Kepeneghian, PDG de Lise, le diagnostic est sans appel. Invité sur la scène de la European Blockchain Convention à Barcelone la semaine dernière, il analyse les failles des marchés de capitaux européens. Selon lui, ces derniers souffrent d'une fragmentation historique, marquée par une multiplication des dépositaires centraux (CSD), l'absence de netting unifié et des infrastructures techniques qui reposent sur des logiques vieilles « de 40 à 50 ans ».
« C'est impossible de changer cette organisation en cours de route », explique l'entrepreneur. « Si nous modifions un à un les éléments de notre système financier, il cesse de fonctionner. Il faut remplacer tout le modèle », résume-t-il.
Dans ce contexte, la tokenisation offre une chance unique au Vieux Continent. « Nous sommes en train de reconstruire l'infrastructure des marchés. C'est le seul moment où l'on peut s'attaquer à ce type de problème. »
La fragmentation héritée du système traditionnel est un problème. Nous devons unifier les capitaux européens. Plus les marchés de capitaux sont connectés, plus il y a de liquidité.
Mark Kepeneghian
Lise se positionne sur ce segment précis. La plateforme revendique aujourd'hui quelques dizaines de milliers d'euros de volume et une IPO tokenisée réalisée depuis son lancement, adossée notamment à BNP Paribas. Une présence encore modeste face à des concurrents européens comme Boerse Stuttgart Digital, également actif sur ce créneau.
Souveraineté : un deposit token plutôt que les stablecoins dollar
Interrogé en marge de la conférence sur la domination des stablecoins libellés en dollar dans la finance onchain, Kepeneghian a tranché. « Chez Lise, nous disposons d'un deposit token qui est très bien, pas besoin de stablecoin. Nous ne sommes pas fermé, mais pour l'instant, cela ne représente pas d'intérêt pour nous.
Derrière la formule, un enjeu de souveraineté. Reconstruire une infrastructure de marché européenne tout en la rendant dépendante d'un dollar tokenisé émis par des acteurs privés américains reviendrait à répliquer les déséquilibres actuels. Le deposit token, émis par une banque et adossé à des dépôts en euros, offre une alternative alignée avec la monnaie et la régulation européennes.
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