La justice française rejette un deuxième recours contre l'expulsion de Xenia Fedorova information fournie par AFP 14/08/2026 à 18:14
Le tribunal administratif de Paris a rejeté vendredi un recours en référé-suspension contre l'expulsion de la chroniqueuse russe pro-Kremlin Xenia Fedorova, qui se trouve actuellement à l'étranger.
La procédure en référé-suspension est subordonnée à la démonstration d'une urgence. Or, les juges des référés saisis, sans se prononcer sur la légalité de l'arrêté d'expulsion, ont estimé que la condition d'urgence n'était "pas remplie", selon un communiqué du tribunal administratif.
Le tribunal "reste saisi d'un recours au fond présenté simultanément" au référé-suspension "qui sera jugé ultérieurement", peut-on encore lire.
Le 3 août, le tribunal administratif avait déjà rejeté un recours, cette fois-ci en référé-liberté, en soulignant que "la condition d'extrême urgence" requise par cette voie juridique "ne pouvait être retenue".
"Ma cliente regrette que l'atteinte portée par cette mesure (d'expulsion) à ses intérêts privés et professionnels n'ait pas été regardée comme suffisamment grave, alors qu'elle ne peut plus revenir sur le territoire français, où elle réside pourtant depuis près de dix ans", a affirmé vendredi dans un communiqué transmis à l'AFP l'avocat de Mme Fedorova, Me Emmanuel Piwnica. "Elle entend contester cette ordonnance devant le Conseil d'Etat et continuer à défendre ses intérêts devant les juridictions françaises", ajoute-t-il.
Agée de 45 ans, la chroniqueuse, qui intervient principalement sur CNews, Europe 1 et dans l'hebdomadaire le JDNews, est accusée par les autorités d'être "un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes" pour "déstabiliser l'ordre public" en France.
Sa place grandissante dans les médias du milliardaire conservateur Vincent Bolloré a fait naître des craintes de manipulation du débat public, notamment lors de la campagne pour la présidentielle de 2027.
"Propagande du Kremlin"
Pour justifier son arrêté d'expulsion, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a notamment pointé "de nombreux propos qu'elle a pu tenir et qui systématiquement reprennent la propagande du Kremlin sur l'engagement de la France" et sur "les motivations de l'agression russe en Ukraine".
"On est dans un fantasme absolu", a dénoncé Me Piwnica. "Elle veut continuer de mener sa carrière, sa vie en France", où réside sa sœur, qui souffre de diabète, doit bientôt être opérée et est "à sa charge", a-t-il encore plaidé.
La chroniqueuse n'a pas fait de référé-suspension concernant le gel de ses avoirs, son avocat expliquant à l'AFP avoir demandé au préfet "un déblocage partiel, pour faire face aux dépenses de la vie courante".
La directrice des libertés publiques et des affaires juridiques au ministère de l'Intérieur, Pascale Léglise, a de son côté souligné devant le tribunal lors de l'audience jeudi que les propos de Mme Fedorova pouvaient s'apparenter à de la "manipulation de l'information" dans un contexte sensible. Et de rappeler ainsi les opérations de désinformation russes ayant visé trois candidats récemment, Gabriel Attal, Edouard Philippe et Raphaël Glucksmann.
"Pas en Russie"
Xenia Fedorova a déjà été interdite de territoire en Allemagne, où elle a vécu.
Selon ses dires, elle se trouvait "en vacances" à l'étranger quand elle a appris les mesures la visant. Son avocat a précisé jeudi qu'elle était alors en voyage à Rome, mais qu'elle se trouvait désormais "hors de l'Union européenne", mais "pas en Russie".
Dans une chronique publiée mercredi par le JDD, Xenia Fedorova s'est interrogée sur les méthodes des autorités françaises qui selon elle "peuvent s'apparenter à une logique autoritaire".
"Ma conviction profonde est que pour parvenir à la paix, toutes les parties doivent être entendues et qu'il faut éviter la pensée unique", a affirmé l'ex-patronne de la chaîne d'État russe RT en France, dont l'antenne a été interdite dans l'UE depuis mars 2022 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Ses employeurs Canal+ et Lagardère ont dénoncé "une atteinte particulièrement grave à la liberté d'expression". Selon son avocat, Mme Fedorova a depuis été "licenciée", faute désormais de titre de séjour. Contactés, Canal+ n'a pas commenté cette information et Lagardère pas donné suite. Il est cependant tout à fait possible qu'elle continue à travailler pour ces médias sans en être salariée.