La supervision européenne renforcée des marchés, une "priorité" pour 2026, réaffirme l'AMF
information fournie par Boursorama avec AFP 13/01/2026 à 17:33

( AFP / THOMAS COEX )

Le gendarme français des marchés financiers (AMF) a réitéré mardi son soutien au projet de supervision financière commune renforcée dans l'UE, une "priorité" pour créer un marché des capitaux unifié capable de rivaliser avec les autres puissances financières.

"Il est (...) évident qu'une supervision européenne moins fragmentée est essentielle pour renforcer la compétitivité de nos marchés", a affirmé la présidente de l'Autorité des marchés financiers, Marie-Anne Barbat-Layani, lors de ses voeux à la presse.

La Commission européenne a présenté le 5 décembre dernier une série de propositions visant à confier des pouvoirs renforcés à l'autorité européenne des marchés financiers Esma, qui a aujourd'hui un simple rôle de coordination, au détriment des régulateurs nationaux.

Ce projet est conçu par Bruxelles comme un premier pas vers l'harmonisation des 27 réglementations des Etats membres de l'UE, avec l'objectif de renforcer le marché européen face aux autres places financières mondiales, Etats-Unis et Chine en tête.

La supervision unique constitue une étape vers l'Union de l'épargne et de l'investissement, avec laquelle la Commission entend "relier efficacement l'épargne aux besoins d'investissements" en Europe.

Selon le rapport Draghi, qui prône des réformes radicales pour maintenir la compétitivité européenne, l'UE a besoin de "750 à 800 milliards d'euros d'investissements annuels". Or, l'épargne des Européens dort à 70% dans des livrets bancaires, qui financent peu les entreprises.

Il s'agit d'une "proposition globale et très ambitieuse que nous soutenons", a estimé Marie-Anne Barbat-Layani.

"Je me réjouis d'ailleurs que le projet qui a été présenté reprenne très largement un certain nombre de propositions portées par l'AMF" comme "l'extension des pouvoirs de supervision directs de l'Esma" ou encore "l'introduction de la notion de groupe européen de société de gestion et d'un statut pour les infrastructures de marché paneuropéennes", a ajouté la présidente de l'AMF.

Si la France pousse pour donner plus de pouvoir à l'Esma, basée à Paris, le Luxembourg, place forte de la gestion d'actifs en Europe, tient à conserver une régulation nationale adaptée aux demandes locales.

- Une urgence pour l'attractivité -

Il y a urgence à "favoriser le développement des marchés européens" et "l'attractivité de la place de Paris", selon l'AMF, qui en a fait une de ses "priorités" pour l'année en cours.

"2025 n'a pas été une année simple pour nos marchés boursiers", a rappelé sa présidente, soulignant que l'indice vedette de la place de Paris était resté en retrait par rapport aux autres places européennes.

Le CAC 40 a gagné 10,42% environ sur l'année 2025, établissant de nouveaux records en séance comme en clôture. Mais cette performance reste largement en deçà de celles de ses voisins européens: le Dax de la Bourse de Francfort et le FTSE 100 à Londres ont progressé respectivement de 23% et 21%. Milan (+31%) et Madrid (+49%) affichent des progressions jusqu'à cinq fois supérieures.

En France, "aucune introduction en bourse n'a été enregistrée sur le marché réglementé en 2025", a aussi ajouté Marie-Anne Barbat-Layani. "Dans le même temps, les Etats-Unis continuent à creuser l'écart."

Selon un rapport du cabinet EY publié mi-décembre, en Europe, le nombre d'introductions en Bourse a diminué de 13% l'an dernier. Une tendance à rebours de la Chine et des Etats-Unis où elles ont augmenté respectivement de 24% et 27%.

Pour l'année 2026, en plus du fait de favoriser le développement des marchés de capitaux européens, le gendarme français des marchés a identifié trois autres axes: offrir un cadre propice à une finance innovante à l’heure de l’intelligence artificielle, créer les conditions pour une place plus sûre et résiliente et renforcer le rôle de "pilier de confiance" de l'AMF.

"Les incertitudes et mutations rapides qui marquent notre économie et nos marchés nous amènent à agir avec détermination et agilité, avec un cap clair: réguler la finance pour renforcer la confiance", a affirmé Mme Barbat-Layani.