La guerre au Moyen-Orient perturbe en profondeur le commerce du pétrole et du gaz information fournie par Reuters 13/03/2026 à 17:09
La guerre déclenchée par Israël et les Etats-Unis contre l'Iran le 28 février et la riposte de Téhéran contre ses voisins du Golfe perturbent la production et les exportations de pétrole et de gaz naturel de la région, essentielles pour répondre à la demande mondiale d'hydrocarbures.
Le conflit a suspendu le transport maritime dans le détroit d'Ormuz entre le Golfe et l'océan Indien, la plus importante voie de transit pétrolière au monde par laquelle passent 20% du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).
Le géant saoudien Aramco 2222.SE , premier exportateur mondial de pétrole, a mis en garde mardi contre les "conséquences catastrophiques" pour le marché pétrolier mondial d'une prolongation de la fermeture du détroit d'Ormuz.
Les pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) ont décidé mercredi de mettre progressivement sur le marché 400 millions de barils de pétrole puisés dans leurs réserves stratégiques afin de contenir la hausse des cours du brut provoquée par le conflit au Moyen-Orient et le blocage du détroit d'Ormuz.
Voici les principales perturbations observées à ce jour sur le marché mondial de l'énergie:
SUR LA PRODUCTION
* L'Arabie saoudite a réduit sa production de 2 millions de barils par jour (bpj) la portant à 8 millions de bpj, après avoir réduit les activités de ses deux principaux champs pétroliers, ont déclaré à Reuters des sources.
Elle a suspendu la semaine dernière l'activité de sa raffinerie de Ras Tanura, d'une capacité de 550.000 bpj, et elle a commencé à délocaliser les chargements de brut des ports de son littoral oriental sur le Golfe vers celui de Yanbu sur la mer Rouge.
* TotalEnergies TTEF.PA a dit aux investisseurs avoir perdu 15% de sa production à travers le Moyen-Orient en raison d'arrêts de production au Qatar et en Iran ainsi que dans les gisements offshore aux Emirats arabes unis. Le groupe pétrolier français a confirmé pour la première fois une baisse de la production de ses gisements offshore aux Emirats arabes unis.
* Aux Emirats arabes unis, le groupe public d'Abou Dhabi ADNOC a provisoirement fermé sa raffinerie de Ruwais, d'une capacité de 922.000 bpj, après un incendie déclenché par une frappe de drone, a-t-on appris mardi d'une source informée de la situation. Un incendie s'est aussi déclaré dans le port émirati de Fujaïrah, l'un des plus importants sites de stockage de brut au monde.
* Au Koweït, la Kuwait Petroleum Corporation a commencé à réduire sa production de pétrole et a déclaré une situation de force majeure le 7 mars.
* En Irak, la production des grands gisements du sud du pays a chuté de 70%, passant de 4,3 millions à 1,3 million de bpj, ont dit des sources le 8 mars.
Dans le Kurdistan irakien, plusieurs compagnies ont arrêté leurs extractions. En février, la région a exporté 200.000 bpj vers la Turquie par oléoduc.
* Le Qatar a suspendu le 2 mars l'activité de ses sites de GNL, parmi les plus importants au monde, qui approvisionnent à hauteur d'environ 20% le marché mondial du gaz naturel. La compagnie QatarEnergy a aussi gelé une partie de sa production aval le lendemain. Elle a déclaré une situation de force majeure sur les chargements de GNL le 4 mars.
* A Bahreïn, Bapco Energies a déclaré lundi une situation de force majeure sur les activités du groupe à la suite d'une attaque contre sa raffinerie de Sitra, d'une capacité de 380.000 bpj, qui traite essentiellement du brut saoudien.
* En Iran, les bombardements israéliens ont atteint de nombreux dépôts de carburant ainsi que l'île de Kharg, principale plateforme d'exportation pétrolière du pays, même si l'étendue des dégâts reste inconnue.
* D'après le cabinet de consultants IRR, les compagnies de raffinage du Moyen-Orient ont réduit leurs capacités de traitement du brut de 1,9 million de bpj en conséquence directe du conflit.
* Les pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) ont décidé mercredi de mettre progressivement sur le marché 400 millions de barils de pétrole puisés dans leurs réserves stratégiques afin de contenir la hausse des cours du brut provoquée par le conflit au Moyen-Orient et le blocage du détroit d'Ormuz.
SUR LE TRANSPORT
* La navigation dans le détroit d'Ormuz est quasi complètement à l'arrêt depuis le début de la guerre. L'Iran a décrété le 2 mars que cette étroite voie maritime était désormais fermée et prévenu qu'il tirerait sur tout navire tentant de l'emprunter.
* Treize navires ont été attaqués dans le secteur, dont trois sur la seule journée du 11 mars, selon l'organisme spécialisé United Kingdom Maritime Trade Operations (UKMTO), et seuls quelques pétroliers sont parvenus à franchir le détroit.
* Maersk, géant danois du transport maritime, a 10 navires bloqués dans le Golfe, a dit son directeur général au Wall Street Journal.
* Le président américain Donald Trump a déclaré à plusieurs reprises que l'US Navy pourrait escorter des pétroliers à travers le détroit d'Ormuz mais cette dernière a jusqu'à présent refusé les demandes en ce sens du secteur, jugeant les risques d'attaque trop élevés, selon des sources informées.
* Le président français Emmanuel Macron a annoncé lundi une future mission "purement défensive (...) qui a vocation à permettre, dès que cela sera possible après la sortie de la phase la plus chaude du conflit, l'escorte de porte-conteneurs et de tankers pour rouvrir progressivement le détroit d'Ormuz", sans plus de précisions.
* Les grands assureurs maritimes annulent la couverture pour risque de guerre pour les bateaux naviguant dans les eaux iraniennes, du Golfe et adjacentes.
SUR LES CONSOMMATEURS
* Face à la brusque augmentation des prix à la pompe, avec un diesel franchissant parfois 2 euros le litre, le gouvernement français a ordonné des contrôles dans des stations-service pour vérifier que les prix pratiqués correspondent aux prix annoncés. Sur 513 premiers contrôles effectués, 5% ont fait l'objet de "suites correctives et répressives" susceptibles de se traduire en amendes, a annoncé mercredi Serge Papin, ministre notamment du pouvoir d'achat.
* TotalEnergies TTEF.PA a annoncé jeudi mettre en place une nouvelle mesure afin de limiter l'impact du choc pétrolier mondial lié au conflit au Moyen-Orient en plafonnant à partir du 13 mars et jusqu'à fin mars les prix de l'essence.
Le géant pétrolier et gazier s'engage à plafonner le prix de l’essence à 1,99 euro le litre et celui du diesel à 2,09 euros le litre, selon un communiqué.
* En Italie, le gouvernement envisage d'abaisser certaines taxes sur le carburant et se tient prêt à frapper financièrement les entreprises profitant de la crise pour gonfler leurs marges, a dit mercredi la présidente du Conseil, Giorgia Meloni.
* En Asie, continent le plus affecté par cette crise énergétique, de nombreuses raffineries et compagnies pétrochimiques ont réduit leur activité ou déclaré des situations de force majeure face au tarissement de leurs approvisionnements, notamment en naphte nécessaire au vapocraquage.
* La Corée du Sud va plafonner le prix du carburant.
* Le Vietnam envisage de supprimer les taxes d'importation sur les carburants jusque fin avril.
* Le Bangladesh rationne le carburant, a fermé les universités et a avancé les vacances de la fête de l'Aïd el Fitr.
(Ahmad Ghaddar à Londres et Nerijus Adomaitis à Oslo, avec Stephanie Kelly, version française Bertrand Boucey et Zhifan Liu, édité par Sophie Louet)