La pacification du conflit en Iran ne suffit pas à rassurer les marchés
information fournie par Les sélections de Roland LASKINE 26/06/2026 à 14:29

Un trader vu de dos (Crédits: Adobe Stock)

Le 26 juin 2026

Les marchés financiers ont traversé la guerre au Moyen-Orient dans la crainte, mais finalement sans grands dommages, les indices boursiers ayant tous franchi des records de hausse dans la perspective d'un possible accord de paix. Maintenant que celui-ci se précise, les choses se compliquent. La paix sera-t-elle plus difficile à gérer que le conflit lui-même ? La question peut paraître provocante, mais les derniers déroulements montrent que les marchés sont en proie au doute. La correction la plus importante est intervenue sur le Nasdaq 100, les places européennes et asiatiques sont également descendues d'un cran. « La Bourse achète la rumeur et vend la nouvelle ! » Ce vieil adage, connu de tous les boursiers, se trouve une fois de plus vérifié.

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Les dégâts considérables créés par trois mois de conflit d'une rare violence ne se régleront pas par la signature d'une simple déclaration d'intention au bas d'un parchemin. La baisse rapide du prix du baril de pétrole revenu à ses niveaux d'avant le début du conflit constitue bien sûr une excellente nouvelle. Une fermeture du détroit d'Ormuz pendant plus de trois mois, ainsi que la destruction d'une partie des infrastructures énergétiques du Golfe, ont conduit à un puissant choc d'offre qui s'est propagé à de nombreux secteurs industriels, comme la chimie, la métallurgie, les plastiques (PET), ainsi que les fibres polymères, sans oublier certains ingrédients nécessaires à l'affinage des métaux et à la production de semi-conducteurs.

Le coup de frein donné à une croissance mondiale déjà très affaiblie a incité les plus grandes banques d'affaires à revoir à la baisse leurs perspectives de progression de l'activité dans à peu près tous les domaines. Le choc d'offre dont il est question a conduit à des tensions inflationnistes importantes ayant contraint les banques centrales à durcir prématurément leur politique monétaire. La BCE a été la première à réagir en augmentant le 11 juin son taux directeur de 25 points de base à 2,25%, pour faire face à une inflation ressortie à 3,2% en mai à un niveau très supérieur à son objectif de 2%. Lors de sa dernière réunion de juin, la Fed n'a pas dégainé, mais avec un indice de hausse des prix ayant atteint 4,2% en mai, il n'est pas exclu qu'elle décide de remonter ses conditions de financement une ou deux fois avant la fin de l'année. Ce scénario très éloigné des attentes initiales du marché n'est pas étranger à la correction intervenue cette semaine à Wall Street. Il pourrait surtout inciter les investisseurs à se montrer plus prudents durant l'été, en attendant d'y voir plus clair sur les intentions du nouveau président de la Fed, Kevin Warsh.

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L'action sur les taux directeurs ne constitue pas le seul levier de la politique monétaire. Les banques centrales occidentales se sont également engagées dans un vaste mouvement de réduction de la taille de leurs bilans qui avaient explosé depuis la crise financière de 2008. Cette réduction, qui prend la forme d'une remise massive sur le marché des emprunts détenus dans leur bilan, installe un flux régulier de vente de papier n'allant pas dans le sens d'une franche baisse des taux d'intérêt à long terme.
La correction intervenue cette semaine sur les valeurs technologiques, notamment dans le domaine des semi-conducteurs, est en partie liée à ces difficultés. Outre le niveau astronomique des valorisations boursières atteint par les valeurs du secteur, les tensions observées sur les taux d'intérêt risquent de fragiliser le financement de ces sociétés très dépendantes des marchés financiers.

La décision récente prise par la direction d'Apple d'augmenter de 20% le prix de vente de ses Mac et de ses iPad a par ailleurs créé un véritable électrochoc. Celui-ci est bien plus parlant que n'importe quel rapport statistique établi par le FMI ou l'OCDE ! Même chose chez Microsoft contraint d'augmenter de 100 à 150 dollars le prix de vente de ses consoles de jeux Xbox, en raison de la flambée du prix des cartes mémoire. Ce genre d'initiatives émanant de sociétés réputées pour leur souci de la satisfaction de « l'expérience client » montre bien que les marges des entreprises sont aujourd'hui directement attaquées par la hausse des « inputs » entrant dans la production. D'ici à en conclure que les tensions observées pourraient contraindre les analystes financiers à se montrer plus sévères dans leurs anticipations de progression des bénéfices des entreprises, il n'y a qu'un pas que le marché est peut-être en train de franchir.

Quelle stratégie pour les prochaines semaines ? Les avancées obtenues vers un règlement du conflit en Iran montrent que la lumière est visible au bout du tunnel. Toutes les scories résultant de plus de trois mois de guerre sont cependant toujours là. Il faudra du temps pour espérer voir disparaître toutes les conséquences du conflit. Les marchés ont en outre intégré qu'il existe aujourd'hui des déséquilibres, sources de tensions inflationnistes et sur les taux d'intérêt, qui dépassent largement le désordre créé au Moyen-Orient. Les arbitrages qu'on serait tenté d'effectuer dans les portefeuilles doivent donc être effectués avec beaucoup de doigté afin d'éviter de s'embarquer dans de fausses directions. Le risque de déstabiliser l'équilibre que nous sommes parvenus à maintenir dans notre stratégie d'allocation d'actifs est en effet important. La meilleure décision que nous ayons prise a été d'alléger les positions très tôt c'est-à-dire dès le début du mois de juin, alors que les marchés étaient proches de leurs plus hauts niveaux. Les dégagements réalisés ont été mesurés.

Comme le montrent les graphiques ci-joints, ils ont permis à tous nos portefeuilles de maintenir leurs gains par rapport au CAC 40. Seule exception notable, notre portefeuille Offensif, très orienté vers les valeurs technologiques et celles liées à l'énergie, a été très exposé à la correction récente concentrée sur ces deux secteurs d'activité. Avec un gain de 27% depuis le début de l'année, comparé à une progression modeste de 3,46% du CAC 40, il conserve cependant toujours une avance très confortable. Les ventes intervenues début juin sur STMicroelectronics, Soitec et Aixtron se sont révélées bienvenues, mais nous n'avons pas du tout l'intention de tourner le dos à la « tech » européenne. Nous restons au contraire à l'affût des opportunités qui ne devraient pas tarder à se présenter en cas de poursuite du dégonflement des niveaux de valorisation des sociétés du secteur. Dans les autres portefeuilles, trois secteurs retiennent toujours notre attention. Il s'agit tout d'abord des banques, qui devraient reprendre des couleurs en raison du retour des taux d'intérêt à des niveaux désormais plus favorables à leurs activités. Viennent ensuite la santé, faiblement valorisée par rapport aux standards habituellement observés sur longue période, et les produits de consommation courante qui, contrairement aux craintes initiales, se révèlent plus résilients qu'il y paraît.

Bonne lecture et bon week-end à tous avec le retour attendu de la fraîcheur dans à peu près toutes les régions,

Roland Laskine