La guerre au Moyen-Orient provoque une perturbation historique de l'approvisionnement pétrolier-AIE information fournie par Reuters 12/03/2026 à 13:29
par Alex Lawler
La guerre au Moyen-Orient provoque la plus importante perturbation de l'approvisionnement en pétrole de l'histoire, a déclaré jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE), au lendemain de sa décision de mettre sur le marché des volumes sans précédent, puisés dans les réserves stratégiques, pour contenir les pénuries et la flambée des prix.
L'approvisionnement mondial devrait baisser de 8 millions de barils par jour en mars, a précisé l'AIE dans son rapport mensuel sur le marché pétrolier. Cette baisse, due au blocage du détroit d'Ormuz depuis que les États-Unis et Israël ont lancé des frappes aériennes sur l'Iran le 28 février, représenterait environ 8% de la demande mondiale.
Les prévisions de l'AIE, qui conseille les pays industrialisés, contrastent avec ses précédentes mises en garde concernant un important excédent sur le marché au premier trimestre 2026.
L'agence a toutefois ajouté que l'offre pourrait augmenter en avril car certains producteurs du Golfe utilisent des voies d'exportation alternatives pour contourner le détroit d'Ormuz, tandis que la production devrait continuer de croître plus rapidement que la demande mondiale sur l'ensemble de 2026.
Les prix du pétrole montaient à nouveau jeudi alors que l'Iran intensifiait ses attaques contre les installations pétrolières et de transport à travers le Moyen-Orient, faisant craindre un conflit prolongé et la poursuite des perturbations des expéditions de pétrole passant par le détroit.
Le Brent brut LCOc1 , qui a atteint lundi son plus haut niveau depuis mi-2022 à 119,50 dollars le baril, était en hausse de 5% jeudi à la mi-journée pour s'établir juste en dessous de 97 dollars.
Les pays du Golfe, notamment l'Irak, le Qatar, le Koweït, les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite, ont réduit leur production totale de pétrole d'au moins 10 millions de barils par jour en raison du conflit, a déclaré l'AIE, ajoutant que cette baisse de l'offre devrait s'accentuer sans une reprise rapide des expéditions.
UNE PÉRIODE "EXTRÊMEMENT CRITIQUE"
"La production interrompue en amont mettra des semaines, voire des mois dans certains cas, pour revenir aux niveaux d'avant crise, en fonction du degré de complexité des champs et du temps nécessaire pour que les travailleurs, les équipements et les ressources reviennent dans la région", selon l'agence.
Les pays membres de l'AIE ont décidé mercredi de mettre progressivement sur le marché 400 millions de barils de pétrole puisés dans leurs réserves stratégiques. Cette décision a été approuvée à l'unanimité des 32 pays membres de l'organisation fondée en 1974 à la suite du premier choc pétrolier pour sécuriser l'approvisionnement des pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), selon un communiqué.
La décision a déjà eu un "fort impact" sur des marchés de l'énergie qui se trouvent dans une "période extrêmement critique", a déclaré jeudi le directeur exécutif de l'AIE, Fatih Birol, s'exprimant à Istanbul. Il a cependant refusé de répondre à une question sur le rythme quotidien de mises sur le marché des réserves.
Les annulations de vols de certaines compagnies aériennes liées à la crise au Moyen-Orient freinent également la demande de pétrole, a souligné l'AIE, tandis que des perspectives économiques plus précaires et des prix plus élevés font peser un risque sur les prévisions de consommation de carburants.
L'OFFRE DEVRAIT TOUJOURS AUGMENTER PLUS VITE QUE LA DEMANDE
La demande mondiale devrait être inférieure d'environ 1 million de barils par jour aux estimations précédentes pour les mois de mars et avril, a précisé l'Agence. Pour l'année 2026, cette même demande devrait augmenter de 640.000 barils par jour, soit 210.000 barils de moins que prévu dans les précédentes projections et environ la moitié du niveau prédit par l'Opep mercredi.
Malgré les réductions de production en mars, l'AIE s'attend toujours à ce que l'offre de pétrole augmente plus rapidement que la demande mondiale, en moyenne, en 2026.
L'offre mondiale augmenterait ainsi de 1,1 million de barils par jour, contre 2,4 millions de barils par jour prévus le mois dernier.
Dans l'ensemble, les prévisions de l'AIE impliquent que l'offre sera supérieure à la demande de 2,46 millions de barils par jour en 2026, soit moins que l'excédent de 3,73 millions de barils par jour prévu dans le rapport du mois de février.
Selon l'AIE, les efforts déployés par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis pour emprunter des voies d'exportation qui contournent le détroit d'Ormuz se sont progressivement intensifiés et font partie des mesures pouvant contribuer à compenser partiellement les pertes et à augmenter l'offre mondiale de pétrole d'avril à juin.
(Reportage Alex Lawler, avec Ezgi Erkoyun, version française Benjamin Mallet)