LE CAIRE, 6 novembre (Reuters) - La livre égyptienne a évité
la chute redoutée par certains dimanche pour sa première séance
de cotation libre, mais des intervenants expliquent cette
réaction limitée par la pénurie de dollars, qui restreint la
liquidité du marché.
Dans les échanges interbancaires, la devise égyptienne est
tombée à près de 16 pour un dollar EGP= EGP+D1 , contre 15,50
jeudi, mais dans de très faibles volumes, les banques renâclant
à se séparer de leurs rares dollars.
"Les banques n'ont pas de dollars et si elles en ont, aucune
banque n'en vendra à une autre banque", a résumé un banquier,
ajoutant que la plupart des intermédiaires exécutaient des
transactions pour le montant minimum autorisé, soit 10.000
dollars.
La banque centrale a annoncé jeudi qu'elle laissait la livre
flotter librement, dans le but d'étouffer le marché noir. Cette
décision faisait partie des conditions posées par le Fonds
monétaire international (FMI) à la mise en oeuvre de son plan
d'aide de 12 milliards de dollars.
L'abandon de l'arrimage de la livre au billet vert s'est
accompagné d'une dévaluation de près d'un tiers de la monnaie
par rapport au cours pivot de 8,8 pour un dollar.
Les banques étaient ouvertes vendredi et samedi pour
permettre des dépôts en dollars mais dimanche marquait le
premier jour de cotation sans fixation d'un cours pivot par la
banque centrale.
LA BOURSE DU CAIRE EN FORTE HAUSSE
Les entreprises et les importateurs ont salué le nouveau
régime, qui met fin au rationnement drastique des devises par
les banques. Mais certains se sont dits déçus que la banque
centrale n'ait pas choisi d'injecter des quantités importantes
de devises sur le marché pour faciliter les transactions.
De nombreux observateurs s'attendent à ce que la livre se
déprécie fortement dans les prochains jours ou les prochaines
semaines en raison des difficultés des banques à répondre à la
demande de dollars des importateurs.
"Toutes les banques manquent de dollars (...) Pour que le
marché interbancaire fonctionne, il faut que le système bancaire
soit approvisionné", a dit un banquier.
Certains observateurs craignent en outre une relance des
transactions au marché noir si les banques sont incapables de
répondre à la demande de dollars.
"Les importateurs seront désespérés, donc ils devront se
tourner vers nous pour trouver du change", a dit un trader du
marché noir.
Les volumes sur le marché noir sont restés faibles dimanche
mais certaines transactions ont été conclues entre 17 et 17,25
livres pour un dollar.
Pour Alaa Ezz, le président de la Fédération des chambres de
commerce égyptiennes, les Egyptiens hésitent pour l'instant à
changer leurs dollars aux guichets des banques mais pourraient
commencer à le faire d'ici dix jours, ce qui aiderait la livre à
regagner du terrain.
"Je crois qu'il y a encore dans les foyers des milliards de
dollars qui doivent entrer dans le système bancaire", a-t-il
dit.
La Bourse du Caire, elle, a gagné 6,12% dimanche, sa
deuxième séance de forte hausse, pour finir au plus haut depuis
avril 2015.
(Asma Alsharif et Eric Knecht, avec Arwa Gaballa, Amina Ismail,
Ahmed Aboulenein et Lin Noueihed; Marc Angrand pour le service
français)