14 mai (Reuters) - La lenteur désespérante des phases de
reprise après des récessions et l'inflation faible deviendront
la norme à moins que les banques centrales ne trouvent le moyen
de stabiliser l'économie mondiale en période de taux bas, a
estimé mardi John Williams, président de l'antenne de New York
de la Réserve fédérale.
"L'expérience nous enseigne qu'il vaut mieux se préparer
pour l'avenir qu'attendre trop longtemps", a-t-il déclaré selon
le texte d'un discours préparé pour une conférence à Zurich. "Au
bout du compte, ne pas se préparer revient souvent à se préparer
à l'échec."
La baisse de la natalité contraint la croissance
démographique dans les pays riches et les progrès technologiques
sont revenus à un rythme plus normal. Ces deux tendances
limitent le potentiel de croissance des économies.
La croissance plus faible freine l'investissement et le
vieillissement de la population se traduit par une hausse du
taux d'épargne. La baisse de la demande et l'augmentation de
l'épargne ont eu pour effet de réduire le niveau "neutre" des
taux d'intérêt dans le monde, défini comme ne stimulant ni ne
freinant l'activité économique.
Ces facteurs maintiennent les taux proches de zéro, un
niveau auquel ils perdent leur pouvoir de réponse à une
récession, a fait valoir John Williams.
Le taux directeur de la Fed est à 2,25-2,50% ; les taux sont
plus bas ailleurs, et même négatifs en Europe et au Japon.
Williams, qui était auparavant économiste à la Fed de San
Francisco, est connu pour être un théoricien du niveau "neutre"
des taux d'intérêt. Il cherche à présent à intégrer ces
recherches dans la réflexion de la Fed sur l'inflation.
Dans le cadre du réexamen de la politique monétaire prôné
par la Fed, il préconise de répondre systématiquement aux
périodes de faible inflation par le maintien de taux d'intérêt
"plus bas pendant plus longtemps."
Mais toute remise en cause de l'approche actuelle de la Fed
pourrait prêter à polémique et remettre en cause la capacité de
la banque centrale à atteindre son objectif d'inflation de 2%,
qu'elle a fréquemment manqué.
La mesure privilégiée de la Fed pour l'inflation, l'indice
dit "Core PCE" des prix à la consommation hors énergie et
alimentation, n'était que de 1,6% en mars.
"Les investisseurs considèrent ces chiffres bas de
l'inflation non comme une aberration mais plutôt comme une
nouvelle norme", a ajouté le président de la Fed de New York.
(Trevor Hunnicutt, Véronique Tison pour le service français,
édité par Blandine Hénault)